Après la période de vaches maigres de la basse saison, les hôteliers espèrent se rattraper pendant la haute saison touristique et la ‘prime season’. Si la situation a été catastrophique ces derniers mois, le niveau des réservations s’est redressé depuis début novembre mais les hôteliers restent vigilants. Car le contexte économique mondial n’est pas très reluisant et pourrait impacter les arrivées touristiques.

La basse saison cette année, plus précisément le trimestre se terminant au 30 septembre, a été synonyme de baisse des arrivées, baisse de profitabilité — voire pertes – pour les opérateurs du secteur. Ils croisent les doigts pour que la haute saison soit porteuse et permette de renflouer les caisses. Mais la situation risque d’être compliquée. La direction du groupe Sun Ltd parle de « challenging environment » pour la fin de l’année.

Quant au groupe Constance Hotels & Resorts, qui opère les hôtels Prince Maurice et Belle Mare Plage, il prévient sans détour que « the markets are becoming very competitive and the five-star segment remains challenging ». Le groupe évoque aussi la concurrence grandissante du secteur para-hôtelier : « Mauritius which is experiencing the proliferation of non-hotel competitors and losing market share to competing destinations will continue to be adversely affected ».

Le contexte économique mondial pourrait jouer les trouble-fête s’il se détériore. « Plusieurs de nos marchés font face à des difficultés, incluant la Grande Bretagne et l’Europe en général avec l’effet du Brexit, la Chine et les tensions commerciales avec les États-Unis, l’Afrique du Sud et Hong Kong », fait-on comprendre chez Air Mauritius. Il faut également compter avec le ralentissement économique en Allemagne.

Malgré tout, il semble que la tendance des réservations « looks positive » à ce stade, dit-on dans les milieux hôteliers. « A ce stade, les réservations sont quasiment au même niveau comparé à l’année dernière. Il y a une tendance à la hausse depuis début novembre et c’est un peu le cas pour tout le monde dans le secteur », dit un opérateur. « Il n’y a pas de hausse des réservations, ni de baisse. La situtation est stable à ce stade mais c’est toujours ça de gagné ».

Du côté du groupe VLH (qui regroupe les hôtels Veranda et Heritage), si un ralentissement du taux de remplissage a été observé pendant le mois d’octobre, novembre a été « particulièrement excellent » dans l’ensemble des hôtels 3, 4 et 5 étoiles du groupe. S’agissant du mois de décembre, la situation semble très positive jusqu’au 22, explique Christine Dupont, Chief Sales & Marketing Officer : « La prime season est plus lente cette année, mais nous sommes confiants et espérons une tendance de dernière minute favorable durant la dernière semaine de décembre. »

Quoiqu’il en soit, la vigilance est de mise. « La morosité ambiante s’ajoute à notre inquiétude par rapport au fait qu’il y a une stagnation des arrivées, mais aussi une grande déviation sur le para-hôtelier. Ce qui confirme une nouvelle tendance sur la destination au détriment de l’hôtellerie classique », poursuit Christine Dupont. Et cette tendance « contribue à dégrader le revenu des hôteliers, qui doivent ainsi être encore plus ingénieux pour lancer des offres attirantes ».

De son côté, Ludovic Lagesse, CEO de Trimetys Hotels (qui regroupe Sakoa Boutik Hotel et Be Cosy Apart Hotel, tous deux à Trou aux Biches) se déclare satisfait du taux prévisionnel des réservations autant pour le mois de décembre et la ‘prime season’. « Cependant, nous devons rester vigilants par rapport aux différentes fluctuations de dernière minute. Il nous faut donc optimiser au maximum ».

Qu’en est-il de l’aérien, souvent critiqué pour la baisse des arrivées touristiques ? « Chacun son domaine d’expertise. Nous parlons régulièrement au sein de l’AHRIM et sommes alignés sur la promotion de la destination. Il faut continuer à investir et travailler sur l’image de la destination, avec des opérations de séduction. Il nous faut aussi intensifier notre image de destination éco-responsable, continuer nos efforts pour la protection du lagon et la propreté de l’ensemble de l’île », observe Christine Dupont.

Et de poursuivre : « Il faut dire que la demande pour l’île Maurice monte en flèche pendant la période de pointe. De plus, c’est également pendant la période des fêtes que nos compatriotes vivant à l’étranger souhaitent revenir au pays pour voir la famille. Donc, les compagnies aériennes n’hésitent pas à augmenter les fréquences car le tarif pratiqué est plus élevé et le ‘load factor’ est bien au-dessus de la moyenne car les vols affichent quasiment complet. »


Dégâts financiers

Leurs livres de comptes sont là pour en témoigner ; le dernier trimestre clos le 30 septembre a laissé un goût amer aux opérateurs touristiques. Leurs pertes se chiffrent en millions…
– Le groupe Sun Ltd a enregistré des pertes de Rs 252 millions.
– Lux* Island Resorts a perdu Rs 82 millions.
– Le groupe Southern Cross Tourist Company qui regroupe Le Preskil Island Resort, Solana Beach et Astroea Beach à Pointe Desny, a affiché des pertes de Rs 36 millions.
– Le groupe Tropical Paradise (regroupant Le Labourdonnais, le Suffren et Hennessy Park Hotel) a essuyé des pertes de Rs 7,7 millions
– Pour le groupe Constance, la note a été bien plus salée avec une perte de Rs 290 millions.
– Enfin, comment oublier les pertes trimestrielles massives d’Air Mauritius (Rs 737 millions)…
– L’hotel Hilton de Wolmar a eu plus de chance. Il est parvenu à limiter les dégâts, en maintenant des bénéfices, mais en forte baisse par rapport à l’année dernière.


Ce qui ne va pas…

Il faut « revoir en profondeur notre industrie touristique » selon Ludovic Lagesse

« Notre destination fait aujourd’hui face à une situation compliquée, et il en va de la responsabilité de tous d’œuvrer à redorer son blason. À l’image de ces nombreux pays africains prenant conscience de l’immense valeur d’un tourisme naturel reposant sur une biodiversité riche et sans braconnage, nous devons impérativement agir pour sauver notre patrimoine naturel, culturel et historique qui est en péril. Remettons au centre des réflexions la question « Pourquoi choisir l’île Maurice pour ses vacances ? Le soleil ne fait pas tout », lance Ludovic Lagesse, CEO de Trimetys Hotels. Il affirme que les voyageurs veulent de l’authenticité et du dépaysement et déplore que « nous faisons malheureusement face à un manque de civisme et une insécurité grandissante ». Ludovic Lagesse note aussi que « nos ressources naturelles se dégradent, sans parler du manque de régulation des opérateurs touristiques avec une application légale et réglementaire à deux vitesses ». Pour cet opérateur, il s’agit de « revoir en profondeur notre industrie touristique pour la rendre plus durable. Prenons l’exemple du Costa Rica, la plus célèbre destination éco-touristique où la protection de la nature et le développement durable ont forgé un dynamisme économique exceptionnel ! Il nous est urgent de travailler sur un plan national, et à long terme, touchant à tous les aspects de la destination: entre autres, civisme, pollution, architecture, embellissement végétal, protection des lagons et des zones naturelles. Sachons travailler tous ensemble pour tenter de pallier ces problèmes, continuer à capitaliser sur nos atouts et faire rayonner la très célèbre hospitalité et gentillesse mauricienne à travers le monde », dit-il.
En outre, il estime que la nouvelle loi du travail « aura certainement un impact sur le secteur et l’ensemble des entreprises à Maurice », ajoutant que « Ces dispositions ont été prises hâtivement sans concertation suffisante avec l’ensemble des partenaires économiques. Notre vraie force et notre principale richesse ont toujours été nos collaborateurs dans nos hôtels. Nous verrons bien les mesures qui seront proposées afin d’atténuer l’impact de sa mise en œuvre. »