AKHTAR GOPAUL
(De PARIS)

Si rien ne s’efface jamais complètement, tout se répare. Quand le mal est fait, lorsque tout semble perdu, il n’est pas trop tard pour se ressaisir et tout mettre en œuvre pour reconstruire et rétablir le Bien. Cela passe évidemment par des actions intelligentes, coordonnées et maitrisées. Oui, on a tous en nous quelque chose de Bruneau Laurette! Face à cette sale marée noire, c’est une fabuleuse marée humaine arc-en-ciel qui a surgi, ce samedi 29 août 2020, dans les rues de Port-Louis bien sûr, mais aussi ailleurs à travers le monde…

Si le Gouvernement mauricien persiste à réfuter toute culpabilité dans cette catastrophe maritime, il en est hautement RESPONSABLE. Car il ne peut nier sa responsabilité démocratique, solennelle et morale. Il a été élu (dans les règles, bien entendu…) par le peuple pour le servir et pour le protéger. Gouverner c’est prévoir, anticiper, agir et réagir à temps. Bref, savoir prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais voilà, le fait est que l’État a manqué à toutes ses responsabilités et à toutes ses obligations! Soyons clairs, l’État mauricien a fauté. Et très gravement.  Monsieur Jugnauth, car c’est à VOUS que je m’adresse de mon domicile parisien, face à ce danger imminent vous n’avez pas su protéger Maurice et rassurer son peuple. Vous niez, et c’est votre droit. Mais alors, pourquoi quand le lagon bleu de Mahébourg s’est mis à ‘saigner’ de ce sang toxique et infect venu d’ailleurs, quand des voix inquiètes se sont transformées en cris d’alerte et de détresse, avez-vous refusé de leur venir en aide et de leur porter secours? Quelle est la raison?.. POURQUOI?! Dans la législation française, pareille inaction est qualifiée de ‘non-assistance à personne/groupe en danger’. Elle est considérée comme une faute grave, et non pas comme une malheureuse ‘erreur d’appréciation’. C’est une faute qui mène à de très lourdes sanctions, à commencer par la destitution du gouvernant à la tête du pays.
Le peuple mauricien, humble et fier à la fois, est une nation pacifiste et c’est sa plus grande Force. Il est à l’image de sa faune et de sa flore, où sa richesse luxuriante se déploie d’une naturelle simplicité. D’ailleurs, nous sommes à travers le monde réputés et appréciés pour cela. Cela étant, ne nous prenez pas pour un peuple soumis, marchant silencieusement au pas… La Nature, elle nous appartient autant que nous lui appartenons. Il existe entre l’Homme et son environnement naturel un accord tacite de bien-être mutuel, une relation de gagnant/gagnant. « Prends soin de moi, et je te protègerai… » Mais le fait est que votre gouvernement n’a rien protégé du tout!!! Et un tel abandon, Monsieur le Premier ministre, ça vaut une trahison (…).

Si Maurice est notre pays, cette île unique en sa composition identitaire fait partie du patrimoine mondial. Il suffit de voir la résonance médiatique et émotionnelle de cette catastrophe ici en France. Maurice blessée, et c’est le monde entier qui a les yeux mouillés et les poings serrés. Maurice agressée, et ce sont des dirigeants étrangers qui se précipitent à notre chevet. Pour nous apporter soutien et solidarité, mais aussi pour demander des explications. Et des comptes. À travers les ans, et forte de son statut de double pilier de la Francophonie et du Commonwealth, notre île occupe une place précieuse dans le cœur de Paris, de Londres, de Pékin, de New Delhi… Mais aussi, et de plus en plus, dans leur cerveau. Car, de par son importance ethnique, historique, commerciale, stratégique et militaire, Mauritius est devenue bien plus que ‘The key of the Indian Ocean’. Toujours une clé, oui, mais désormais une puissante USB. D’ailleurs, et ce n’est un secret pour personne, M.Macron et M.Johnson suivent toute cette affaire de très, très près…
Monsieur Jugnauth, tout au long de ce tragique événement, votre gouvernance a failli. À défaut d’avoir agi à temps, il est encore temps de réagir. Prenez la bonne et SEULE décision qu’il vous reste, et votre faute sera à moitié pardonnée. Ainsi, en partant par la grande porte, vous ferez honneur à Maurice. À vous-même surtout! Et, de ce pas, vous rentrerez dans l’Histoire de notre pays. Car tout se répare… Ainsi soit-il. « LET IT BE! »