The Dazzler (Manuel Martinez) s'arrache pour contenir l'ultime assaut de Consul Of War (Abhishek Sonaram). Fools Gold(Pierre Corne Orffer, à la corde) complétera le podium.

L’ultime épreuve phare de la saison a donné lieu à une ligne droite de toute beauté. À 100 mètres du but, on ne savait toujours pas qui allait l’emporter. La victoire est finalement revenue à The Dazzler, qui s’est arraché pour toucher le but en vainqueur. Autant dire que ses partisans ont eu chaud, car à l’intérieur, Fools Gold faisait de la résistance, alors qu’à l’extérieur, Consul Of War s’amenait fort. Il a fallu toute la dextérité et l’expertise de Manuel Guajardo Martinez pour permettre au cheval d’Amardeep Sewdyal de l’emporter. Dans notre papier d’après course de la Coupe d’Or, on avait dit que The Dazzler vaincra quand il sera aligné à un échelon inférieur. On est ravi qu’il n’a pas mis longtemps à nous donner raison, mais ô combien sa victoire a mis longtemps à se dessiner.

C’est Tower Of Wisdom qui a été le plus prompt à l’ouverture des boîtes et a-t-il contraint Fools Gold à négocier la première courbe en épaisseur, tout comme Iditarod Trail. Il faut dire qu’on n’a pas trop compris pourquoi Nooresh Juglall a essayé de placer sa monture dans une position avancée. N’était-il pas plus judicieux de ramener son cheval peu après le départ et de le placer derrière Consul Of War vu que sa tenue n’était pas encore prouvée, au lieu de faire la première courbe en troisième épaisseur ? Cela y est sûrement pour quelque chose dans le fait qu’Iditarod Trail a plafonné en fin de parcours.

Pour en revenir au déroulement de la course, ce n’est qu’au passage des tribunes pour la première fois, soit en pleine montée, que Fools Gold est parvenu à prendre le relais à Tower Of Wisdom. À l’arrière, on pouvait voir The Dazzler ardent et qui donnait du fil à retordre à Martinez. Le Chilien n’a eu d’autre choix que de laisser progresser sa monture à l’extérieur pour se retrouver sur l’arrière-main de Fools Gold dans la ligne d’en face. Iditarod Trail courait derrière Charleston Hero, qui faisait du surplace, alors que Consul Of War évoluait en attentiste. Spring Man pour sa part était idéalement placé sur les barres.
Vu la débauche d’énergie de son cheval dans la partie initiale, Martinez a temporisé avant de demander à The Dazzler de fournir son effort. Du reste, c’est avec une longueur de retard sur Fools Gold qu’il a abordé la dernière ligne droite. Entre-temps, Consul Of War avait déjà commencé à bouger à partir de la route et sa progression était notable. C’est une ligne droite tout en suspense à laquelle les turfistes ont eu droit avec Fools Gold qui ne baissait pas de pied, The Dazzler qui refusait d’abdiquer et Consul Of War qui grappillait du terrain à chaque foulée sous la monte du jeune Sonaram. À 100m du but, tout était encore possible. C’est à cet instant que Manuel Martinez a fait parler son expérience. Bien que la tendance de son cheval à verser à l’intérieur ne lui facilitait pas la tâche, la cravache sud-américaine, dans un style très latin, s’est démenée comme un beau diable pour tirer le meilleur de sa monture qui, dans un ultime sursaut, s’est arraché pour toucher le but à temps. Deux foulées plus tard, il aurait été battu par Consul Of War, qui remontait comme une flèche à l’extérieur. L’alezan de Chandradutt Daby a toutefois le mérite d’avoir privé Fools Gold du premier accessit.

The Dazzler a bouclé les 1850m en 1.52.69. On est tenté de dire que c’est sa classe qui est venue à sa rescousse hier. Il vaut certainement plus que cela. L’intersaison devrait être l’occasion pour son entourage de procéder à de petits réglages pour qu’il évolue au mieux de ses capacités la saison prochaine.

LES AUTRES

La délivrance pour Perdrau, Juglall 29 ans après V.A. Bundhoo

1. Tout comme Moorli Gujadhur en 2006, Alain Perdrau a dû attendre l’ultime journée de la saison pour goûter à sa première victoire. C’est Crushing Force, qui faisait ses débuts dans l’épreuve d’ouverture, qui lui a permis de voir (enfin) la lumière au bout du tunnel. Il faut saluer la belle monte de Sunil Bussunt, qui a donné toutes les chances à son cheval de l’emporter. Il a su capitaliser sur la belle vélocité de Crushing Force pour prendre les devants et imposer sa loi. Bien que sa monture s’est montrée green dans la dernière ligne droite, Bussunt s’est démené pour permettre à Crushing Force de contenir l’attaque de Valerin et offrir cette victoire tant attendue à Alain Perdrau. Mal placé dans les stalles, Valerin a suivi plus en retrait et a été contraint d’attaquer complètement en épaisseur. C’est ce qui lui a coûté la victoire. Belle fin de course de Seventh Express qui, malgré ses difficultés à négocier les tournants, a bien conclu pour prendre le deuxième accessit. Real Vision s’est accroché à sa quatrième place, bien qu’il ait présumé de ses forces dans sa tentative d’améliorer sa position. Les autres n’ont été que de simples figurants.

2. La deuxième épreuve a donné lieu à une des plus belles arrivées de la journée avec pas moins de cinq chevaux se tenant en moins d’une longueur au but. Si Street Byte l’a emporté, c’est dans la chambre des Racing Stewards que sa victoire a été homologuée après que les objections de Dinesh Sooful et Pierre Corne Orffer, qui pilotaient Newsman et Redwood Valley respectivement, ont été rejetées. Le premier avait objecté contre le gagnant pour interférence alléguée à 150m du but, alors que le second avait logé une réclamation contre Newsman pour le même motif. Dans le premier cas, les Racing Stewards étaient satisfaits qu’il y avait suffisamment de place entre Street Byte — qui a versé légèrement à l’intérieur — et Artax pour que Newsman s’y infiltre, mais que Dinesh Sooful a choisi de changer de ligne en anticipation que le passage allait se refermer. Dans le deuxième cas, le RS, tout en reconnaissant que Newsman a légèrement incommodé Redwood Valley, étaient satisfaits que ce dernier n’a jamais refait du terrain sur le cheval de Rameshwar Gujadhur. La victoire de Street Byte constituait la première des trois de l’apprenti Sonaram lors de cette journée dominicale.

3. La troisième épreuve est revenue à Memphis Mafia. Présenté dans une superbe condition physique, ce vieux soldat de Ricky Maingard a bondi de sa stalle pour suivre en position idéale derrière Rock Manor qui avait dirigé les débats. Dans la ligne droite, il s’est montré irrésistible pour l’emporter avec beaucoup d’autorité. Memphis Mafia en a profité pour remporter sa quatrième victoire de la saison et forcé son entraîneur à lui accorder un sursis dans sa démarche de le mettre à la retraite. Rock Manor a résisté au retour de Double Games pour s’octroyer le premier accessit. La déception est venue de Bollinger, qui n’a jamais été en mesure d’influencer l’arrivée, alors qu’une sortie plus tôt, il faisait jeu égal avec Double Games. À noter que Bernard Fayd’herbe a plaidé coupable sous la règle 160A (f) pour avoir gêné Bollinger aux 1200m. Il a été suspendu pour une journée mauricienne, suspension qu’il purgera lors de la journée inaugurale en 2021. Royal Resolution a fait la même course que la dernière fois, mais il n’a pas eu le même rendement. Les autres n’ont pas été en mesure d’influencer l’épreuve.

4. L’entraînement Maingard et le jockey Pierre Corne Orffer ont réalisé leur doublé dans la course suivante avec Silver Heritage. Le Sud-Africain a monté une course quasi identique à celle sur Memphis Mafia quelques minutes plus tôt. Avec sous lui un cheval véloce qui de surcroît avait hérité de la première ligne, le Sud-Africain pouvait voir venir. C’est Kingsman qui a dirigé les opérations. Silver Heritage évoluait en striking position derrière, avec King Of Tara à son extérieur. Aux 600m, il fallait un très bon cheval pour battre le favori vu son parcours en or. C’est en pleine ligne piste qu’Orffer a choisi de porter son attaque et à mi-ligne droite, l’issue ne faisait plus de doute. Candy Apple a bien conclu pour prendre le premier accessit et a démontré qu’il a les 1500m dans les jambes. Belle fin de course pour Power Tower, alors que King Of Tara a complètement cédé pour occuper la 6e place dans ce qui constitue sa plus mauvaise course au Champ de Mars. Carlas Mambo n’a jamais été mesure de surmonter le handicap de son mauvais numéro de corde et son jockey a même été interrogé par les commissaires de courses.

5. C’est Moschino qui a enlevé la seule course de fond au programme de ce week-end de courses. En pur stayer, le porte-drapeau de Vincent Allet s’est senti pousser des ailes sur 2050m et ne s’est pas fait prier pour aller cueillir sa quatrième victoire de la saison. C’est quand Protea Paradise s’est décalé dans sa tentative d’améliorer sa position dans la ligne d’en face que Moschino a fait un grand pas vers la victoire. Cela lui a permis de se rapprocher de la tête de la course et de prendre la roue de Paddingtons Luck sur lequel Nooresh Juglall est parti aux 300m. Toutefois, en ligne droite, bien que versant à l’intérieur, Moschino s’est montré supérieur au cheval de Gilbert Rousset. Une réclamation de Juglall contre le gagnant pour interférence en ligne droite n’a pas été retenue. La meilleure fin de course est à mettre au compte de John Hancock, qui a surpris plus d’un en sortant un joli coup de reins. C’est une indication qu’il a peut-être besoin de distance pour s’exprimer. Idéalement placé, Hakeem n’a pas été en mesure de changer de vitesse. Moschino a permis à Vincent Allet de remporter l’Equidor de l’entraîneur qui a scellé le plus grand nombre de vainqueurs cette saison, soit 32.

6. Point de surprise à l’arrivée de la sixième épreuve avec Do Or Dare se montrant exact au rendez-vous quand bien même il montait de classe. Encore une fois, l’apprenti Abhishek Sonaram a monté une course parfaite, démontrant qu’il a de bonnes mains et un bon jugement. Tout comme Street Byte, Do Or Dare a eu un trajet le nez au vent, mais l’apprenti n’a pas paniqué. Il a laissé sa monture évoluer dans son pas et ce n’est qu’à la route qu’il a commencé à graduellement se rapprocher de la tête de la course. Au sortir du virage, le pensionnaire de Chandradutt Daby avait déjà accroché le meneur Montego Bay. Aidé de sa remise de 4 kg, Do Or Dare a poursuivi sur sa lancée pour toucher le but en vainqueur. Ayant manqué complètement son départ, Black Indy a conclu en force pour arracher le premier accessit à Varside, alors que le favori Uncle Frank n’a pas eu le même rendement que lors de ses deux précédentes sorties. Au final, il n’a pu faire mieux qu’une quatrième place. À noter que l’apprenti Sonaram a été sévèrement réprimandé pour avoir gêné Itdawnedonme peu après le départ. Les autres concurrents n’ont été que de simples spectateurs en ligne droite.

7. C’était une des dernières cartouches dont il disposait pour se voir remettre seul le titre de jockey champion. Nooresh Juglall n’a pas laissé passer chance sur Ron’s Joy sur lequel il s’est montré bien inspiré. Le plus rapide à l’ouverture des boîtes, le jockey mauricien avait vite fait de placer son cheval dans la position tête et corde, et dès lors, un grand pas vers la victoire avait été fait. Le favori Italian Way était bien placé mais jouait quelque peu de la tête. Man From Seattle n’était pas loin, alors que Mr Green Street évoluait en avant-dernière position dans ce champ fourni. Ron’s Joy a imprimé une allure relativement lente à l’épreuve, d’où la décision d’Akash Aucharuz sur Barak Lavan de lui prendre le relais dans la ligne d’en face. Toutefois, l’élève de Shirish Narang n’avançait pas comme voulu, obligeant Juglall à déboîter aux 350m et passer franchement à l’offensive. Avec la tendance de l’alezan à verser à l’extérieur, Nooresh Juglall a promptement changé sa cravache de main, ce qui a rééquilibré Ron’s Joy et lui a permis de résister au retour d’Italian Way pour toucher le but en premier, à la grande joie de Nooresh Juglall qui, 29 ans après, succède à Vijay Anand Bundhoo en tant que premier jockey mauricien à remporter le titre de champion.

8. Et de trois pour Abhishek Sonaram et l’entraînement Chandradutt Daby dans la neuvième épreuve. C’est Secret Idea qui a permis au cavalier de réaliser son tout premier triplé de sa jeune carrière. Là également, l’apprenti n’a pas paniqué quand sa monture s’est retrouvée en one off de River Of January qui, vivement sollicité, avait pris les commandes de cette épreuve. Mieux, il a fait preuve d’audace en partant plus tôt que lui avait demandé son entraîneur. Anza-Borrego voyageait à l’extérieur, tandis que, pris de vitesse à l’ouverture des boîtes, Manolete évoluait en attentiste comme lors de sa victoire sur 990m. De son côté, le favori Capkuta était idéalement placé au cœur du peloton. River Of January a lancé la course sur un bon tempo et aux 400m était toujours dans le coup. Il a du reste abordé la dernière ligne droite en vainqueur, mais se retrouvait sous la menace expresse de Secret Idea. Le représentant de Raj Ramdin s’est bien défendu, mais a cédé à 100 mètres du but. Ce dont en a profité Secret Idea pour faire la différence. Anza-Borrego a bien conclu pour s’adjuger la deuxième place face à un rideau de chevaux qui luttaient pour le deuxième accessit. De cette lutte, c’est Wendylle qui est sorti vainqueur.

9. Il est revenu à Silver Song de clore cette saison 2020. Quant à Chandradutt Daby, il savourait son quadruplé de la journée. Piégé par Italian Way une semaine plus tôt, Silver Song a profité du fait qu’il y avait du rythme pour se racheter. Belle monte de Rye Joorawon qui a été bien inspiré en sortant aux 300m. C’est Camp David qui a lancé cette épreuve, avant que Tyrian ne lui prenne le relais au bas de la descente. L’éventuel vainqueur était idéalement placé dans le dos de Middle Path et en a profité pour se rapprocher de la tête de la course quand ce dernier s’est décalé aux 500m. Joorawon est passé franchement à l’offensive 200m plus loin. Même si Tyrian a abordé la dernière ligne droite avec des prétentions, on savait que Silver Song n’avait pas encore dit son dernier mot. Bien accompagné par Joorawon, le représentant de Chandradutt Daby a prolongé son action pour prendre la mesure de Tyrian avant de s’envoler vers la victoire. Belle fin de course de Burg, qui a pris la deuxième place devant Camp David, qui a couru en net progrès.