Les assurances formulées lors de la réunion présidée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avec des représentants des fédérations syndicales du secteur public, arrivent difficilement à faire estomper la grogne latente des fonctionnaires contre les recommandations du Pay Research Bureau (PRB). Pour preuve, la leçon de mobilisation du front commun des instituteurs du primaire dans les rues de Port-Louis, hier matin, ou encore la ligne adoptée dès le départ par les syndicats de Rodrigues, dont la Rodrigues Government Employees Association (RGEA) et la Rodrigues Public Service Workers Union, s’attaquant de front au PRB. A ce stade des consultations, le point principal qui se dégage est que le directeur général du PRB, Mohun Parsad Aujayeb, a été sacrifié à l’autel de la contestation car il ne fait aucun doute que d’ici son départ prévu à la retraite en février prochain, il n’aura aucune influence sur l’étape des Errors and Omissions du PRB ou encore de l’Anomalies Committee réclamée par les syndicalistes du secteur public. Si la satisfaction est de mise dans les rangs des dirigeants des fédérations syndicales après la réunion de vendredi au Prime Minister’s Office, par contre, dans d’autres milieux syndicaux, la prudence est de rigueur quant au calendrier d’exécution des décisions de principe arrêtées entre le gouvernement et les syndicats. L’une des craintes demeure les incidences d’un report trop conséquent de l’échéance de l’Option Form sur le paiement du PRB en janvier prochain.
Même si le syndicaliste Vinod Seegum, président de la Government Teachers Union (GTU) et un des principaux animateurs du front commun anti-PRB de l’enseignement primaire, avait participé à la réunion au Prime Minister’s Office, la mobilisation anti-PRB d’hier matin a été maintenue pour faire la démonstration du mécontentement causé par les recommandations salariales dans le secteur du primaire. Les syndicats regroupant les instituteurs du primaire n’ont aucune difficulté par rapport à l’Option Form car le mot d’ordre en faveur de la signature a déjà été donné.
« Cette mobilisation visait à traduire dans la réalité la grogne des instituteurs suite au traitement infligé par le rapport Auyaheb. Devant le succès de ce rassemblement et de cette marche pacifique, nous ne pouvons qu’être fiers de l’esprit de solidarité et de l’engagement syndical dans le secteur de l’éducation primaire, qui a toujours été à l’avant-garde dans l’histoire syndicale du secteur public », soutient Vinod Seegum à Week-End, alors que le cortège de manifestants quittait le Centre social Marie Reine de la Paix pour se rendre au Jardin de la Compagnie.
« Votre présence massive constitue une véritable leçon aux dirigeants des fédérations syndicales dans le secteur public, qui n’ont pas été en mesure de faire bouger leurs membres. Tout relève d’une question de crédibilité des dirigeants syndicaux. Nous ne battons pas pour siéger sur des boards. Nous luttons pour défendre les droits et acquis de nos membres », devait déclarer auparavant Vinod Seegum devant un Centre social Marie Reine de la Paix envahi par des instituteurs et des institutrices.
Le principal slogan du front de l’enseignement primaire est l’alignement salarial des instituteurs sur ceux du secondaire. « A diplôme égal, salaire égal », scandaient les mainfestants en brandissant des pancartes avec des messages hostiles au directeur du PRB. Le gros reproche du secteur primaire au PRB se résume comme suit: « Le rapport n’a pas tenu en ligne de compte les propositions du syndicat aussi bien que du ministre de l’Education pour un alignement des salaires des enseignants du primaire et ceux du secondaire. L’absence d’un tel exercice au niveau du PRB démontre aussi le manque de vision au niveau de cette institution. »
Vinod Seegum, qui affirme avoir bénéficié du soutien de Rashid Imrith, président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), dans ce combat, a fait comprendre que les dirigeants du front syndical n’ont pas eu recours à la décision extrême de brûler le rapport du PRB pour préserver les droits de nos membres. « La révision salariale est votre dû. Nous n’avons pas fait comme auparavant avec pour conséquence que vous étiez restés sans augmentation pendant des années. Nous allons prendre cette augmentation et nous allons continuer à nous battre. Pa bizin blyé ki zur ki profeser amerdé dans sa pei-là, pou éna révolution », a-t-il lancé en substance à l’assistance au jardin de la Compagnie.
De son côté Suttyhudeo Tenghur, président de la Government Hindi Teachers’ Union (GHTU), soutient que « le PM a tourné les dirigeants des fédérations syndicales dans la farine lors de la réunion de vendredi. A ce chapitre, il exprime de sérieux doutes quant aux effets d’un report de la date limite pour la soumission de l’Option Form. « Le nouveau délai, dont les détails ne sont pas encore connus, sera-t-il suffisant pour permettre aux services du gouvernement d’effectuer la saisie des données de l’Option Form pour le paiement de la révision salariale du PRB à partir de janvier prochain? Nous devrons être extrêmement vigilants à ce sujet pour que les fonctionnaires ne soient nullement pénalisés avec ce report », s’est-il appesanti.
Le dirigeant de la GHTU a ciblé le directeur du PRB, qu’il a accusé d’avoir induit en erreur le gouvernement et le pays sur le quantum de la révision salariale dans le rapport du PRB. « Le directeur du PRB a été économe avec la vérité quand il avait déclaré que la moyenne d’augementation était de 22% Across the Board.  Or, si nous analysons l’augmentation accordée au General Worker et ceux des middle classes, nous nous rendons vite compte que cette augmentation n’est qu’un mirage. L’augmentation pour les petits au bas de l’échelle ne dépasse pas les 17%, qui absorbent les compensations salariales accumulées », dit-il.
Sur le front de Rodrigues, l’agitation syndicale gagne du terrain. Les dirigeants de la RGEA et de RPSWU, regroupées au sein de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), multiplient les initiatives pour montrer leur indignation devant le traitement infligé par le PRB aux fonctionnaires du gouvernement régional. Au cours de la semaine écoulée, les deux syndicats de Rodrigues ont déclaré litige devant la Commission de Conciliation et de Médiation du ministère du Travail et des Relations industrielles sur les points découlant du rapport du PRB.
La partie syndicale a déjà été entendue formellement, mercredi dernier, alors que le Management de l’Assemblée Régionale de Rodrigues a été convoquée en fin de semaine à ce même sujet. Sur la question de contestation du rapport du PRB, le Management et les syndicats à Rodrigues se retrouvent sur la même longueur d’ondes. « Nous avons initié des procédures selon les dispositions de la loi et si dans un délai de 30 jours, nous n’avons pas satisfaction, nous nous dirigeons vers une grève générale dans l’île », a fait comprendre, hier matin, le président de la RGEA, Alain Tolbize. Avec ce litige industriel, les syndicats de Rodrigues soutiennent que l’échéance de l’Option Form ne se pose pas pour les fonctionnaires de l’Assemblée Régionale.
Dans l’immédiat, la visite d’urgence à Maurice durant le week-end de l’Island Chief Executive, Davies Hee Hong Wye, en marge des préparatifs pour la prochaine visite du PM à Rodrigues, devra permettre au Prime Minister’s Office de tâter le pouls quant à la grogne anti-PRB et de procéder à une évaluation des mesures susceptibles de faire baisser la tension syndicale. La gravité de la situation s’explique également par le fait que l’Administration de l’Assemblée Régionale de Rodrigues appuie les positions des syndicalistes.
Tout semble indiquer que le week-end prochain avec Navin Ramgoolam en visite à Rodrigues, le dossier du PRB sera à l’ordre du jour. « Nous avons compris que nous avons de bonne chances de pouvoir participer à une rencontre avec le PM. Nous n’avons aucunement l’idée de venir devant le chef du gouvernement avec une shopping list. Notre message est simple et n’est pas articulé autour des exigences pécuniaires. Nous allons demander au PM de mettre à la disposition de Rodrigues les structures et les moyens nécessaires pour que nous puissons réussir l’autonomie. Quand nous parlons autonomie, nous parlons de marge de manoeuvre sur le plan budgétaire et également sur celui des décisions à prendre », déclare Alain Tolbize à Week-End.
De son côté, Rashid Imrith, se faisant le porte-parole des syndicats de Rodrigues lors de la réunion de vendredi avec le PM, a présenté les principales revendications, soit la nomination d’un commissaire indépendant pour revoir les structures de l’autonomie dans l’île et la possibilité de subventionner le fret maritime en vue d’atténuer la hausse du coût de la vie en l’absence d’un paiement d’un Rodriguan COLA.
Rodrigues reste dans l’expectative d’annonce de décisions par rapport aux points litigieux du PRB et aux subsides sur le fret lors de ce déplacement de Navin Ramgoolam à partir de vendredi prochain.
Affaire à suivre…