Assises l’une à côté de l’autre dans un canapé blanc, Mathilde (Virginie Talbotier) et Charlotte (Vinaya Sungkur) ne s’entendent pas. Ni ne se voient mais tiennent en aparté un discours identique à propos de Jean Martin (Vincent Pellegrin). Ce mari qu’elles ont en commun, sans jamais s’apercevoir du double jeu du coquin, qui les emberlificote dans d’inextricables imbroglios. Une double vie amoureuse dans un double foyer avec double voisinage, dont des voisins sans-gêne et traîne-savates.
Stationnement alterné se décline en une succession de situations invraisemblables. Le public explosera certainement de rire à chaque représentation au Théâtre Serge Constantin. Ce spectacle de divertissement présente une fluidité de jeu et une imagination certaine de mise en scène. L’ouverture choisie par Daniel Mourgues juxtapose les deux épouses sur un canapé, chacune dans un espace-temps propre. Elles se lancent en aparté dans un soliloque synchrone. Côte à côte physiquement, mais à des lieues dans la réalité dramaturgique.
Une idée de mise en scène à saluer. Nul besoin de double décor pour figurer deux appartements distincts, celui de Mathilde et celui de Charlotte. Un seul suffit ! Ce procédé fonctionne sans anicroche au théâtre. En un claquement de porte, Jean Martin est soit chez sa femme soit chez sa maîtresse, qui est aussi sa femme ! On vous laisse imaginer les jeux de mots et les allusions que suscite ce triolisme marital…
Ce ménage à trois est porté par un Vincent Pellegrin au mieux de sa forme dramatique. Donner la réplique à Vinaya Sungkur et à Virginie Talbotier exige une bonne santé. Ce casting d’enfer pousse irrémédiablement à se montrer à la hauteur. Le mari taximan a rendu l’appel haut la main, soutenu par ces deux ravissantes femmes, qui en tenue légère, qui en peignoir. Stationnement alterné n’est pas une mince affaire à jouer. La cadence est sans répit. Les quiproquos fusent tous azimuts.
La complexité des intrigues et les mensonges de Jean Martin ajoutent au burlesque de l’univers dépeint; situations invraisemblables et hilarantes se bousculent dans un carambolage rocambolesque, tant dans l’action qu’à travers des répliques équivoques. Vague impression de succession de saynètes pour ne pas dire de situations risibles. Cocasses, ridicules, tordantes…
La caricature de l’homosexuel “artiste-créateur”, incarné par Yannick Gérie, aura beaucoup amusé. Ce personnage excentrique renvoie au majordome de La cage aux folles, présenté par Philippe Houbert et Daniel Mourgues en novembre 2011. La comparaison s’arrête là car on ne saurait comparer La cage aux folles à Stationnement alterné… si ce n’est que Philippe Houbert sert la soupe dans la peau du voisin, Gilbert Jardinier. Et ce n’est pas du bouillon ! Saluons au passage Guillaume Silavant et Romain Blanchet pour leurs rôles respectifs de flics chargés d’enquêter sur la double vie du chauffeur de taxi qui s’est trompé d’adresse !
Sont-ce quelques minutes d’émotion qui manquent à la pièce pour qu’on se souvienne de ce Stationnement dans cinq ans ? On retiendra néanmoins le sourire accroché aux lèvres des gens à la sortie, ces yeux pétillants croisés en un éclair…
Le dramaturge Ray Cooney a écrit une suite à Stationnement alterné. Nous verrons cela au prochain passage du tandem Houbert-Mourgues.