Mo pays est une pièce de théâtre que présente la troupe Komiko dans la cadre de la célébration de la fête nationale. Une représentation qui met en avant la complexité du quotidien des Mauriciens en toute simplicité et avec beaucoup d’humour. La pièce a été présentée pour la première fois mardi dernier au Kafé T’@ à Rose-Hill, devant une salle archi-comble.
Il est 20 heures en ce mardi soir. Aux abords du Kafé T’@ à Rose-Hill, nombreux sont les invités qu’on rencontre et qui rebroussent chemin. « Il n’y a pas de place ! ». « On ne peut pas rester debout pendant tout ce temps avec des talons ». Les commentaires fusent. De quoi démotiver ceux qui ont fait le déplacement pour voir Mo pays. Les plus braves décident quand même d’y aller. Histoire de constater de visu ce qui se passe ou avec l’intention de trouver un petit coin pour assister à la représentation. Les marches, ou tout autre espace où l’on peut se tenir debout, sont envahis de gens. La salle est archi-comble ! Ceux qui arrivent à se faire une petite place dans cette foule ont intérêt à ne pas bouger car le moindre mouvement est une invitation lancée à quelqu’un d’autre pour s’y installer. La pièce, prévue pour 20 heures, commence avec quelques minutes de retard.
Mo pays s’ouvre avec la protagoniste Miselaine Duval, dans le rôle de Cindy ou Cin pour son mari. Elle nettoie la brède mouroum… Elle donne libre cours à son talent. Son jeu de scène, ses expressions faciales, son parler pince sans rire donnent le ton à la pièce. Les remarques humoristiques fusent : « Zot dire mo koz tou sel. Au mwen mo tanne moi. Parfois ou koz ek dimoun zotte pas tanne ou. » La maîtrise de l’art théâtral de chacun des personnages amène le spectateur dans leur univers et retient son attention pendant plus d’une heure ; et ce malgré l’inconfort de ceux qui sont debout, certaines spectatrices perchées sur leurs talons aiguilles. D’autres, faute d’être assez grands, ont suivi une bonne partie de la pièce par le son seulement.
Mo pays offre à voir la vie d’un couple dans son quotidien, de sa relation mi-figue mi-raisin avec le voisin ou encore son attitude à l’arrivée d’un membre de la famille ayant épousé une étrangère, « blanche » de surcroit. Sans ostentation aucune et sans avoir recours à des déguisements de circonstance, la troupe arrive à transmettre un message interculturel qui correspond au vécu quotidien des Mauriciens. C’est le cas pour Tibye, personnage incarné par Feizal Teeluck qui fait irruption chez son voisin le couple Cindy et James sans crier garde.
La pièce conçue et montée en deux semaines par la troupe de comédiens à plein temps évoque aussi le développement durable, thème principal de la fête nationale. Ainsi, l’accent est mis sur la préservation de l’environnement, l’importance de l’éducation et du travail. Elle donne l’occasion de voir à travers ce qu’on peut considérer comme « le défaut » des Mauriciens – ces trop curieux qui n’hésitent pas en bon “madame Jean Louis” à voir ce qui se passe chez le voisin et même à lui poser des questions indiscrètes sur sa vie personnelle – une vie communautaire qui n’existerait pas à l’étranger. Ainsi, le couple Kevin-Wendy raconte comment ils sont seuls à l’étranger, n’ayant aucun voisin pour partager quoi que ce soit. On peut mourir seul sans que personne ne le sache. L’occasion de rappeler des anecdotes pour illustrer le vivre-ensemble des Mauriciens. Les personnages se souviennent du temps où lorsqu’il y a un mariage chez le voisin par exemple, l’on proposait ses services, quelle que soit sa communauté, de manière tout à fait naturelle.
Sont aussi évoqués des travers de la société comme la paresse et la mendicité. Certains prétextant même qu’ils sont « overqualified » pour trouver du boulot. Cependant, n’est-ce pas aussi une réalité mauricienne où des jeunes diplômés se font souvent dire qu’ils ne peuvent être recrutés pour cette raison précise ? Komiko parle aussi des développements infrastructurels et économiques qu’a connu Maurice à travers l’étonnement de Kevin, incarné par Alexandre Martin, qui revient au pays après de nombreuses années d’absence. Combien de Mauriciens ayant des proches à l’étranger n’ont pas été témoins de ce genre d’étonnement au moins une fois dans leur vie ?
Sollicité par Le Mauricien, Miselaine Duval de la troupe Komiko souligne qu’« au lieu de montrer que tout va bien dans la société et de montrer aux gens ce qu’il faut faire, on a voulu montrer les ennuis qu’on peut avoir en faisant certaines choses tout en gardant en tête que nous avons de belles choses qui nous entourent ».
L’humour a certainement dominé la pièce. La troupe Komiko donne rendez-vous aux Mauriciens aujourd’hui à 17 h sur la plage du Morne. Samedi 17, à la même heure, elle sera sur le terrain de basket de Petit-Raffray.