Au Club Med d’Albion, à quelques heures de son départ, la festivalière Valérie Mairesse a accordé un entretien au Mauricien. Personnage attachant, celle qui a su porter à bras-le-corps Partie en Grèce explique avoir voulu jouer cette pièce dès qu’elle a lu le texte. « Ce texte existe depuis les années 80’. Il y a même eu une adaptation cinématographique, Shirley Valentine. » Adolescente, elle avoue avoir toujours voulu ressembler à Marilyn Monroe. « J’avais le physique d’une bombasse avec un corps provoquant et un caractère de gamine. » Elle sourit encore de cette partie de sa vie. Revendiquant sa liberté et sa passion du théâtre, Valérie Mairesse peut être à l’image de toutes les femmes. En véritable féministe, elle défend ses idéologies. Mais pour le grand public, elle demeure avant tout une artiste de talent.
Nominée pour le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Repérages en 1978, au Molière de la comédienne dans un second rôle pour La Surprise de l’amour en 1988 et au Molière de la comédienne dans un second rôle pour Roméo et Juliette, en 2014, Valérie Mairesse est une artiste polyvalente. Elle aime d’ailleurs citer Arletty, qu’elle a eu la chance de côtoyer alors qu’elle jouait dans La boulangère. « Je suis comme je suis, j’aime plaire à qui me plaît », disait cette grande actrice française.
Dans Partie en Grèce, Valérie Mairesse met à nu le personnage de Shirley Rossignol, cette cinquantenaire qui parle à un mur. Et puis il y a la transformation de cette femme, qui revivra grâce à ce voyage initiatique en Grèce. « Je trouve cela terrible d’être malheureux dans sa vie quand je vois des femmes subir une vie dont elles ne veulent pas. J’ai envie de les prendre par la main et de leur dire de faire quelque chose de leur vie. On trouve tous dans Solange Rossignol, quelque chose qui nous appartient. C’est à la fois une femme drôle, qui ne se prend pas au sérieux. Et même si elle est seule dans sa cuisine et que son mari ne la regarde pas, on rit beaucoup, car c’est un personnage tout en dérision. »
Pendant plus d’une heure, Valérie Mairesse seule sur scène, dans un monologue parfait, habite à la perfection son rôle de Shirley Rossignol avec un brin d’humanité. Certaines tirades du texte retiennent plus particulièrement l’attention, à l’instar de « le mariage, c’est comme le Moyen-Orient, il n’y a pas de solution » ou encore « l’orgasme vaginal n’existe pas ». Abordant sans difficulté le sexe, l’orgasme ou encore le clitoris dans Partie en Grèce, Valérie dira de son personnage : « Beaucoup de femmes encore sont des Solange Rossignol, des femmes au foyer qui subissent et dont le mari ne remarque même pas l’absence, du moment que le repas est sur la table. Beaucoup de femmes sont l’ombre d’elles-mêmes ! » Et dans cette pièce, comme l’évoque Valérie Mairesse, c’est beaucoup plus dur pour une femme de partir quand elle n’est plus aimée. « Cela a été assez éprouvant au niveau des sensations d’être seule sur scène, mais quand on m’applaudit à la fin, je trouve cela émouvant et je me dis alors : “Oui, je l’ai fait !”. Et c’est un bonheur. »
Dans Partie en Grèce, Valérie Mairesse, dans son personnage de Shirley Rossignol, se retrouve dans sa cuisine en tablier, mais avec ses chaussures à talons. D’où la question de la cohérence. « Solange Rossignol aurait pu être en pantoufles, dira l’actrice. Mais le metteur en scène a insisté pour que mon personnage garde un peu de sa féminité. Il y a une vraie tendresse dans cette pièce qui, ne l’oublions pas, a été écrite au départ par un homme. C’est une pièce qui interpelle sur le mal qu’un homme peut faire à une femme. “Partir en Grèce” est un signal fort pour les femmes qui ne sont pas aimées, qui s’enferment sur elles-mêmes et qui subissent. » Se revendiquant une femme libre, Valérie Mairesse parlera du décès de sa soeur, morte à 54 ans d’un cancer et qui sera passée « à côté de sa vie », selon elle. « J’ai fait cette pièce pour ma mère et ma soeur, toutes deux décédées d’un cancer. Et je me suis dit que si ma soeur était partie en Grèce, elle ne serait peut-être pas morte. Moi, je suis toujours partie sans rendre de compte à personne. Je rêvais d’être actrice, comme Marilyn, et j’ai évolué au sein de la troupe du Splendid, où j’avais cette impression de faire les plus belles pièces. C’était génial d’écrire, de jouer ce qu’on portait en nous. On faisait rire. C’était génial. »
C’est l’après-Splendid et sa rencontre avec Agnès Varda qui lui a fait rendre conscience du féminisme dans L’une chante et l’autre pas. « Cela a été très compliqué par mon rapport à mon image. J’avais un corps sexy que j’avais fabriqué pendant mon adolescence. » Dans L’une chante et l’autre pas, l’actrice relate avoir été dans son élément. « Agnès Varda m’a fait évoluer d’une jeune fille prenant des pauses à la Marilyn à une femme prenant conscience que ne plaire qu’aux hommes ne suffisait pas. Là, j’ai compris que l’image de bombasse que je véhiculais à l’époque provenait du fait que je voulais ressembler à tout, sauf à ma mère, qui, elle, était discrète et acceptait tout. Mon père était un dominant et avait du caractère. Et l’image que me renvoyait Marilyn était à la fois sensuelle, belle et d’une grande fragilité. Et c’est ainsi que je me suis vue pendant des années. Le métier d’actrice m’a ouvert d’autres horizons et m’a permis d’apporter une touche d’humour dans ma vie. »
Valérie Mairesse, comme lorsqu’elle chantait dans Sexe Appeal ou Bombe anatomique, a joué de son image et de son corps, bien qu’au fond, avoue-t-elle, elle aura « toujours été une féministe ». L’actrice parle de son autobiographie, publiée chez Michel Lafon, Quand je serai grande, je serai actrice américaine – où elle se livre sans retenue, disant qu’elle voulait être actrice pour « embrasser Jean Marais » et signer les autographes sous le nom de Sandra Mac Day. Dans son livre, elle règle surtout ses comptes avec le métier, dévoile une partie intime de sa vie. « Je dis les choses comme je les ai vécues, et si cela intéresse les Mauriciens, peut-être qu’il sera en librairie chez vous. » Spontanée, loin des années où elle jouait les ingénues, Valérie Mairesse rêve désormais d’une vie saine et se réjouit d’être grand-mère. « Ma petite fille, Scarlett, qui a les yeux aussi bleus que moi, m’a fait découvrir que je n’aurai jamais imaginé être en face d’un amour aussi fort. » Son message aux femmes : « Qu’elles se disent “je veux partir en Grèce” et les hommes, qu’on les traite bien, nos Solange. »