L’association Local Hands, qui regroupe une cinquantaine d’artisans du projet FED Artisanat et de la Fondation Médine Horizons, a tenu mercredi une exposition à l’hôtel Le Mauricia, Grand-Baie. Le ministre de l’Intégration sociale Suren Dayal a fait les éloges de la créativité des artisans. Il est d’avis que la création locale s’oriente vers le haut de gamme et qu’elle mérite d’être encouragée. Mettre en relief la créativité et le savoir-faire des artisans locaux, telle est la maxime de la Fondation Espoir Développement (FED) et Local Hands.
Petit tour d’horizon… La création de Local Hands doit son origine au groupe hôtelier Beachcomber Hotels, la Fondation Espoir et Développement (FED) qui a lancé ce projet artisanal en 2006 dans le but de former les artisans mauriciens et de leur apporter le soutien nécessaire en vue de développer la vente de leurs produits : créations en terre cuite, produits fabriqués à base de coques de coco, textile etc… On apprend que c’est vers la fin de 2011 que Local Hands a été initialement lancée et qui est en fait une suite logique du prolongement du projet Micro-Entreprises Artisanat de la FED. Une cinquantaine d’artisans font partie de cette association qui est répartie sur sept ateliers de production. La mission première de Local Hands consiste à les encadrer dans la création, la fabrication et le marketing de leurs produits.
Élodie Lagesse, Project Coordinator, explique que Local Hands est capable de fournir des articles répondant aux besoins des hôtels et du public et invite même à visiter les locaux de Local Hands situés à Bambous et à La Gaulette. « On veut que ces artisans réalisent des produits de qualité qui mettent en valeur l’artisanat local. Outre Beachcomber qui est preneur de ces produits, il y a aussi l’Aventure du Sucre, Casela, Dacom Ltée, … »
Périple sensoriel
Dans ces deux centres modestes en apparence travaillent des femmes artisanes. À Bambous, deux femmes et deux hommes travaillent sur de la noix de coco qu’ils vont sculpter jusqu’à obtenir un produit fini de toute beauté. Un métier qu’ils vivent du bout de leurs doigts. Floriane Lindor et Liseby Sournois sculptent, polissent la noix de coco comme pour retrouver l’essence même de la matière. S’ensuit un périple sensoriel. Et de leurs doigts habiles, elles en font des objets d’art qui leur permettront d’avoir leur manne. Dépendant des commandes, le travail se révèle rentable. Le travail est expressif et le choix de la matière unique. La noix de coco étant une matière première de sélection, les deux femmes rivalisent d’imagination pour confectionner des objets qui trouveront leur place dans une pièce de la maison ou dans un hôtel. Le travail se veut précis et méticuleux. L’avantage qu’offre la noix de coco c’est que le produit peut être livré teint selon les goûts du client s’agissant du vernis, mat ou glacé. Des copeaux de noix, comme des tresses de cheveux ondulés jonchent la table et le sol. Les artisans sont dans leur élément. On reste dans le casser, arranger, améliorer toujours pour donner de la qualité.
Recyclage
Autre pièce, autre rituel. Ici, le sens est en éveil, avec des cannettes, on en fait des objets recyclables. Les magazines colorés deviennent des pièces à bijoux recyclables… Comme dirait l’autre, nanyen pa zete, tou resikle. Chaque création émanant de ces femmes est chargée d’histoire. On ne peut décrire d’une simple formule le travail des artisans, il faut simplement le vivre. S’imprégner de l’odeur qui s’en dégage, avoir le coup de coeur pour un objet comme ces figurines de père Noël travaillées à partir d’une cannette ou d’un bouchon de champagne. Le recyclage est à la mode et Dany Couyava s’en donne à coeur joie avec son papier mâché recyclable. Brinda Kathirasapillay explique, elle, avoir réalisé une ceinture à partir de cannettes et avoir donné un look avec la même matière à une table.
Élodie Lagesse poursuit que tout artisan a gardé à l’esprit le concept Maurice île Durable. « L’artisanat est un secteur commun. Pour survivre, il faut diversifier le marché. Chaque artisan est à son compte et le but de leur encadrement est de lui permettre graduellement de se faire des contacts et de devenir autonome. »
L’artisanat est un secteur porteur, en pleine ébullition. Pourquoi Local Hands, un nom évocateur ? Tout simplement quand tou lamin bann artizan bat ansam, li fer enn son et l’art prime. De ses petites mains aux couleurs d’une île Maurice arc-en-ciel, le combat est lancé, celui de faire de notre industrie locale, un secteur porteur. Les artisans célèbrent leur île, leur culture, la richesse de notre environnement. Chaque objet s’entoure d’un aura et les matières sont des plus variées. Dany, Sheela ou Brinda jouent avec les matières et les formes et les couleurs qu’elles donnent à un collier, à du papier mâché ou à des cannettes, relèvent d’un sens artistique inné. Elles ont choisi de mettre les sens en éveil en s’amusant à titiller l’imaginaire des gens. Des magazines découpés pour en faire un bijou en vogue, fallait juste y penser. Mais Sheela insiste : « Li kouma fer gato, sakenn so lame. » À travers la matière, elle donne vie aux objets. Le petit bonhomme rouge, le père Noël sera bientôt la figurine convoitée du 25 décembre. Cette année, elle sera encore plus rigolote avec ses pieds, sa barbichette. Et, ce sapin vert modelé en papier mâché fait de l’effet. On dirait vu sous un certain angle “de la dynamite”.
De l’ombre à la lumière
Ici, dans cet atelier on ne se contente pas que du visuel, chaque objet se fait comme l’écho des états d’âme de son créateur. La noix de coco travaillée dans du bois brut ou poli s’inspire grandement de la nature. Avec du papier mâché, un miroir est même travaillé donnant un aspect exotique. Chaque artisane de Local Hands a su trouver dans ce filon, un créneau qui correspond à sa personnalité. Brinda et Sheela complimentent Élodie Lagesse qui, il faut l’indiquer, apporte beaucoup de chaleur à ce lieu. Dynamique, elle a ce sourire et ce petit regard espiègle qui indique sa satisfaction ou son mécontentement quand un objet n’est pas bien fini. Sheela de préciser : « Élodie, li bien ankadre nou. Boukou lide li donn nou. » Sa voix se fait écho auprès des autres dames qui diront que Local Hands a été pour elles comme une bouée de sauvetage. Ces artistes de l’ombre sont aujourd’hui dans la lumière avec leurs créations portant leur signature artistique. Sheela dit que la création d’un bijou repose toujours sur une vision personnelle.
Le concept de Local Hands plaît dès la première prise de contact. La trouvaille réside en premier lieu à trouver de bonnes idées et à réinterpréter la tradition locale à sa manière. Dany Couyava, la spécialiste en papier mâché, parle aussi d’apporter une touche de modernisme au traditionnel. « C’est la finition qui fait le produit », indique-t-elle. Brinda Kathirasapillay, spécialiste du design des cannettes, dit que le but est de mettre en commun des idées. « Beaucoup de créations sont visibles via internet. Il faut juste les réadapter au contexte local. » Chaque création puise son inspiration dans le folklore de la vie. Même constat au centre Local Hands de La Gaulette où là tout est réalisé avec de la terre glaise. Théière, tasses, soucoupes, Catherine Lecordier parlera des différents styles en poterie — terracota, porcelaine, roc —, évoquera la cuisson bisque, parlera de la manière de polir une poterie, du glaçage, de la teinte. Plus loin, dans une autre aile, des femmes font de la couture, bandana à la mauricienne, sac tye and dye.
Véritable plate-forme visant à mettre en relief le talent de ses artisanes, Local Hands rassemble avant tout des talents à l’état brut qui au final deviennent des diamants. L’oeuvre d’art étant objet de contemplation, c’est dans le silence et l’émerveillement qu’on apprécie ce talent fou de Local Hands. Du Made in Mauritius à l’état pur !