L’industrie sucrière, en particulier la communauté des planteurs, passe par une phase difficile. Avec la tendance à la baisse du prix de cette commodité sur le marché mondial et la fin des préférences au vu de l’élimination à compter du 1er octobre prochain des quotas d’exportation sur l’Europe, le prix de la tonne de sucre aux planteurs pourrait varier entre Rs 13 000 et Rs 13 400 pour la présente récolte sucrière. Cette fourchette de prix est considérée comme un problème insurmontable pour les planteurs, qu’ils soient petits ou usiniers-planteurs indistinctement. À cette baisse dramatique des recettes liées à la chute du cours mondial est venue se greffer une réduction du potentiel dans la production sucrière pour cette année. Alertées par ces facteurs, les autorités ont cru mettre les bouchées doubles en instituant un comité conjoint gouvernement/secteur privé en vue d’élaborer un Package pour ce secteur économique. L’une des premières directives découlant des délibérations de cette instance a été émise en direction du Sugar Insurance Fund Board (SIFB). Pour soutenir la communauté des planteurs, une enveloppe de l’ordre de Rs 720 millions devra être à portée de main prochainement.
En se basant sur les dernières indications de l’évolution du prix du sucre sur le marché international, le comité présidé conjointement par le secrétaire permanent au ministère de l’Agro-Industrie, Vishnu Gondeea, et le Chief Executive Officer de Business Mauritius, Raj Makoond, le SIFB est présenté comme le sauveur de l’industrie sucrière dans la conjoncture. Toutefois, avant tout déboursement de ces Rs 720 millions au minimum des Rs 3,5 milliards de ce Fonds d’Assurance, le feu vert des actuaires s’impose. Ainsi, dans le cadre de l’Actuarial Review du SIFB en cours, un Addendum a été décidé au mandat confié aux actuaires pour leur demander de se prononcer de manière urgente sur cette option puisant dans les caisses pour assurer le paiement d’une compensation aux planteurs de l’ordre de Rs 2 000 par tonne, pour la présente récolte sucrière.
L’urgence de la situation se résume au fait qu’alors il y a quelques semaines quand le problème du prix de la tonne de sucre s’était posé dans toute son acuité, le cours mondial était de 390 dollars US la tonne, les dernières indications affichent toujours à la baisse. Cette semaine, le sucre se négocie à 370 dollars US la tonne, soit Rs 700 de moins encore.
Commentant la situation pour Le Mauricien avant la réunion d’hier matin, Devesh Dukhira, Chief Executive Officer du Syndicat des sucres, confirme que le cours du sucre a baissé par au moins 150 dollars US (plus de Rs 5 000) depuis le début de l’année. L’annonce de la libéralisation du quota à partir du 1er octobre a déjà généré une chute du prix du sucre en Europe. Les principaux acheteurs, eux, ne sont pas pressés de conclure des contrats dans l’espoir que les prix continuent à descendre.
« La demande est là, mais c’est le prix qui constitue le principal problème. Il importe par conséquent que toutes les mesures appropriées soient prises afin de maintenir notre compétitivité » , soutient Devesh Dukhira.
Pour le Chief Executive Officer de la Mauritius Cane Industry Authority, « il s’agira pour nous d’avoir une plus grande prévisibilité en ce qui concerne la commercialisation de notre sucre dans la perspective de l’entrée en vigueur de la libéralisation des quotas sucriers. Nous devons revoir tous les paramètres et prendre des mesures afin de maintenir la viabilité du secteur sucrier ».
Cette compensation de Rs 2 000 par tonne de sucre devrait être accueillie de manière favorable par les planteurs. « This will give the right signal for the crop, met disel dans karo ek okip karo », fait-on comprendre dans les milieux concernés. Toutefois, avec très peu de signes d’une éventuelle amélioration, en dépit des « espoirs frelatés sur un meilleur prix du sucre » relayés dans certains milieux, l’appréhension est de mise pour la récolte 2018 avec des planteurs s’interrogeant sur « les muscles et capacité financiers du SIFB » de les soutenir pour la récolte de l’année prochaine.
Outre la demande soumise au SIFB au sujet du complément de Rs 2 000 par tonne de sucre, parmi les mesures proposées au gouvernement figurent notamment l’abolition de la taxe de 4% sur les revenus sucriers pour financer la MCIA ainsi qu’une taxe de 40% à l’importation des produits sucriers afin de faire face à l’importation sucrière. Le comité gouvernement/secteur privé a également pris la décision de Fast Track les consultations en vue d’arrêter la gamme de mesures avant la reprise des travaux de l’Assemblée nationale en octobre. « Tout simplement, s’il y a lieu d’apporter des amendements à la loi, notamment le Sugar Industry Efficiency Act, le ministre de l’Agro-Industrie, Mahen Seeruttun, sera mieux préparé pour faire face à cette éventualité », indiquait-on après la réunion d’hier.
Au niveau de l’industrie sucrière, il n’a pas que le prix qui préoccupe. « La production sucrière constitue un véritable casse-tête. Elle est estimée à quelque 360 000 tonnes et les conditions climatiques qui prévalent ne sont nullement appropriées pour un renversement de la tendance à la baisse », fait-on comprendre au sein de l’industrie sucrière. Au 5 août dernier, la production était de 13 441 tonnes contre 10 815 pour la semaine précédente. Il n’est pas à écarter qu’une révision à la baisse de la production pourrait s’imposer mais aucune des sources n’a voulu s’aventurer pour confirmer ou infirmer cette éventualité.