FOUAD DIOUMAN

Ce serait une lapalissade que de proclamer l’année 2020 hors de l’ordinaire, voire catastrophique. Pour l’ile Maurice, cette année restera mémorable à bien des égards, et pour des raisons qui dépassent largement le seul fait de la COVID-19. Mais à quelque chose malheur est bon. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, nous revenons ci-dessous sur ce qui a été plutôt… positif en 2020.

Le virus COVID-19 – Outre les inévitables tergiversations et controverses politiques, force est de reconnaître que, malgré tout, le pays a su gérer cette crise, en ce qui concerne le Protocole sanitaire. La population a bien réagi aux mesures mises en place par les autorités. Cela a évité un pic élevé du nombre de personnes infectées. Malheureusement, le revers de la médaille est que les mesures restrictives ont coûté énormément au pays. Pour réduire le nombre d’accidents, interdisons toute circulation… C’est facile de critiquer mais où se situe le juste milieu ? Outre le manque à gagner, une réouverture partielle aurait peut-être permis aux hôteliers (et à Air Mauritius) de respirer. Plus d’innovations stratégiques dans le secteur touristique aussi – une attitude qui aurait dû exister bien avant la COVID ; ainsi que la transparence dans les appels d’offres mirobolants. Mais pour cela, encore faut-il qu’il y ait les personnes compétentes aux postes clés ainsi que des organismes qui communiquent avec le secteur privé, et inversement. Vaste programme.

La marée noire Wakashio – Nous connaissons tous l’effet dévastateur de cette catastrophe, qui a aussi démontré l’incompétence notoire des politiques. Mais l’élan de solidarité nationale, très patriotique et instantané, a été une immense surprise. Les Mauriciens ont répondu présent à l’appel, non pas pour des revendications salariales, mais pour protéger leur lagon turquoise. Ceci, même de la part des enfants, des bénévoles offrant une collation, voire des communautés que l’on ne voit pas souvent en action lors d’évènements populaires. Une nouvelle Ile Maurice! L’écologie ne sera plus jamais chose banale dans le cœur des Mauriciens. La nouvelle génération mauricienne (enfin au complet) a de facto placé la barre haut en ce qui concerne sa capacité concrète sur le terrain mais aussi quant à ses attentes en matière de leadership et de ‘gestion de la cité’, une notion très abstraite, voire étrange, pour nos politiciens – toujours très en verve par ailleurs.

Mesdames et Messieurs, Bruneau Laurette – Et la marche des 100000, plus ou moins…Quoiqu’en disent les mauvaises langues, peut-être jalouses (et pas seulement les irréductibles thuriféraires du pouvoir mais aussi, fait très surprenant, certains de la gauche), réunir une telle foule relève de l’exploit. La population, encore une fois toutes classes confondues, se mobilise pour une cause actuelle, non pas pour des causes purement politiques ou passéistes. C’était, enfin, le printemps mauricien, sur fond de marée noire. La démonstration est faite, si besoin en était, que la population attend bien plus de nos politiques. Par ailleurs, l’île Maurice découvre en son sein même des fils du sol hyper-compétents et surtout passionnés dans leur domaine de spécialisation et ce, à un niveau mondial. La comparaison avec la médiocrité de ceux qui nous gouvernent est on ne peut plus embarrassante.

La nouvelle politique – En attendant le nouveau politique. Nous n’avons pas encore vu une nouvelle donne politique. Mais, en lemme, l’on commence à débattre de certains amendements constitutionnels, donc fondamentaux: le nombre élevé de ministres et députés (d’une médiocrité incroyable, grassement payés des deniers publics) et même d’une nouvelle République. Les sujets tabous traités sur un ton très ouvert et sans inhibition surprennent agréablement. Même le plus haut sommet du gouvernement n’y échappe pas. Les programmes humoristiques démontrent une maturité certaine.

Joyeux Noël – Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes fêtes. Mais, de grâce, ne laissez pas filmer vos petites blagues entre amis. Nous étions déjà en mode viral bien avant la COVID-19. Certes, le sarcasme (‘the lowest form of wit’ d’après Oscar Wilde) n’est pas du meilleur goût. Mais l’on est aussi très vite offensé à Maurice. N’est-ce pas justement le moment qui demande le plus de compassion? C’est facile de pointer l’autre du doigt, rester magnanime est un peu plus difficile. Je me suis permis de rêver. « L’adversité, qui abat les cœurs faibles, grandit les âmes fortes » (Louis-Philippe de Ségur). Nous n’avons pas un tel niveau de maturité.

Je ne vous en tiendrais pas rigueur si vous n’étiez pas d’accord avec mon optimisme béat. Le Mauricien de l’année 2020, c’est le mauricianisme. Ou plutôt son embryon. Espérons que 52 ans après la ‘genèse’, le bébé qui pourrait naître dans les années à venir, la République 2.0, sera porteur d’espoir.
Qui plus est, les caisses sont vides, mais il s’agit là d’une autre histoire…