• Le Dr Satish Boolell privilégie l’asphyxie comme plus probable cause du décès
  • L’ex-chef du département médico-légal avance que l’agent du MSM au No 8 aurait été étranglé avec un tissu de couleur blanc et étouffé
  • Le crime aurait été commis le vendredi 16 octobre 2020, soit deux heures après avoir consommé son dernier repas

La controverse autour des conclusions de complaisance de l’autopsie pratiquée par le Police Medical Officer, le Dr Ananda Sunnassee est relancée dans le contexte de l’enquête judiciaire pour faire la lumière sur le meurtre de Soopramanien Kistnen, agent du MSM dans la circonscription de Quartier-Militaire/Moka (No 8). À la fin de l’audition d’hier consacrée à la contre-expertise du Dr Satish Boolell, ancien Chief Police Medical Officer, la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnauth siégeant au tribunal de Moka, a annoncé qu’elle rendra ses conclusions ultérieurement. Cette ultime séance a été des plus révélatrices, le Dr Boolell venant prendre à contre-pied la thèse du Dr Sunnassee au sujet de la cause du décès.

Le Dr Boolell privilégie la strangulation comme cause du décès, se rangeant du côté de la Principal Police Medical Officer, Dr Shaila Prasad-Jankee, qui avait attribué le décès à un homicide par asphyxie, soit que la victime a été étouffée, écartant ainsi les conclusions du Dr Sunnassee d’un décès suite à un œdème pulmonaire. Dr Boolell soutient aussi que l’agent du MSM au No 8 aurait pu également recevoir un coup derrière la tête, mais qui ne lui a pas été fatal.

Si la dépouille en partie calcinée de Kaya Kistnen avait été découverte dans des champs de cannes à Telfair, Moka, vers 18 h le dimanche 18 octobre 2020, les preuves scientifiques présentées au tribunal de Moka, hormis celle du Dr Sunnassee, démontreraient qu’il aurait rendu l’âme bien avant. Le Dr Boolell, désormais consultant médico-légal, a déclaré lors de son audition, que le meurtre de Soopramanien Kistnen remonterait à deux jours plus tôt, soit le vendredi 16 octobre. Aussi, qu’il serait mort deux heures après avoir pris un repas, en raison du contenu de son estomac, dont le rapport du FSL fait état d’un fluide de couleur orange et de particules de nourritures qui demeurent non-identifiées.

Questionné par Me Azam Neerooa, Senior Assistant DPP, Dr Boolell a dit noter la présence d’œufs de mouches, après avoir pris connaissance des rapports scientifiques communiqués au tribunal. Il a avancé que ces œufs ont été pondus le samedi 17 octobre, au crépuscule, par des mouches vertes et bleues « qui sont attirées par le corps d’une personne décédée depuis déjà 12 heures  ».

Du fait de la présence de ces œufs de mouches a l’arrière de la tête de la victime, le Dr Boolell poursuit que « cela indique que les fluides corporelles qui gravitaient autour d’une blessure, qui a créé une brèche, ont attiré les mouches ». Une déclaration qui porte ainsi à croire que Soopramanien Kistnen a reçu un coup à la tête.

Poursuivant sa contre-expertise, le Dr Boolell, se basant sur le fait que la victime portait des ecchymoses à l’arrière du cou, ajoute que « cela est conforme au fait qu’il y a eu un coup (blunt blow) ». Il a précisé qu’ « un coup violent à l’arrière du cou peut causer une hémorragie intracrânienne qui serait potentiellement mortelle. Toutefois, concernant ce cas présent, il n’y a pas eu d’hémorragie intracrânienne. Donc, ce coup n’est pas la cause du décès ».

Un tissu blanc pour l’étranglement

Me Neerooa devait aussi attirer l’attention du Dr Boolell sur la présence d’un tissu de couleur blanche, calciné, sur le cou de la victime. L’interprétation du Dr Boolell : « Il y a eu un certain degré de compression du cou associé à un certain degré d’étouffement ».

Me Neerooa (AN) : La compression du cou et l’étouffement cumulés ont pu causer la mort de Soopramanien Kistnen en raison d’une asphyxie ?

Dr Boolell (SB) : Ces deux conditions mentionnées causent l’asphyxie appliquée de façon prolongée. Le tissu blanc a bien pu permettre la compression du cou et l’obstruction du passage de l’air dans la bouche. Je ne peux toutefois certifier quelle condition a été plus fatale.

Dr Boolell est toutefois confronté au rapport médico-légal, qui ne fait pas état de fracture ou de blessures autour du cou. Il a ainsi avancé qu’une compression du cou manuellement aurait fracturé les cartilages du cou. Ainsi, d’après le raisonnement du Dr Boolell, cela n’empêche pas que la victime ait bien été étranglée, mais avec un tissu, cela du fait que le tissu peut ne pas laisser de traces externes ou internes en raison de l’état du corps.

AN : Donc est-ce qu’il est juste de dire, après toutes ses informations recueillies concernant l’état du corps, que c’est un cas d’asphyxie ?
SB : Oui l’asphyxie est la cause du décès.
AN : C’est un cas d’homicide ?
SB : Oui, c’est un homicide par asphyxie.

Me Rouben Mooroongapillay, qui a représenté la famille Kistnen, voulait connaître la première chose qu’aurait faite l’ex-CPMO s’il avait pratiqué cette autopsie de la victilme. Le Dr Boolell a répondu : « j’aurai tout d’abord passé le corps aux rayons X, soit de la tête aux pieds ».

Une pratique dont le Dr Sunnassee aurait eu recours, selon son rapport, mais dont les résultats demeurent inconnus. Dr Boolell a aussi réitéré l’importance que les mains et les pieds soient enveloppés par du plastique avant que la dépouille ne soit déplacée des lieux du crime.

Lorsque Me Mooroongapillay lui a demandé si l’endroit où le corps a été découvert dans les champs de cannes à Telfair serait la première scène de crime, Dr Boolell devait lui répondre que « je n’ai pas l’impression qu’il y ait des traces de lutte ou de perturbations autour du cadavre. Donc, l’endroit où le corps a été découvert est sans doute la seconde scène de crime, ou même peut-être la troisième ».

Une audition qui aura sans doute donné encore plus de matières, en terme médico-légal, au tribunal de Moka, pour parvenir à une conclusion autour du décès de Soopramanien Kistnen. Me Neerooa confirmant qu’il en a fini avec l’audition des témoins et que l’enquête judiciaire est close, la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath lui a emboité le pas pour déclarer qu’elle rendra ses conclusions ultérieurement.

Une affaire à rebondissements qui tiendra l’Hôtel du Gouvernement en haleine compte tenu de l’éventualité d’une bombe à retardement dans le meurtre d’un agent du MSM sur fond d’octroi de contrats en tous genres et aussi sous les Covid-19 Emergency Procedures…