Patelin de quatre cents habitants niché dans St-Pierre, au pied de la montagne du Pouce, Ste Catherine a longtemps porté sur ses épaules une réputation de cité en détresse : taux de pauvreté alarmant, problèmes de logement et maisons faites en amiante, alcoolisme, drogue et enfants non scolarisés.

Aujourd’hui, la cité a quelque peu changé de visage. Selon les habitants, les problèmes sociaux ont diminué, les enfants ont accès à des activités saines grâce à un programme communautaire et plusieurs maisons en dur ont remplacé celles en amiante. Mais quelques habitants en sont toujours prisonniers, n’ayant pas les moyens de s’offrir une habitation plus sûre.

Les enfants et les adultes de la cité ont accès à diverses activités depuis que des entreprises ont décidé d’aider la région

En ce jeudi après-midi à Cité Ste Catherine à St-Pierre, le temps est très humide. La pluie a arrosé l’endroit, rendant le déplacement assez délicat. La montagne du Pouce se distingue facilement lorsque nous abordons les rues de la localité. Ste Catherine est entourée de verdure, notamment de champs de cannes à sucre, mais aussi de plantes sauvages du côté de la montagne.

Au centre communautaire, nous rencontrons Angel Fumier, 19 ans. Il fait la fierté du village, ayant été classé 69e aux examens du HSC l’année dernière. Il nous confie qu’il n’a jamais vraiment eu envie de devenir un exemple pour la cité, mais se dit las des stéréotypes. “Un ami au collège m’a dit une fois la chose suivante : To res Site Ste Catherine twa ? Bann-la pa move laba ? Moi je dis qu’avant de juger, il faut venir voir. Ici, comme partout ailleurs, il y a des bons et des mauvais côtés.”

Mike Petite est très connu dans la cité, notamment pour son travail avec les jeunes dans son atelier de sculpture

Mesures d’accompagnement.

Depuis quelques années, Ste Catherine a connu un réveil, grâce notamment au programme communautaire Zenerasion Nou Kapav initié par Eclosia, ENL et Rogers. Grâce à leur soutien, le centre communautaire arrive à mettre en place des mesures d’accompagnement pour les habitants de Ste Catherine. “Nous avons cinq piliers : l’éducation, le logement social, la résilience, la santé et l’hygiène et l’autonomie financière. Nous avons des activités pour les enfants, un programme after school, des marchés aux puces, entre autres, pour venir en aide aux gens de Ste Catherine”, souligne Marietta Agathe, en charge du projet.

Grâce à un programme communautaire, les quatre maisons qui furent ravagées par un incendie en 2017 ont pu être reconstruites

L’atelier de sculpture fondé par Mike Petite bénéficie également de ce soutien. Cela lui permet d’avoir du matériel pour pratiquer cet art. Environ une cinquantaine d’enfants de la cité se retrouvent dans cet atelier chaque semaine. “Il y a dix ans, il y avait un manque flagrant de distractions, et on se tournait vers la cigarette et l’alcool. Ma vision était de donner une activité saine aux enfants de la cité. L’atelier a touché quelque 200 jeunes depuis sa création, il y a dix ans. Il a permis de faire émerger beaucoup de talents. Il y en a qui sont prêts, ils ont le potentiel de participer aux compétitions internationales. Aujourd’hui, avec le soutien de ces groupes, nous pouvons avoir le matériel nécessaire pour poursuivre les activités de l’atelier.”

Chiens pour la chasse au tang.

C’est ce même soutien qui a permis de régler la situation précaire des 24 personnes qui s’étaient retrouvées sans foyer après l’incendie de quatre maisons en 2017 et qui avaient dû trouver refuge dans le centre communautaire de l’Agrément pendant six mois. Leurs maisons ont été reconstruites avec le soutien du programme communautaire. “On nous a construit une maison. On doit les remercier; sans eux, on n’aurait jamais pu y arriver”, reconnaît Clifford Noël.

Une field worker de la plate-forme Zenerasion Nou Kapav nous fait découvrir St Catherine

Plus loin dans la cité, les maisons, en béton pour beaucoup et certaines en tôle, sont proches les unes des autres. Les quelques crottes de chiens que l’on peut apercevoir à chaque coin de rue reflètent une autre réalité de la région : les chiens sont nombreux dans la rue. “Beaucoup de gens pratiquent la chasse de tang dans la cité. Parmi les chiens que vous voyez, beaucoup sont entraînés pour la chasse. Il faudrait cependant que les propriétaires les gardent dans leurs cours. Ce serait plus hygiénique, car c’est nous qui marchons dans ces rues”, estime Mike Petite, habitant la localité.

Au détour d’une ruelle, nous rencontrons Danielle Gabriel, 43 ans. Cette veuve vit dans une maison faite en amiante depuis sa naissance dans la cité. Elle confie ses craintes, aussi bien pour elle que pour ses enfants et ses petits-enfants. “Quand il y a un gros soleil, nous avons du mal à respirer. Nous sommes obligés d’aller à l’extérieur. Nos problèmes respiratoires nous gênent également le soir. Mon petit-fils a eu une grosseur sous son bras, c’est inquiétant. Nous ne vivons pas sereinement dans cette maison.”

Maisons en amiante.

Sa voisine, Marie-Noel Désiré, tient le même discours. Sa maison est en amiante. Posant sa canne à ses côtés, elle nous parle de ses problèmes de santé. “Il y a quelques semaines, on nous a invités à aller faire des tests à l’hôpital. Il est évident que l’amiante est néfaste pour la santé. J’ai des problèmes d’asthme. Hier soir, je n’ai pu fermer l’œil de la nuit. Je suis essoufflée, j’ai des douleurs partout. Les médecins savent à quel point l’amiante n’est pas bon pour moi.”

Les habitants ont fait de nombreuses démarches pour se sortir de cette situation, sans aucun résultat. “Nous avons fait beaucoup de démarches il y a quelques années mais nous sommes toujours dans cette maison. On nous a dit qu’on allait nous aider à détruire ces maisons pour en construire d’autres progressivement. Pour l’instant, nous sommes obligés de rester ici. Je n’ai pas le choix, je vis avec une pension de retraitée”, dit Danielle Gabriel.

Un peu plus loin, nous rencontrons Geneviève Virginie, 55 ans. Elle est née à Ste Catherine et nous confie que la cité a beaucoup changé. “Auparavant, la pauvreté faisait rage, il y avait beaucoup de chômeurs ici. Il y avait également beaucoup de maisons en amiante où vivaient trois ou quatre familles.” Jetant un coup d’œil à la rue, elle se souvient de son piteux état, il y a quelques dizaines d’années. “Il n’y avait pas de chemin; je marchais sur des pierres. Avant, il y avait beaucoup de disputes dues à l’alcool. Il y en a moins de nos jours. Il fait bon vivre dans la cité.”