Pour ne pas être happé par les contraintes du temps, Thierry Leung s’est imposé une ascèse. Qui lui permet d’avoir une bonne balance entre sa vie familiale, sociale et professionnelle. Associate director chez Ernst & Young, il rencontre, en sa qualité de commissaire aux comptes (Auditor), les grands du monde financier, et côtoie, avec la même aisance, les moins lotis de la société. 
10h30. C’est à la Tour I du bâtiment Nexteracom à Ébène que nous rencontrons Thierry Leung. Chemise blanche, pantalon noir. Armé de son air jovial, il ne fait pas ses 39 ans. Il nous conduit à la salle des réunions, un étage plus bas, où ne peuvent accéder que ceux qui ont une carte d’accès. Affable, il nous raconte avec joie son quotidien. 
Pour la sauvegarde de la confidentialité des clients, la salle des réunions est le seul lieu où nous pouvons être reçu. Mais un rapide coup d’oeil dans la salle de travail à côté nous permet de constater que tout le monde peut se voir, la pièce étant dépourvue de cloisons.
Flash-back
7h30. Seul, après le départ de son épouse Bélinda et de leurs deux fils de six et trois ans, Thierry s’est plongé dans ce qu’il appelle son “emotional time”. C’est un temps spirituel qu’il s’accorde chaque matin. “C’est un moment important. Cela me permet de me ressourcer pour bien débuter la journée. C’est aussi important que le petit-déjeuner.” Habitant sur les hauteurs de Sorèze, il a la possibilité de contempler la mer au loin, ce qui ajoute un plus à sa méditation.
8h15. Il est temps pour lui de quitter la maison. “C’est un luxe pour moi que d’habiter à Pailles et de travailler à proximité. Je roule dans le contresens des embouteillages.” Au bureau, c’est un autre rituel: la lecture des journaux pour prendre connaissance de ce qui se passe dans le monde des affaires et de la politique . “C’est impératif de faire cet exercice tous les matins et après-midi. Cela fait partie du travail.” Il ne déroge pas non plus à la consultation de ses courriels. Selon leur teneur et importance, il répond directement ou délègue à un de ses collaborateurs. “Rien ne doit être laissé en suspens.”
Discipline de vie
Les journées de Thierry Leung se suivent mais ne se ressemblent pas. Elles changent en fonction des demandes des clients. “On peut planifier, mais à la suite d’un courriel ou d’un appel téléphonique, je suis souvent amené à faire autre chose.” Il peut aussi avoir des réunions de travail avec ses collègues pour passer en revue les dossiers des clients. “Cela se fait en réseau et en temps réel sur une plate-forme commune.” Les autres rencontres de travail se déroulent souvent dans la bonne humeur, l’esprit d’équipe et le respect mutuel. Le travail s’effectue aussi par téléphone ou en vidéoconférence pour les clients qui sont à l’étranger. “Je suis comme une plaque tournante. On fait appel à moi pour résoudre les problèmes ou lorsqu’il y a une information importante à me communiquer.”
11h30. La matinée de ce lundi-là n’étant pas chargée, il n’a pas été sollicité pendant l’entretien. Il a eu le loisir de nous expliquer en quoi consiste le travail de commissaire aux comptes. “On est appelé à fréquenter des membres des conseils d’administration ou comités d’audit, à assister à des assemblées générales de différentes compagnies. C’est un monde très rigoureux où on rencontre beaucoup de personnes, dont des grands investisseurs qui brassent des milliards dans des fonds d’investissements.” D’où une discipline de vie pour ne pas être débordé et empêcher que la vie devienne infernale. 
Pont
Après le déjeuner à midi, le reste de la journée se déroule tranquillement, mais toujours avec des imprévus. Thierry trouve fascinant de pouvoir exercer ce métier. “Cela m’interpelle en termes de responsabilités. Petit Mauricien que je suis, j’ai la possibilité de côtoyer ces personnes.”Sans avoir la grosse tête et en gardant bien les pieds sur terre.
L’autre aspect de sa vie est d’oeuvrer pour le bien-être des plus démunis. “Je suis actif dans l’ONG Mo pans toi, qui encadre des Chagossiens, entre autres sur le plan éducatif. Par ailleurs, avec un groupe de jeunes de l’Église anglicane, nous visitons régulièrement les filles du Rehabilitation Youth Centre.”
Thierry Leung est aussi membre du Chagos Solidarity Trust Fund. “Ma vie est partagée. Je fréquente les personnes des deux extrêmes de la société : les super bien lotis sur le plan financier et les mal lotis qui ont besoin de soutien.” Comme le souligne son épouse, Thierry est comme un pont. Qui essaie de créer un lien entre les deux milieux.
Partage
18h30. Thierry Leung est de retour chez lui. Très soucieux de la vie familiale et de ses devoirs en tant que père et époux, il prend du temps pour jouer avec ses enfants. Les responsabilités sont aussi partagées. S’il s’occupe des enfants, c’est sa femme qui prépare le dîner, et inversement.
Un temps de partage – “notre conseil”, comme ils l’appellent – est vécu chaque soir en famille. Chacun a alors la possibilité de raconter ce qu’il a apprécié et ce qu’il n’a pas aimé au cours de sa journée. C’est aussi un temps de lecture d’un passage biblique, suivie d’une réflexion sur le thème abordé.
21h. Les enfants sont au lit après avoir été bercés par leurs parents. Mari et femme se retrouvent enfin pour “tout lâcher et souffler”. La maisonnée est tranquille et les époux peuvent discuter un moment avant de se mettre au lit. C’est au plus tard vers 23h que Thierry va se coucher s’il n’a pas du travail à compléter.