Hier  matin, les amateurs de skateboard s’étaient donnés rendez-vous à Grand Baie La Croisette pour le DC  « Refuse  To Lose » Street  Skate Competition. L’Esplanade du centre commercial La Croisette, dont la superficie équivaut à celle de 3 terrains de basketball, avait  été complètement relookée et équipée de plusieurs rampes pour cette occasion unique de  démonstrations de skate et de BMX, réalisées par une équipe de professionnels et de champions nationaux. « Nous avons souhaité que le public découvre les talents mauriciens. À travers cette démonstration, nous souhaitons donner un nouveau souffle au sport extrême à Maurice, »explique Min Swe Kyaw, brand manager de QuickSilver et Roxy.  Une occasion en tout cas pour les skateurs mauricien  de se mettre en valeur. Week-End en parle…
 Quand le skate s’empare de la mode
Les amateurs de planches à roulettes ou de skate  possèdent une culture bien à eux.  Jeux vidéo, vêtements, musique, magazine et équipement, et la mode font partie de l’univers de cette race de casse-cou.  Skateur ce n’est pas seulement un sport, c’est aussi un style vestimentaire.  Depuis quelques temps, le skate et tout son univers ont commencé à se faire une place dans le monde de la mode. Les skateurs sont souvent reconnaissables par leurs grosses chaussures imposantes. En  général, le skateur mec aime laisser pousser ses cheveux ou faire une crête. Il  porte des fringues amples, des sportwears confortables des sweatshirts, des baskets et des casquettes. Le skateur Hip Hop opte d’avantage pour le baggy, le blouson Carhartt, des baskets et des lunettes alors que le skateur Trasher adopte un style plus près du corps, plus sale et punk  avec des jeans troués. Les filles peu représentées dans ce  sport s’habillent  à peu près de la même manière.
Sport et passion
Le vocabulaire est tout aussi particulier. Sauts d’espace ou  sauts de marche,  le skateboard est devenu au fil des jours le sport favoris de nombreux de jeunes à travers le monde. Maurice n’échappe pas à la règle. Depuis l’ouverture du Skate Park à Bagatelle, les jeunes mauriciens sont de plus en plus nombreux à s’initier à ce sport de glisse et de sensations fortes. Sport extrême et discipline 100 % urbaine, le skateboard  a pris corps dans les années 60 en Californie. Elle s’est depuis  répandue dans le monde entier. Chaque samedi une trentaine de jeunes se donnent rendez-vous dans le skate Park de Bagatelle. Ils s’exercent, répètent en leitmotiv une nouvelle technique ou un saut  différent jusqu’à atteindre la perfection. Ce qui est rare.
 Oliver 19 est l’un de ces jeunes qui voue une passion sans égale à cette discipline. « Cela fait 2 ans que je pratique le skateboard. J’ai découvert cette discipline grâce à un ami qui est également skateur et depuis ma passion ne cesse d’accroître, » explique-t-il. Cependant le jeune homme avoue ne pas être intéressé à faire des compétitions. « Pour le moment ça reste un passe-temps. Je fais du skateboard uniquement pour le « fun » dit-il.
Mordus de la planche
Tel n’est pas le cas pour Xavier 25 ans, lui un compétiteur né. Étant un mordu de la planche à roulette, sa passion l’a conduit à plusieurs compétitions au niveau national. Le jeune homme a été sélectionné avec deux autres prodiges du skate  national pour faire partie du jury pour le DC « Refuse To Lose » Street Skate Competition. » Je fais du skateboard depuis mes 15 ans. Cependant trois ans de cela j’ai été contraint de renoncer au skateboard par faute de moyen financier. Les planches coûtent très chères t je ne pouvais pas me permettre de m’acheter une nouvelle planche. C’est en allant poursuivre mes études en Nouvelle Zélande que j’ai décidé de me remettre au skateboard. À mon retour à Maurice, j’ai continué sur ma lancée et j’ai commencé à participer à des compétions où je finissais la plupart du temps à la seconde place » dit-il.
Il en est  de même pour Myo. A 27 ans, le jeune homme est aujourd’hui un vieil habitué des compétitions nationales où il pratique l’excellence. « J’ai commencé à faire du skateboard à l’âge de 16 ans. J’ai remporté pas mal de compétitions notamment le Sprite Dynamics  en 2005 et le extrême national championship en 2006. » Également sélectionné pour avoir fait partie du jury pour la compétition samedi, le jeune homme se dit satisfait de voir que les jeunes mauriciens sont de plus en plus intéressés par le skateboard.
Les filles aussi
Qui a dit que le skateboard était réservé aux garçons ? Certaines filles n’ont pas froid aux yeux et font de leur passion pour le sport extrême une façon de vivre.  C’est le cas de Laetitia. Cette jeune fille de 16 ans pratique le skateboard depuis  deux ans.  Si elle s’entraînait quotidiennement auparavant, Laetitia avoue avoir été contrainte depuis le début de l’année de sacrifier un peu sa passion pour se concentrer sur ses études.  « Avant je m’entraînais tous les jours malheureusement j’ai dû mettre le skate  de côté pour pouvoir me concentrer d’avantage sur mes études. Maintenant je m’entraine rarement » dit-elle. Mais Laetitia ne renonce pas pour autant « Apres les examens, je compte reprendre les entrainements sérieusement et pourquoi pas participer  très prochainement à une compétition ?  » dit-elle.
Cependant, entre la passion pour ce sport et les contraintes liées à la pratique, les jeunes skateurs soulignent leurs mécontentements. Cette discipline, malheureusement est loin d’égaler les autres disciplines sportives à  Maurice. Il faut d’abord relever l’absence d’infrastructures dédiées à ce sport, le manque de structures, d’encadrement et de professionnalisation.  S’il est vrai que des compétitions de skate sont organisées de temps en temps à Maurice, tout est loin d’être gagné pour les skateurs qui souhaitent se perfectionner. « Les skateurs se retrouvent souvent confrontés à plusieurs handicaps : absence de skate Park, problème de sécurité. Certains finissent même par abandonner, faute de moyens,  » soutient Oliver.
Le revers de la médaille
Avec l’absence de dispositifs garantissant leur sécurité,  ce sport peut représenter un danger potentiel pour les jeunes skateurs malgré les équipements de protection que sont les gants et le casque.   Ces derniers restent confrontés à toutes sortes d’accidents qui peuvent survenir lors des exercices ou des compétitions. D’où la nécessité de mettre au profit de ces jeunes des moyens pour assurer leur sécurité. « Le skateboard est malheureusement encore mal vu dans la société d’aujourd’hui. Il  ne faut pas oublier que le skateboard est un sport comme un autre et  cela peut empêcher les jeunes de tomber dans les problèmes d’alcool et de drogue » explique Xavier. Avant de terminer sur une note plus positive pour dire que la pratique du skate  constitue une source d’épanouissement pour la jeunesse et peut contribuer à les éloigner des fléaux de la société, comme la drogue et l’alcool.
Et les jeunes mauriciens et mauriciennes veulent se prouver à eux-mêmes qu’ils ont du talent et qu’ils peuvent dans ces sports aussi porter haut  le drapeau mauricien lors des compétitions internationales. Mais pour ce faire, des efforts des autorités sont attendus pour les encourager et leur donner les moyens de s’épanouir. Ils réclament la construction de nouveaux skateboard Parks partout à travers l’île et une politique pour rendre la planche à roulette plus accessibles à tous.
En attendant de voir ce sport hissé au rang des sports professionnalisés, les jeunes skateurs mauriciens se battent avec leurs propres moyens. « Je rêve de représenter un jour  Maurice  sur le plan international « ,  soutient Myo.
Le rêve de ce jeune mauricien verra-t-il le jour? C’est tout le mal que l’on lui souhaite.