PIERRE DINAN

Le vote idéologique n’existe plus à Maurice. En 1967, il fallait choisir entre l’indépendance et le statut d’association. En 1976 et en 1982, le choix était entre le marxisme à la sauce de Rosa Luxembourg et la poursuite d’un socialisme à la sauce du fabianisme. Mais tout cela appartient maintenant à un passé bien révolu – et oublié. Les élections législatives subséquentes ont été marquées par des choix à exercer entre trois leaders politiques, Bérenger, Jugnauth et Ramgoolam, se succédant à la direction d’alliances qui se font et se défont, selon les caprices des uns et les tactiques des autres. Les différences idéologiques ont été, pour dire le moins, mises au rancart : elles n’ont plus droit de cité.
Il en est de même pour les élections du 7 novembre. Bien perspicace serait l’observateur politique capable de déceler des différences idéologiques entre les trois principaux blocs en présence. La quasi-totalité des autres partis – anciens et nouveaux – se range dans la même perspective. Les différences ne trouvent pas leurs sources dans les idéologies, que ce soit pour les anciens bataillons, ou pour les nouveaux venus. Ce qui les sépare, c’est la manière de gouverner le pays (cela s’applique particulièrement aux nouveaux venus) et l’offre de cadeaux électoraux (cela s’applique surtout aux nouveaux bataillons).

L’enjeu principal,
c’est la gouvernance du pays

Dès lors, il importe que les électeurs fassent le choix judicieux de candidats ayant des profils correspondant à ce besoin primordial de peupler l’Assemblée nationale d’hommes et de femmes dignes de confiance et possédant des compétences requises pour l’importante tâche à accomplir.
C’est pourquoi les électeurs qui souscrivent à ces observations agiront pour leur propre intérêt en votant valeurs le 7 novembre. De quelles valeurs s’agit-il ?
• L’esprit de service au bénéfice de tous les concitoyens sans aucune distinction. Que les choix se portent sur des candidats que l’on juge aptes à bien servir le pays plutôt que de se servir!
• L’honnêteté intellectuelle manifestée par des prises de position ancrées dans des convictions profondes, et non teintées d’opportunisme en vue de succès électoraux.
• Le souci de l’intégrité en matière financière. Il y a un urgent besoin de combattre la corruption.
• Une attitude de rejet envers les compartimentations communautaristes et castéistes, manifestées par des passe-droits.
• Des compétences pour comprendre la complexité de la gouvernance d’un pays. La bonne volonté ne suffit pas.
• Et enfin, un minimum de personnalité et de force morale pour pouvoir résister à des exigences déplacées du parti et de son leader.

Le block vote : un attrape-nigaud

Telles sont les principales valeurs auxquelles les candidats devraient souscrire, et qui devraient déterminer les choix des électeurs. Il va sans dire que, dans cette perspective, il n’y a pas de place pour le block vote partisan.
Il convient aussi d’éviter ce type d’attitude négative selon laquelle l’électeur « perd son vote » s’il inscrit une croix à côté d’un candidat appartenant à un nouveau parti. Le courage de ces nouveaux venus sur la scène politique mérite d’être reconnu et validé.
Ceux qui insistent sur le recours au block vote affirment que cela facilitera la formation d’un gouvernement par le parti ou par l’alliance qui aura obtenu le plus grand nombre de sièges. Posons-nous la question. Quel doit être l’objectif premier de l’électeur au moment où il inscrit son vote : choisir des candidats dignes de confiance ou élire un gouvernement ?
Dans le contexte d’absence d’idéologie au cours de la présente campagne électorale, privilégions le choix de candidats dignes de confiance, lesquels auront alors à s’organiser et à s’entendre pour gouverner le pays au bénéfice de leurs mandants.
Que les meilleurs soient élus ! Ce sera la garantie la plus sûre qu’un gouvernement compétent et efficace prenne les rênes du pouvoir.