L’enfant du temple a compris qu’il fallait se défaire des règles pour apprendre à voler. Il a déployé ses doigts pour qu’ils battent à leur guise et les ondes de son tabla ont soufflé avec la force des vents de la liberté. Elles l’ont entraîné dans un tourbillon et l’ont fait découvrir les musiques du monde.
Derrière son instrument, Shakti Shane Ramchurn s’est fait chef d’orchestre. La main droite sur le dayan, la gauche sur le bayan, il bat la mesure pour faire jaillir des échos d’Inde, d’Afrique, d’Occident. Des airs qui voguent du classique oriental à la techno acoustique, en passant par le blues, le jazz, le reggae, le séga…
Du bout des doigts, il ouvre un nouveau chapitre de la musique mauricienne, apportant d’autres couleurs à la guitare d’Eric Triton, un battement particulier aux ghungroos d’Anna Patten et métamorphose le son du pot de terre et accueille dans son monde les autres artistes et techniciens qui l’ont accompagné sur Soil Beat. En neuf titres, le tablatiste virtuose livre un album aussi brillant que surprenant.
C’est une révélation délectable. Soil Beat retient l’attention dès les premières notes. Une fois l’effet de surprise passé, il vous donne de grands frissons à mesure que les paumes et les doigts du tablatiste s’envolent avec frénésie vers une toute nouvelle expérience musicale qui invente ses propres concepts et ses propres règles.
L’album de Shakti Shane Ramchurn a la richesse et l’intensité d’un cocktail dosé pour être à la fois doux et piquant. Il s’avale cul sec. Sans glaçon ni fioritures pour que rien n’altère sa saveur naturellement riche. Chacun de ses ingrédients libère ses effluves dans une explosion instantanée qui interpelle, une fois la touche Play enfoncée.