David Coiffure. C’est ainsi que Toolsyram Jungalee a décidé d’appeler son salon de coiffure à Paris. Ouvert depuis presque dix ans, le petit salon pour hommes accueille quotidiennement des clients de passage, mais aussi des clients réguliers. C’est sa touche mauricienne, dit-on, qui les charme à tous les coups. Rencontre.

Si vous êtes du côté du 11e arrondissement à Paris, allez y faire un tour. L’on raconte que son gérant parfaitement bilingue aime bien raconter les histoires de Maurice à ses clients. Toolsyram Jungalee, aussi connu comme Shyam, est le fier propriétaire de David Coiffure, un salon de coiffure pour hommes qui a su se faire un nom dans le quartier.

« Papa sera content qu’on parle de son salon. C’est un beau cadeau d’anniversaire » nous confie Vanina Jungalee, une des trois filles de Toolsyram Jungalee. C’est elle et ses soeurs qui ont décidé de contacter Week-End pour raconter le parcours de leur père, qui a dédié sa vie aux ciseaux et qui a soufflé ses 70 bougies le mois dernier Une vie bien remplie d’ailleurs, comme nous le raconte Toolsyram Jungalee, lui-même. C’est, en effet, au téléphone que nous avons fait l’entretien. Un entretien rempli de nostalgie et d’émotions de la part de cet homme qui garde son île dans son coeur, malgré toutes ces années passées à l’étranger. « J’ai quitté Maurice il y a plus de trente ans », nous confie-t-il, de Paris. Ravi de pouvoir raconter son histoire, il a surtout voulu nous conter son expérience de son île Maurice d’avant et d’aujourd’hui. « Tout a tellement changé. Même si j’ai la chance de faire le va-et-vient entre la France et Maurice, je dois bien avouer que parfois les choses me dépassent, et c’est très bien. J’étais surpris d’apprendre que les retraités avaient obtenu un 13e mois l’an dernier ! Pour cela je dois féliciter le gouvernement », confie-t-il.

En effet, Toolsyram Jungalee n’a pas eu la vie facile. Très jeune, il voyage de Beau-Séjour à Bois-Chéri tous les matins pour travailler. « Nous nous réveillions tôt pour travailler dans les champs de thé. C’était en 1974. La vie n’était pas facile, mais nous aimions notre travail », raconte-t-il. Un trajet laborieux qu’il fait non sans peine tous les jours. Entre-temps, passionné par la coiffure, il travaille à temps partiel dans un petit salon non loin de chez lui, à Piton.

« J’étais encore jeune. J’avais le courage de faire tout ça », ajoute-t-il. « Et puis, mon travail dans les plantations de thé me permettait de faire un deuxième petit job, car je rentrais à la maison à 14h. Ce qui me laissait le temps pour me doucher, manger quelque chose et allait travailler au salon. »

« Mauricien nou bizin travay, nou bizin bouzé. Pa kapav reste anplas »

C’est l’heureux hasard qui le fera quitter son île natale pour la France, en juillet 1975. Très jeune, Toolsyram Jungalee finit par suivre son cousin Jugdish habitant Paris depuis longtemps. « Je suis d’abord allé pour les vacances, pour une durée d’un mois », nous confie-t-il. Pour nous avouer ensuite qu’il s’est vite ennuyé loin de sa famille et de ses amis dans cette grande métropole, si différente des îles. « A Maurice, j’avais tout le monde et la vie est différente. Nous vivons tous ensemble, et tout le monde connaît tout le monde. »

Isolé du monde, il décide de rentrer au bercail. Et ce sont les encouragements de son cousin qui lui feront changer d’avis. « Il m’a longuement parlé. Pour lui, c’était une belle opportunité surtout pour un jeune souhaitant construire son avenir. » « Après de longues semaines passées à réfléchir, j’ai finalement commencé les démarches pour avoir mes papiers », dit-il.

Déterminé à réussir, Toolsyram Jungalee, une fois un emploi en main, travaille d’arrache-pied et fait venir son épouse à Paris en 1977. Depuis, le couple, qui a fait son nid à Paris, a eu trois filles, Vanina, Vanena et Natacha. « La prunelle de ses yeux », avoue-t-il. Contre vents en marrées, Toolsyram Jungalee travaille matin et soir pour subvenir aux besoins de sa famille et passe plus de 10 ans à travailler dans un magasin pour ensuite se reconvertir en coiffeur.

« J’ai travaillé comme employé dans un salon pendant dix ans. C’est inscrit dans notre sang. Mauricien nou bizin travay, nou bizin bouzé. Pa kapav reste anplas », dit-il. « Et c’est en 2008 que j’ai finalement décidé de faire le pas et d’ouvrir mon propre salon », dit-il fièrement.

Ainsi, depuis plus de 10 ans, il s’attelle à coiffer les Parisiens, les étrangers et même quelques Mauriciens de passage. « Ils sont étonnés que je sois bilingue et me posent des questions sur Maurice. Je leur réponds évidemment avec beaucoup d’engouement, car je ne rate jamais une occasion pour parler de mon pays natal », raconte Toolsyram Jungalee.

« J’ai pu fidéliser ma clientèle grâce à mon approche, à cette hospitalité mauricienne très distincte. Les gens aiment bien être accueillis comme ça. Ils aiment bien qu’on leur parle, qu’on prenne soin d’eux, surtout depuis les malheureux événements de ces dernières années. Les Parisiens ont changé depuis les attentats, ils sont plus froids, plus distants. J’essaie donc de leur apporter un de chaleur et de soleil mauricien, le temps d’une coupe », conclut ce dernier.