Depuis la fin de la semaine écoulée, les données sur l’échiquier politique ont connu un véritable changement avec la démission du président de la République et la suppléance assurée depuis minuit samedi par la vice-présidente, Monique Ohsan-Bellepeau. Sir Anreood Jugnauth, qui s’est adressé pendant une demi-heure à la population, vendredi, en direct de la State House, n’a pas mâché ses critiques acerbes à l’encontre du Premier ministre, Navin Ramgoolam, dont il s’est gardé de prononcer le nom pas une seule fois. Un véritable règlement de comptes sur des dossiers aussi divers que le Law and Order, l’économie, ou encore le fléau de la drogue et de la fraude et de la corruption. Cette intervention était caractérisée par une multiplication des phrases assassines, les unes plus vitrioliques que les autres avec une véritable flèche du Parthe en conclusion avec cette remarque lapidaire : « Ki priorités nou Premye minis ? Li mem konné. Bondié konné ki li fer ! »
Profitant de la sortie officielle d’hier aux Gymkhana Grounds pour le Passing Out Parade de 727 recrues de la force policière, dont 96 éléments féminins, le Premier ministre a répondu aux attaques de l’ex-président de la République au chapitre du Law and Order, que ce soit dans son intervention de l’estrade officielle en qualifiant ses détracteurs d' »amnésiques et d’aveugles », ou encore dans ses commentaires de nature politique à la presse en marge de cette cérémonie officielle en évoquant pas moins de 25 Unsolved Cases d’homicides ou de braquage majeurs sous l’ancien gouvernement MSM/MMM. (voir détails plus loin).
Tel un marteau-piqueur, sir Anerood Jugnauth s’est engagé, vendredi, dans une opération visant à démonétiser la politique du gouvernement. Justifiant sa décision de soumettre sa démission, sir Anerood a souligné que « le devoir passe avant tout. Aujourd’hui, c’est la même chose. Ma priorité, c’est le devoir envers le pays. Le pays passe avant tout. Mo finn réfkési buku. Mo fin à lékut du pays ».
En douze interrogations-démolition contre le Premier ministre et maîtrisant des formules incisives, il a établi un indictment politique de Navin Ramgoolam et a balisé son champ d’intervention politique dans l’immédiat en attendant un approfondissement de ces dossiers susceptibles de constituer la base du futur programme électoral du Remake 2000 de l’Alliance MSM/MMM. Il s’appesantira sur le fait qu' »en tant que chef d’Etat, j’ai le droit de dire haut ce que je pense. Ena dimoune sa na pa fer zotte plézir parski kan mo kozé, zotte tranblé. Zott santi zott puvwar menasé ». Les principaux thèmes de cette ultime intervention présidentielle sont :
Le Discours-programme : « Azordi nou bizin ni diskur, ni programme. Bizin arrête kozé. Bizin azir. Nou bizin ène leaderdhip avant tout. Nou bizin ène leadership ki pran bann décisyon ek fer ban aksyon konkret », lâche-t-il en faisant état de la nécessité d’une redéfinition des priorités du gouvernement dans la conjoncture.
Law and Order : « Est-il aussi difficile de rencontrer chaque matin le commissaire de police en vue d’assurer l’ordre, la paix et la sécurité dans le pays ? Kifer éna agresyon lor bann polisié ? Ki fer politiciens amène role pli ki la polis ? », se demande-t-il en s’interrogeant sur des cas où des membres du public n’hésitent pas à prendre la loi entre leurs mains. « Doit-on attendre cinq ans pour présenter un projet de loi pour condamner les auteurs de viol et d’agression sexuelle contre les femmes, les personnes âgées ou encore les enfants ? », s’étonne-t-il.
“Gambling avec les fonds publics”
Le style Ramgoolam : « Eski li pran deux ans pou nomme ène High Commissioner pou reprézant nou pays dans ène grand pays kuma l’Inde ? », fait-il comprendre en s’interrogeant sur le délai de cinq ans pour procéder à la nomination d’un General Manager pour Air Mauritius, qui s’écroule sous le poids de la Hedging Saga de Rs 10 milliards.
Sir Anerood Jugnauth a stigmatisé l’attitude adoptée par le Premier ministre lors du scandale de Hedging à la State Trading Corporation (STC). « Quand cette affaire du Hedging, que je considère beaucoup plus comme du Gambling avec les fonds publics, avait éclaté, j’avais soulevé la question avec lui. Savez-vous quelles étaient ses explications. Ni lui ni le Conseil des ministres n’étaient au courant de cette décision. Ene minis prand décision dan lédo guvernma qui engaz pays pou plusieurs milliards. Sa minis-là li ankor minis. Li ankor pe jouir. Pa bizin dir ou ki li mérité… « , s’insurge-t-il.
Le Plan social : Le président de la République démissionnaire s’interroge sur la recrudescence de la drogue à Maurice et l’absence de mesures venant du gouvernement pour contrecarrer la situation. Il préconise l’institution d’une commission d’enquête en vue de mâter les parrains de la mafia. « Eski li difficile pour mette ène komisyon danket lor ladrog ? », dit-il, ajoutant que, « eski mo kapav ferm mo lizié kan ladrog pe fer ravaz ek line vine ène bizness plusieurs milliards de roupies pour la mafia ? »
SAJ inquiet de l’avenir des enfants
Sir Anerood est revenu à la charge sur le fardeau des récentes augmentations des tarifs d’eau et d’électricité et la hausse du prix au détail du gaz ménager. « Eski nou kapav aksepté ki bann familles povr vin pli povr ek return dans lanfer de la mizer ? », ponctue-t-il la série d’interrogations.
L’Economie : Sir Anerood Jugnauth évoque la nécessité d’une nouvelle strategie économique face à la crise international. Il piaffe d’impatience devant l’inertie du gouvernement en se demandant : « Eski pa éna osi bann opportunités pou nou pays ? Eski mo kapav assiz trankil kan kriz ek siklonn ékonomik ape kraze deor ek pa éna istratézi pou donn réziltats ? », ajoute-t-il en dénonçant la mainmise (diktat) du Fonds monétaire internationale et de la Banque mondiale sur l’économie.
L’ex-président de la République se dit inquiet de l’avenir des enfants face à la détérioration de la situation économique. « Eski ou kapav dormi trankil kan nou dette nasyonal ape arrive preske 200 milliards ? « , ou encore, « eski mo kapav assize trankil dans Réduit kan 7 000 zenfan ape traîne dans lari ek na pa éna lavenir ? « 
Fraude et corruption : Il était évident que sir Anerood Jugnauth allait revenir avec la formule « l’ICAC ape fané ». « Dois-je fermer les yeux quand le pays est gangrené par le fléau de la fraude et de la corruption. Ek l’ICAC ape fané ek fin vinn ène instrima politik kont bann adverser ek ape servi pou fer Cover Up quand bann minis impliké dan bann skandal ? « 
Le respect des institutions : « Kan ou dimande ène dirizan respekté bann institisyon, ou attan li donne nbon ekszamp olié servi bann institisyon pou so survie politik. « 
En conclusion, sir Anerood Jugnauth réitérera le mantra : « Pou pays dékolé, pou amène bonheur lepep, bizin enan leadership. » Il met l’accent sur le besoin des politiciens de tenir les promesses faites à la population ou encore le respect du contrat de confiance avec la population. « Kan ou donn puvwar ène Premye minis, ou donne li puvwar pou diriz pays pou amène li à bon port. Ou pa donne li puvwar pour domine ou », a-t-il conclu en substance.