Avec le départ d’Anerood Jugnauth de la State House et son retour programmé dans l’arène politique les choses sont maintenant clarifiées – le pays et les citoyens ont face à eux deux options politiques et donc des possibilités d’exercer à terme leur choix par rapport à l’alternative aujourd’hui clairement énoncée. Cette expression de la souveraineté qui fonde la légitimité et l’exercice démocratique du pouvoir est un droit aux allures de privilèges si l’on se réfère à ce qui se passe dans d’autres juridictions – que la pratique républicaine toujours perfectible octroie à ses citoyens et cela est une excellente chose.
Au delà de l’exercice plein et entier de ce droit et de son pendant de devoirs que nous devons exercer avec la plus grande vigilance, la redistribution des cartes sur le terrain politique, si elle va sans aucun doute accroître la crispation, les mises en cause et les reproches sur fond de mémoire sélective de part et d’autre, peut néanmoins permettre une nouvelle donne au plan de la représentativité symbolique dans une perspective ethno-politique.
Dorénavant fer de lance de l’opposition, Anerood Jugnauth est bien installé aux commandes du navire amiral avec Paul Bérenger comme Lieutenant, affublé de ses chefs de bataillon Reza Uteem, Rajesh Bhagwan, Allan Ganoo et Steve Obeegadoo sans oublier Jugnauth Junior et ses troupes (pour le moment plus en deuxième rideau). Une chose demeure certaine – les phalanges de l’Opposition sont alignées en ordre de bataille avec en prime comme figures de proue féminines Arianne Navarre-Marie, Françoise Labelle, Leela Devi-Dookun, Pratibha Bholah, Sheila Grenade. Elle peut dorénavant, en toute légitimité et sans complexe, annoncer la couleur de son cheval de bataille, conceptualiser des « tribus réunies » sur le sentier de la guerre, faisant front mais surtout porteuse d’aspirations renforçant l’unité nationale.
Par ailleurs, le Gouvernement et son front bench peuvent également se prévaloir de cela avec Ramgoolam, Beebeejaun, Duval et Bachoo. Reste les totems suprêmes de la représentation symbolique devant être sacrifiés sur l’autel de notre inconscient collectif – au plan de notre version de la realpolitik sur fond de cocktail de représentativité ethnique : la Présidence et la Vice-Présidence de la République.
Le Parti travailliste, le MSM et le PMSD avaient porté feu l’alliance de l’Avenir sur les fonds baptismaux avec le maintien d’Anerood Jugnauth à la State House. Le décès d’Angidi Chettiar a permis à Ramgoolam de marquer des points au plan symbolique avec la nomination de Monique Ohsan-Bellepeau en tant que Vice-Présidente.
Anerood Jugnauth, de nouveau dans l’arène et prétendant de poids à un nouveau mandat exécutif, le MSM dans l’opposition, reste à Ramgoolam à remodeler et réorganiser les fonctions symboliques que portent la présidence et la Vice-présidence au plan politique – l’équation est aujourd’hui simplifiée :
1) la Présidence au PTR Monique Ohsan-Bellepeau promue à la State House. Au-delà des résonances ethno-politiques qu’une telle nomination pourrait – ou ne manquerait pas – d’avoir en direction de la communauté créole/Population Générale…
2) Navin Ramgoolam entrerait dans l’histoire comme le Chef de Gouvernement ayant ouvert la State House à une femme…
3) Au PMSD – Junior Partner (de poids par les temps qui courent) au sein de la majorité gouvernementale – la Vice-Présidence.
4) Il y a fort à parier que le PMSD ne laisserait certainement pas passer cette occasion en tant que partenaire fidèle de procéder à une nomination qui devrait apporter du baume au coeur à une autre composante minoritaire de notre pays arc-en-ciel.
Cette nouvelle répartition des rôles au plan institutionnel et de la représentativité ethno-politique serait sans aucun doute l’idéal en tant que ravalement de façade tant au plan interne qu’externe, Mais comme nous le savons tous, la politique de la dictature du « ici et maintenant » – risque de jouer des tours pendables aux dirigeants des deux blocs ; et comme dirait l’autre, dans cet univers il y a souvent des raisons que la Raison ignore et surtout qui passent outre le bon sens ….
* Antananarivo