L’économie mauricienne sera bel et bien frappée par la pandémie de Covid-19, en atteste l’économie mondiale, à genoux devant l’ampleur de la maladie. Dans ce contexte, les Petites et moyennes entreprises (PME) locales seront davantage touchées. D’où le souhait du Fonds de solidarité africain (FSA) de leur accorder le soutien nécessaire. Son directeur de communication et de marketing, Vidur Ramdin en poste au Niger depuis 2017, exhorte ainsi Maurice à montrer « plus d’ambitions » en Afrique. Selon lui, le FSA veut atteindre le citoyen lambda, « quel que soit son niveau social ». Et de mettre l’accent sur les opportunités présentes pour les entreprises en général, et les PME en particulier, qui sont les plus affectées dans cette phase d’incertitude liée à la crise sanitaire actuelle.

Le FSA est assez méconnu des Mauriciens. Dans une période où les PME sont secouées à cause du Covid-19, parlez-nous de ce fonds et de la manière dont peuvent en bénéficier les entreprises locales ?

Le FSA a été créé le 21 décembre 1976. Cette création formelle faisait suite à la décision des chefs d’État réunis au sommet France-Afrique de Bangui, en Centre-Afrique, en 1975. La création du FSA s’inscrivait dans le cadre d’un projet de solidarité afin que les États les plus nantis apportent leur appui aux moins favorisés. La constitution du capital et les règles d’intervention ont été définies en conformité avec cette philosophie de solidarité agissante.

Le fonds a eu ainsi pour mission de faciliter le développement économique de ses 14 États membres africains en jouant le rôle de catalyseur des systèmes financiers, en vue de permettre aux États et aux entreprises publiques et privées, d’une part, l’accès aux crédits destinés à financer des projets d’investissements productifs et, d’autre part, en facilitant la mobilisation de l’épargne locale et extérieure, notamment par des interventions en garantie sur les marchés financiers. Maurice est un pays membre fondateur du fonds, le siège qui se trouve au Niger.

Est-ce que le fonds est une entité importante en Afrique ?

Absolument. Il regroupe 14 pays francophones et s’apprête à accueillir le Cameroun et la République démocratique du Congo. Il regroupe trois blocs, qui en sont également les actionnaires, à savoir la CEDEAO, la CEMAC et le COMESA. Quant à son importance, il s’agit de participer au développement économique et à la lutte contre la pauvreté dans ses États membres en facilitant le financement de projets d’investissements. Pour ce faire, le FSA ambitionne d’être le catalyseur des systèmes financiers des pays membres en vue de permettre aux entreprises privées, aux PME/PMI et aux institutions de micro-finance d’accéder au crédit bancaire et/ou de lever l’épargne leur permettant de financer des projets d’investissements productifs qui concourent au développement économique des pays membres et à la réduction de la pauvreté pour les populations.

Dans cette période de crise avec le Covid-19, de manière plus pratique, quels types d’activités menez-vous pour aider les PME/PMI ?

Les missions conférées au fonds sont simples à définir mais complexes dans leur mise en œuvre. Elles consistent à catalyser le financement des projets d’investissement tant privés que publics, mais aussi l’appui à la mobilisation des ressources pour les structures de micro-finance. L’intérêt du fonds pour l’accompagnement des projets d’investissement se justifie par le fait que ce sont de tels projets, relevant essentiellement du secteur privé, qui sont créateurs de valeur ajoutée.

Si l’on considère que le secteur privé est composé d’environ 70% de PME et/ou industries (PME/PMI), on comprend aisément l’intérêt de cette catégorie d’entreprises pour le fonds. C’est le biais par lequel les retombées des actions qu’il mène pourront atteindre le citoyen lambda, quel que soit son niveau social. À ce titre, le FSA a été doté d’instruments opérationnels, dont la garantie financière, qui reste son cœur de métier. Ces instruments sont, entre autres, la garantie individuelle ou garantie de portefeuille, ainsi que le refinancement pour la structuration ou pour l’allongement de la durée des prêts. Nous accordons une ligne de refinancement aux banques et établissements financiers. Nous assurons la bonification de taux d’intérêt mis à la disposition des États. Nous accordons beaucoup de facilités, en particulier la garantie d’un emprunt à hauteur de 80%. J’invite les Mauriciens à nous contacter par e-mail (fsa@fondsolidariteafricain.org) ou à se rendre du notre site (www.fondsolidariteafricain.org).

Qu’en est-il de votre présence à Maurice ? Avez-vous signé des conventions avec les banques locales ?

En 2017 et 2018, le FSA a signé des accords avec la Banque de développement de Maurice (DBM), la MauBank, le Mauritius Africa Fund (MAF) et le groupe SBM. La DBM bénéficie d’une garantie de partage des risques d’un montant de Rs 350 millions destinée aux PME. La MauBank et le FSA gèrent un fonds commun doté d’un montant initial de Rs 200 millions. Il sert à financier des projets d’agriculture, d’élevage, de pêche et d’aquaculture. Le FSA participera aux véhicules financiers par rapport au projet du MAF sur le continent. Le fonds a également participé aux projets de partenariat public-privé du MAF dans les zones économiques spéciales mises sur pied par Maurice en Afrique. Tandis qu’avec le groupe SBM, le FSA compte participer à ses véhicules financiers existants et futurs.

Que doivent faire les PME/PMI mauriciennes pour avoir accès au FSA ?

Tout organisme ou particulier d’un des pays membres peut avoir accès au FSA, pour autant que les conditions soient remplies bien évidemment. Les pays membres utilisent le FSA pour leurs projets de développement et bénéficient, comme les particuliers, d’un très faible taux d’intérêt, qui ne dépasse pas les 2%. Nous travaillons avec les banques des 14 États membres et pouvons trouver des banques pour soutenir des projets de développement. Les projets sont étudiés par nos différents départements avant d’être envoyés au conseil d’administration. Ce sont des avantages que les PME mauriciennes devraient utiliser. Elles n’ont qu’à envoyer leur « business plan » sur notre site, où il sera transmis aux départements concernés pour analyse par nos experts. Et si le projet est viable, le fonds peut alors chercher les garanties et les banques pour le faire démarrer.