Arvin Boolell (PTr) : « Det lor det »

Même si le rapport de l’Audit pour l’exercice financier se terminant au 30 juin 2019 concède que « most of the shortcomings in this report are similar to those reported in previous years », la hantise du poids de la dette publique et de ses répercussions sur l’économie se fait sentir. La séquence des Public Sector Borrowings pour financer les dépenses publiques au cours de ces trois dernières années, soit à coup de plus de Rs 25 milliards par an, fait tiquer plus d’un d’autant plus que des Government Investments supérieurs à Rs 30 milliards dans des placements ou des investissements au sein des corps para-étatiques n’ont généré que des dividendes de Rs 186 millions, même pas un Return de 1 %, alors que Rs 22,2 milliards n’ont même pas rapporté un sou en 2018/19. Dans les rangs de l’opposition, on monte au créneau pour dénoncer cet état de choses et la mauvaise gestion des fonds publics. Le débat n’est que lancé.

« Det lor det »

« Det lor det », a déclaré le leader de l’opposition, Arvin Boolell, qui commentait le rapport de l’Audit et l’économie . « Avec une dette estimée à Rs 320 milliards et qui pourrait dans les faits s’élever à Rs 365 milliards, c’est notre avenir et celui des générations futures qui est hypothéqué », a-t-il déclaré. Il déplore que le gouverneur de la Banque Centrale, Harvesh Seegoolam, semble mettre tous les problèmes économiques présents sur le dos du coronavirus. Ce qui entretient le soupçon d’une ingérence politique dans la politique monétaire de la part du gouvernement, qui a adopté la même posture.

Le leader de l’opposition constate  « une augmentation » du coût de la vie assortie d’une flambée des coûts des médicaments « au détriment des plus pauvres ». Il poursuit : « Je me demande si le gouvernement n’optera pas pour une hausse de la TVA ou de la taxe directe ou de couper les investissements publics. » Il reproche de même au gouvernement d’avoir « gaspillé » les fonds publics avec des projets de prestige comme le complexe multisports de Côte d’Or. Il avance que le gouvernement a déjà entamé les démarches en vue de vendre une partie des bijoux de l’État comme ses actions détenues dans les compagnies, comme Air Mauritius, Mauritius Telecom et SIC.

Arvin Boolell rappelle que lors du « terrible choc » connu comme le « Food Fuel and Financial Crisis », de 2008, le gouvernement d’alors disposait de l’espace fiscal nécessaire pour introduire le “stimulus package” non seulement pour sauver l’emploi pour en créer de nouveaux. « Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, la situation économique s’est aggravée », dit-il. Les dépenses gouvernementales sont passées de 26% du PIB pour atteindre 32% aujourd’hui, la compensation aux employés est passée de 27% pour chuter à 26% PIB et le remboursement des intérêts représente quelque 11% du PIB. « Aujourd’hui, le gouvernement se cache derrière le coronavirus et a déjà déprécié la roupie par rapport au dollar de l’ordre de 10% », souligne le leader de l’opposition.

Dans la conjoncture, des investisseurs se réfugient dans l’or ou les bons du trésor américain ou européen. Ce qui l’amène à exprimer des craintes qu’il y ait une fuite de capitaux à Maurice. Il attribue la situation « difficile » dans laquelle se trouve à l’irresponsabilité du gouvernement. « Tout cela est le résultat de la mauvaise gestion économique », a-t-il conclu.

Xavier-Luc Duval :  « C’est une cacophonie générale »

Pour Xavier-Luc Duval, président du Public Accounts Committee, non seulement le gouvernement donne l’impression d’être « dans une panique généralisée »,  mais le rapport de l’Audit démontre une « cacophonie générale » dans la fonction publique.

« Nous sommes en présence d’un gaspillage effréné. C’est le gouvernement le plus gaspilleur depuis l’indépendance du pays », a-t-il dit. « Non seulement, les ministères ne sont pas équipés mais les fonctionnaires ne sont pas formés pour mettre en œuvre la politique du gouvernement. Avec pour résultats que la dette est arrivée à son niveau le plus élevé », a souligné Xavier-Luc Duval.

Ce dernier observe que le système de “procurement” est dépassé, ce qui entraîne des pertes estimées à des milliards de roupies. Il déplore aussi le désordre qui règne dans certains ministères où des dossiers disparaissent parce que les méthodes de travail y sont encore archaïques. « Comment expliquer que dans certains départements on puisse gérer des milliers de dossiers en papier ? », s’est-il demandé. À la NEF, selon lui, les enquêteurs ne disposent pas d’un moyen de transport et doivent effectuer leurs enquêtes par autobus. « Par conséquent, combien d’enquêtes peuvent-ils mener par jour dans ces conditions ? » Il souhaite que le rapport de l’Audit puisse être débattu au Parlement.

Reza Uteem!: « Le GM viole déjà ses responsabilités statutaires »

Pour Reza Uteem, porte-parole économique du MMM au Parlement, le gouvernement enfreint déjà ses responsabilités statutaires concernant le niveau de la dette du pays par rapport au PIB. En effet, alors que le Public Dept. Management Act prévoit que le niveau de la dette ne doit pas dépasser le plafond de 65% du PIB, il est déjà dans le rouge avec un niveau de 65,3%.

Reza Uteem affirme que la dette publique avait atteint le montant de Rs 320,6 milliards en juin 2019. Entre juin et décembre 2019, il a augmenté de Rs 6 milliards. Il estime que non seulement le niveau de la dette a dépassé le niveau légal, mais craint fort que le gouvernement ne puisse atteindre l’objectif fixé de 60% de PIB en 2021. Reza Uteem rappelle que le Premier ministre avait annoncé lors de la présentation du budget 2019-2020 que le niveau de la dette sera ramené à 60% du PIB et que cela aurait lieu plus tôt que prévu. « Or, avec la tendance actuelle même la dilapidation du Special Reserve Fund de la BoM, avec le siphonnage de Rs 18 milliards, ne pourra permettre au gouvernement de respecter ses engagements. Nous verrons ce que fera le nouveau ministre des Finances », a-t il dit.