POËMA ZÉPHIR

Avant de coucher ces mots sur du papier, j’ai pris beaucoup de temps à me décider : présenter cette année comme étant la meilleure période possible ou tomber dans la lamentation ? Impossible ! Comment avoir des sentiments clairs et nets vis-à-vis de ce 2020 tumultueux ? Car nous ne pouvons oublier tout ce qui s’est passé, ni être indifférents envers tout ce qui nous a fait souffrir. Alors, je me suis dit que, la manière la plus simple de le faire, c’est que nous disions :

POËMA ZÉPHIR

MERCI ! Merci, pour les deux premiers mois de l’année passés à déambuler sans masque dans la rue.

Gracias, pour cette période de répit où le temps s’est quelque peu arrêté. C’était chiant pour pratiquement tout le monde, mais ça a permis à beaucoup de relâcher la pression.

Danke, d’avoir été épargné physiquement par cet ennemi invisible et d’avoir évité le stress effroyable de la quarantaine ou d’être placé sous respiration artificielle.

Thanks, pour les kilos en trop du confinement. Pas vraiment nécessaire, mais comparé aux autres qui ont mené un terrible combat pour une bouchée de pain, manger à sa faim était une bénédiction.

Toda, pour la chance inouïe d’être entouré des personnes aimées. Nombreux sont ceux qui ont vécu loin de leurs proches et qui sont toujours dans l’attente de les revoir bientôt.

Chokrane, pour le salaire remis en bonne et due forme. Hélas une bonne quantité de citoyens n’ont pu poursuivre leur carrière ou ont vu leur bonus de fin d’année s’envoler au gré du vent.

Xièxie, pour cet élan de civisme et de solidarité retrouvé, car chaque brin de cheveu, chaque boudin de paille a compté dans l’importante bataille du sud-est menée en juillet dernier dans nos lagons.

Dhanyavad, pour chaque poing levé vers le ciel et chaque cri qui ont fait trembler les rues de la capitale. Tu n’es peut-être pas aussi « mouton » que ça petit Mauricien…

Grazie, pour avoir réalisé qu’appuyer sur le champignon ou prendre un verre de trop au volant nous rapprochera encore plus de notre tombe.

Arigatô, d’être lent à la colère, de se rétracter après un excès de fureur et de garder son sang-froid. Trop d’hommes, de femmes et d’enfants en ont fait les frais de la monstruosité de l’impulsivité humaine cette année.

Obrigado, de ne pas être sans mains ni pieds, car cela devient stressant de vivre en paix en ce moment sur notre petite île. Prenez garde à vous ! La faucheuse n’est jamais très loin.

Et encore merci, pour les concerts et les fêtes où nous avons pu planer et danser au rythme des chansons à la lueur des étoiles. Merci d’avoir pu être pardonné, même si nous avons causé beaucoup de tort. Merci pour la liberté retrouvée. Merci de pouvoir vivre et laisser vivre. Nous sommes encore là… Cabossés et éreintés certes, mais là. En train de lire et critiquer ces mots. Debout, armes en main pour mettre fin à 2020 et reprendre son souffle entre quelques festins pour accueillir 2021. Bon courage et Bonnes fêtes !