Le “skills mismatch” est le terme souvent employé par les entreprises du privé opérant dans le secteur de la technologie. Trouver les talents appropriés pour répondre à la demande de ce secteur qui évolue à grands pas s’avère difficile pour ces compagnies qui prennent elles-mêmes l’initiative de former les jeunes de l’enseignement supérieur. Après un accord signé avec Accenture Technologies l’année dernière, l’université de Maurice (UoM) signe un autre protocole d’accord avec Ceridian Mauritius dans le but de permettre à ces entreprises de répondre à la demande du marché.

Cet accord vise aussi à offrir un placement aux étudiants de l’UoM à Ceridian Mauritius et la mise en place conjoint d’un laboratoire dernier cri financé par cette entreprise qui est présente depuis 20 ans à Maurice. « Ce partenariat est important pour que pour que nous puissions réaliser notre objectif. C’est un partenariat bidirectionnel et nous voulons investir autant que nous le pouvons à l’UoM et vice-versa », a expliqué Vidia Mooneegan, Managing Director et Senior Vice President de Ceridian Mauritius.

L’objectif de Ceridian Mauritius est de former les gens pour qu’ils aient les talents nécessaires au développement du secteur des TIC à Maurice. Selon Vidia Mooneegan, depuis le lancement de Ceridian Mauritius il y a 20 ans, l’entreprise n’a pas cessé son évolution et est aujourd’hui ancrée dans la technologie où des investissements massifs sont faits pour apporter de l’innovation. « Depuis notre lancement à Maurice, nous avons une vision nationale. Nous sommes d’ailleurs la première compagnie à Maurice qui a ouvert une académie de formation en 2009 car nous voulions contribuer à l’écosystème et nous voulions développer des talents. Car les talents évoluent si rapidement », a-t-il dit.

Pour Vidia Mooneegan, il est essentiel d’avoir des talents dans ce secteur à Maurice. Mais encourager les jeunes vers la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques s’avère important pour que le secteur des TIC à Maurice puisse atteindre d’autres niveaux. Les jeunes Mauriciens, selon lui, seront encouragés vers le STEM s’ils voient des modèles réussis et une progression de leur carrière. « Ils ne s’attendent pas uniquement à un emploi, mais souhaitent aussi être des créateurs de solutions. Si nous n’aidons pas les jeunes pour qu’ils soient des créateurs de solutions et de produits, nous ne résoudrons pas ce problème », a-t-il déclaré.

Abordant le classement de Maurice qui a régressé s’agissant du Global Innovation Index ou du Global Competitiveness Index, Vidia Mooneegan estime que cette régression a un lien avec le manque de personnes dans le STEM et la recherche. « Nous voulons aider pour compenser cela. Sans investissements dans la technologie, Maurice ne pourra pas atteindre un autre palier de son développement. Il faut investir dans la recherche et le développement et accélérer la numérisation du pays à tous les niveaux, et sans talent on ne peut pas réussir. Les pays qui sont réussis ont investi dans le capital humain massivement », dit-il.

Grâce aux investissements de Ceridian Mauritius, Vidia Mooneegan se réjouit que l’entreprise soit en concurrence avec de grosses sociétés. « Nous concevons nos propres logiciels et nous les exploitons. Nous vivons grâce à l’innovation. D’ailleurs, plus de 90% de nos dépenses vont vers l’innovation et c’est ce qui nous permet de concurrencer globalement. C’est la seule façon que nous puissions innover pour pouvoir être en concurrence avec les plus grandes entreprises au monde », note-t-il.

Pour le vice-chancelier de l’UoM, Dhanjay Jhurry, l’UoM n’est plus la « sole dispenser of knowledge » étant donné que des entreprises forment aussi des gens. À travers des collaborations, il est d’avis que beaucoup de choses pourront se faire. « Nous voulons apporter une différence à l’université. Ce n’est pas uniquement une institution publique, mais aussi une entreprise », a-t-il déclaré. Si ce partenariat « met de la pression » sur cette institution d’enseignement supérieur, Dhanjay Jhurry est d’avis qu’il n’y a pas d’autre alternative. Il estime qu’il est aussi important « de pouvoir la modifier et l’améliorer cet élan de collaboration ». Dhanjay Jhurry est d’avis que le travail ne doit pas se faire uniquement par une seule partie. « L’université offre tout ce qu’elle peut », a-t-il dit. Et d’ajouter que ce protocole d’accord permet à Ceridian de bénéficier d’autres accords signés entre l’UoM et d’autres institutions.

Par ailleurs, pour une telle collaboration, un changement des mentalités est important. « Nous avons beaucoup de combats dans notre université. » Et d’ajouter qu’un de ces combats est d’amener les gens à comprendre qu’il faut changer. « Amener l’industrie et l’université à travailler ensemble nécessite un total changement des mentalités », a-t-il souligné. Pour lui, la vision de l’UoM est de faire partie du développement du pays. « Nous sommes un partenaire de développement et nous ne sommes plus dans une tour d’ivoire », a ajouté Dhanjay Jhurry.

Les objectifs de ce protocole d’accord sont d’offrir un Joint Masters Programme à partir d’août sous le “Graduate Training Employment Scheme” du Human Resource Development Council. La mise en place conjointe d’un laboratoire dernier cri “for technology enabled teaching and learning” est financé par Ceridian Mauritius. Cet accord permet aussi de faciliter le placement des étudiants de l’UoM à Ceridian Mauritius.