Dans la toute première étude consacrée à un îlot – en l’occurrence l’îlot Bernache – intitulée “Impacts and Implications of Islet Tourism Development : Ilot Bernache (Mauritius) as a Case Study”, Vanessa Gowreesunkar, chercheuse et chargée de cours en tourisme, préconise l’institution d’une instance régulatrice pour nos îles tout en soulignant leur potentiel dans notre offre touristique.
Dans son étude, Vanessa Gowreesunkar, chercheuse et chargée de cours en tourisme dans des institutions tertiaires, précise d’emblée que l’îlot Bernache est classé dans la catégorie II des « aires protégées » de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN, en anglais). Cette catégorie comprend des parcs nationaux ouverts gérés principalement dans le but de protéger les écosystèmes et à des fins récréatives. L’îlot Margenies, l’îlot Gabriel, l’île aux Cerfs, l’île aux Bénitiers, l’île des Deux Cocos, l’île aux Aigrettes, l’île d’Ambre et l’île Plate sont les autres îlots entrant dans cette catégorie.
La chercheuse avance trois raisons pour expliquer son choix de l’îlot Bernache pour son étude : cet îlot est devenu au fil du temps une destination prisée pour le tourisme et pour des activités de loisirs. En outre, il n’y a eu aucune étude jusqu’ici sur cet îlot dans le contexte du développement touristique. Et, enfin, des interviews avec le ministère du Tourisme et le National Coast Guard ainsi qu’avec les skippers et les pêcheurs ont confirmé que le besoin s’est fait sentir pour une telle étude.
Vanessa Gowreesunkar argue que les îlots sont en général plus vulnérables que les îles du fait de leur taille, leur topographie et le nombre de personnes qu’ils peuvent accueillir. Situé à environ 35 minutes en bateau du nord-est de Maurice, l’îlot Bernache a une superficie d’environ 2 arpents. On prend environ 30 min pour en faire le tour. L’îlot est de formation corallienne et est entouré de mangroves et de rochers.
Il dispose d’assez de ressources exotiques pour attirer touristes et visiteurs, notamment des oiseaux rares – comme la tourterelle ou le Perdrix – ainsi que des lapins, des palmiers, des fleurs, des papillons et autres arbres fruitiers (goyaves, mangues, papayes). L’îlot Bernache dispose également d’environ 150 mètres de belles plages. On y accède par deux points d’embarcations de Maurice : Bain-de-Rosnay (Goodlands) et Poudre-d’Or. Bateaux, catamarans, speedboats et bateaux de plaisance sont les moyens de transport mis à la disposition du public.
La première faiblesse de cet îlot en tant que destination touristique est que l’unique point de débarcation-embarcation est jalonné de rochers, présentant le risque que les touristes se blessent en sortant du bateau. En outre, il n’y a aucune toilette publique. La plage, qui ne peut accueillir qu’environ 75 personnes, dépasse toujours sa capacité d’accueil, avec 150-200 visiteurs en jours de semaine et jusqu’à 300 le week-end.
Vanessa Gowreesunkar a également découvert que le développement touristique de l’îlot Bernache pouvait encourager des Mauriciens à des échanges culturels et sociaux avec des touristes à travers la musique, la danse, l’artisanat et la promotion de la cuisine locale. Cependant, la pollution – par les émissions d’embarcations, la destruction de l’écosystème marin et celle des coraux, de même des dépôts d’ordures – est présente. De même, certains pêcheurs ne semblaient pas respecter les règlements touchant au transport de touristes. L’utilisation de l’endroit pour des get-together familiaux, des BBQ, des parties de pêche et la cueillette de fruits posait également problème. « Tout cela à cause d’un accès facile et d’un manque flagrant de contrôle », déplore la chercheuse.
« Les retombées de notre recherche nous ont démontré qu’un manque de contrôle sur les activités touristiques, ainsi que le nombre et la catégorie des visiteurs sur l’îlot ont contribué à altérer les caractéristiques de l’endroit », a regretté Vanessa Gowreesunkar. Elle argue qu’avec 250 à 300 visiteurs en week-end, et en l’absence de toilettes, l’intégrité physique de l’îlot se retrouve menacée. Les garde-côtes semblent être les seuls à exercer un contrôle dans l’îlot.
Ainsi, si les activités sur l’îlot Bernache ont des retombées positives pour les opérateurs, elles impactent négativement sur l’environnement : pollution des bateaux, destruction de la faune et de la flore (feu pour la cuisine, chasse aux lapins…), risques d’incendie après les BBQ, etc. « Notre étude confirme que les choses sont hors de contrôle », poursuit la chercheuse. Elle plaide par conséquent pour un contrôle du nombre de bateaux et de visiteurs, l’aménagement de pistes pour éviter la destruction de l’écosystème, une place dédiée pour la cuisson et l’obligation pour les visiteurs de ramener leurs déchets. Du fait des manquements notés, Vanessa Gowreesunkar réclame donc l’institution d’une Islet Tourism Management Authority. « Seule une telle instance aurait la légitimité de mettre en oeuvre les solutions aux manquements notés et de faire accepter les contrôles nécessaires afin de garder l’îlot comme destination touristique », conclut-elle.