LUCIEN FINETTE

 Je m’étais bien dit que j’allais me désintéresser, pour mon propre bien, de cette question puisqu’il s’est institué un dialogue de sourds entre le pot de terre et le pot de fer. Impossible de se faire écouter, que dis-je, de se faire juste entendre, par une partie qui refuse de céder un seul pouce de terrain à de pauvres suppliants qui se font dire qu’on les punit pour leur propre bien … pour avoir excellé. En effet, ils ont du crédit, pas un mais trois et même quatre ! Ils ont aussi des « Pass » ! Mais les mots ne veulent plus rien dire ! Passer, c’est échouer ! Avoir un crédit est déshonorant ! Il en faut cinq au moins ! Et pourquoi diantre ? C’est ce que je me suis dit après avoir écouté attentivement trois beaux jeunes qui viennent de milieux modestes et qui avaient pensé qu’ils pouvaient être fiers d’eux-mêmes, de leurs parents, de leurs professeurs et de ceux et celles qui les avaient aidés bénévolement à obtenir leurs 4 « Credits ». La rose du Petit Prince m’est venue à l’esprit : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » À moins qu’on réussisse cet exploit de changer notre cœur de pierre en un cœur de chair, comme le dit si bien mon merveilleux curé à la suite du prophète Ézéchiel. Comment leur expliquer cette injustice, cette bêtise humaine, cette méchanceté ?

Il semblerait que l’exigence de 5 « Credits » aura pour résultat de faire monter le niveau, de viser l’excellence ! De quel niveau parle-t-on ? Au niveau du SC probablement ! Mais n’est-ce pas trop tard ? Alors qu’on a eu droit à une promotion automatique jusqu’à ce moment sans aucun programme organisé de rattrapage ! C’est tout comme si on avait menti à ces pauvres enfants et qu’on les attendait au tournant pour leur sauter dessus et leur faire payer une quelconque incompétence ! En quoi sont-ils incompétents puisqu’ils ont obtenu des « Pass » augmentés de 3 ou 4 « Credits »? Incompétents de faire la HSC ! Quelle en est la logique puisqu’on a besoin de seulement 3 « Credits » pour prendre 3 matières au niveau avancé en HSC ? Les universités n’exigent que 2 « A Level », ou 3 dans certains cas, pour s’inscrire à un cours universitaire de premier cycle. Si on juge qu’un élève qui a passé, et qui a même réussi avec honneur, selon nos examinateurs accrédités, n’a pas les compétences pour poursuivre avec le même examinateur à un niveau supérieur, il y a vraiment un problème de crédibilité, non pas pour l’élève mais pour l’examinateur ! Ou alors nous sommes en train de nous fourvoyer complètement ! Ou encore nous avons de sombres desseins !

Encore une fois nous sommes aveuglés par les critères d’excellence exigés pour devenir lauréats et nous oublions que la HSC, dans sa structure, n’a rien à voir avec le concours qui couronne les lauréats. À peine 20% des élèves inscrits aux programmes de HSC sont intéressés à concourir pour la bourse et s’y inscrivent ! Les 80 autres pour cent s’inscrivent pour le certificat même si on les oblige à subir les contraintes imposées à ceux et celles concourant pour la bourse ! La HSC est un bel examen défiguré par le concours à la première place ! Ceux qui désirent concourir pour la bourse auraient besoin d’un autre type d’épreuve, un autre examen plus approprié à un concours. Alors pourquoi empêcher nos brillants élèves à 3 ou 4 « Credits » d’obtenir ce fameux sésame qui leur est si cher puisque Cambridge les a jugés aptes à se préparer pour cet examen ? Et ils peuvent s’améliorer ! Les exemples sont légion ! Qui ose croire que le développement des capacités intellectuelles se fige à l’âge de 16 ans ! En fait, c’est l’âge limite pour la scolarité obligatoire, ce qui expliquerait cette réticence à leur permettre de continuer ! Le HSC, les examens du HSC coûtent cher de même que l’université gratuite, alors que les cours des polytechniques, assez étrangement, sont payants. Quelle raison autre qu’économique pourrait pousser des autorités dites responsables à jeter à la rue des milliers d’adolescents qui sont enthousiastes à continuer leurs études ! Bien des nations nous envieraient, celles qui cherchent désespérément la solution miracle pour garder leurs ados loin des dangers de la rue ! En effet, il est clair que les solutions proposées à ces recalés d’un nouveau type sont souvent inaccessibles et non-productives : redoublements coûteux avec frais d’examens payants, leçons privées, collèges payants, polytechniques payantes et sélectives. Quel gâchis, n’est-ce pas ! Combien de génies sommes-nous en train de rejeter ? Combien de rêves sommes-nous en train de briser ! Combien de frustrés sommes-nous en train de fabriquer à cet âge charnière et fragile qui intéresse les éducateurs du monde ? Qu’on est bien loin du vrai sens de l’éducation !

Et pourtant ! La solution semble être si simple ! Aussi simple que celle adoptée dans un passé pas si lointain ! Il suffit de laisser monter en HSC tous ceux et celles dont les résultats de SC permettent une inscription aux épreuves de HSC. Les 5 « Credits » ne seraient obligatoires que pour ceux et celles désirant concourir pour les bourses et devenir lauréats. Une solution permanente et juste !

Autre solution : permettre aux collèges subventionnés par la PSEA d’accueillir ceux et celles qui sont éligibles à une inscription aux examens de HSC ou GCE – A Level selon les seuls critères de Cambridge. Ces collèges auront ainsi l’occasion de démontrer leurs aptitudes à perpétuer leur mission éducative et ne seraient plus condamnés à une disparition programmée.

On ne ferait alors que des heureux ! Saint-Exupéry n’aura pas écrit en vain ; nous aurons utilisé notre cœur de chair pour aller au-delà des apparences et contribuer au grand œuvre de l’éducation : faire sortir ce qu’il y a de mieux en chacun. Nous serons alors de vrais émules de Socrate et de sa maïeutique.