Denis Claude Gaspard : « Touletan noun atane kan pou dekor Papa… mieux vaut tard que jamais ! »
Un concert Lerwa Sega Anou sant Jean-Claude au J&J Auditorium, le 5 août
Soixante-dix-sept ans et cinq décennies à régner sur la scène musicale locale, brillant autant dans la région qu’auprès de la diaspora à l’international : tel est le palmarès éloquent et riche de Jean-Claude Gaspard, véritable lerwa sega mauricien ! Gérard Louis, artiste incontournable et qui organise souvent des Revivals des grandes voix locales, prévoit un concert hommage, samedi prochain au J&J Auditorium de Phœnix. En prélude, il a souhaité que l’auteur des tubes comme Dobi de klas, Maladi lamou, Problem kari et Sega souval, reçoive une distinction… Long Overdue !
La modeste maisonnée des Gaspard à Bambous est en émoi, ce jeudi matin. Un policier était même de faction sur la route principale, en attendant les invités de marque ! Les voisins des Gaspard scrutent avec une évidente curiosité les incessants va-et-vient de personnes plutôt étrangères à la localité…
Gérard Louis, en complicité avec Mary Jane et Denis Claude Gaspard, les enfants stars de l’auteur de Ou bon mamzel qui ont suivi sa voie, avaient déjà mis les petits plats dans les grands. Dans la véranda familiale, l’auteur de Wachi wala est confortablement installé dans un fauteuil douillet. Un cameraman, affublé d’une foule d’équipements dernier cri, se démène pour identifier les meilleurs angles et immortaliser ces moments précieux. Il ajuste ses lumières et ses joujoux technologiques pendant que les fils et filles de Jean-Claude terminent les préparatifs dans la salle à manger attenante…
Les yeux de Jean-Claude Gaspard pétillent d’impatience et d’enthousiasme, ayant déjà été mis au parfum de l’événement. Ils traduisent sans aucune peine ses pensées et ses émotions. L’ironie de la vie frappe parfois de manière très inattendue. Accablé par la maladie depuis quelques années déjà, Jean-Claude Gaspard communique désormais davantage par le regard et les gestes.
Eddy Boissézon bouleversé
Gérard Louis a souhaité que ce soient Eddy Boissézon, vice-président de la république, et Sandra Mayotte qui fassent les honneurs de la remise de médailles à Jean-Claude Gaspard. « Pour moi, cela coule de source qu’un artiste de la trempe de Jean-Claude doit être récompensé et décoré pour l’ensemble de son travail et sa contribution à la musique mauricienne. C’est un grand monsieur. Seki linn fer pou lamizik, pou nou pei, li inegalab. Voilà : j’ai voulu que ce soit chose faite, de son vivant, en présence de ses enfants, sa famille et ses proches. » Les deux médailles remises au chanteur, auteur-compositeur et interprète témoignent ainsi des salutations au Lerwa Sega et son apport au paysage musical local.
Eddy Boissézon est tout émotion en évoquant le parcours, les chansons et la personnalité de l’artiste : « To finn fer sega rant dan tou lakaz, Jean-Claude ! A enn lepok kot sertin laport ti ferme pou segatier ek zot bann sante. Seki to finn konpoze ek sante, par kont inn rant dan lakaz tou morisyen ! Tu as fait danser des Mauriciens de tous âges et tu as amené la joie dans le cœur de nos compatriotes de toutes communautés confondues. Pour cela, nous te disons un énorme MERCI ! »
Sandra Mayotte n’a pas oublié « le temps où j’évoluais sur scène, aux côtés de Jean-Claude… » Les deux personnalités sollicitées par Gérard Louis pour remettre ses médailles de distinction au Lerwa Sega soutiennent, sans conteste, que « Jean-Claude est et restera dans les mémoires des Mauriciens pour toujours ».
Eddy Boissézon a du mal à quitter les Gaspard, tant la famille de l’artiste fait preuve de chaleur et de reconnaissance pour le geste du jour. Pourtant, la médaille remise à Jean-Claude Gaspard n’est pas une décoration nationale… « Lot lanne, marke garde, mo pou revinn guet twa, Jean-Claude ! Kouma dir sa ? Same time, same place ? Nous nous reverrons ! », décoche-t-il.
Le vice-président de la république se dit triste qu’il ne puisse être présent au J&J Auditorium samedi. « Je pars en voyage et je ne serais pas au pays. Autrement, je n’aurais raté ce concert sous aucun prétexte ! C’est pour cette raison que quand Gérard Louis m’a proposé de venir remettre cette médaille à Jean-Claude, je n’ai pas hésité une seule seconde ! » dit-il.
Dobi de klas en a cappella
Eddy Boissézon fait ainsi remarquer : « la vie d’artiste n’est pas une partie de plaisir. Je suis sûr que ses enfants, sa femme et ses proches, ici réunis, ne diront pas le contraire. Les sacrifices sont énormes. Pourtant, Jean-Claude, comme d’autres, fait un honneur immense au pays. Mais ils ne sont pas toujours valorisés comme il se doit. C’est malheureux ! »
Une fois la remise des médailles terminée, place aux séances de photos souvenirs avec l’artiste, star du jour ! Après les invités, les membres de la famille. Le moment est trop intense. Même Lerwa Sega en laisse échapper quelques-unes… Et l’émotion est à son comble, à un certain moment, où Jean-Claude Gaspard fond carrément en larmes. Autour de lui, Mary Jane s’affaire avec mouchoirs et paroles apaisantes autour d’un « père aimant et que nous chérissons depuis toujours ».
Et elle ajoute : « Ce moment était très attendu et il y a des vagues de tendresse qui nous envahissent, de le voir, aujourd’hui, entouré de nous tous, avec maman, à ses côtés. C’est très fort. »
Et pour clore dignement, dans la plus pure tradition musicale, un tel événement, Gérard Louis ne se fait pas prier pour accorder la guitare acoustique, pendant qu’un membre de la famille fait résonner une ravane… Denis Claude et Mary Jane entourent Jean-Claude Gaspard et tous entonnent, a cappella, un Dobi de klas pétri de sentiments, d’affection, de reconnaissance, de fierté et surtout, de beaucoup d’amour.
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Denis Claude : « Une récompense… long overdue ! »
Jean-Claude Gaspard est père de sept enfants : ses deux fils, Denis Claude et Linsley/Richard, et ses cinq filles, Shirley, Jennifer, Cathy, Cynthia et Mary Jane. Avec Lacmée, son épouse, ils ont soufflé plus de 50 ans de mariage… « Il était très aux petits soins avec ses instruments de musique : personn pa gayn drwa touse ! » Un clin d’œil complice, partagé entre Denis Claude et sa mère, Lacmée, et les deux avouent : « Mama ti pe veyer kan li pa la, li les mwa rant dan papa so stidio pou mo kapav grat so lagitar, tous tou bann instriman la… »
Concédant « je n’avais d’autre choix que de suivre la voie de mon père ». Denis Claude Gaspard continue : « Depuis toujours, avec la discographie de papa et sa popularité locale, régionale et internationale, nous attendions quand il allait être dûment décoré, récompensé pour son apport à la culture mauricienne. » L’homme explique ainsi : « En 2014, ceux qui dirigeaient le pays nous avaient laissé entendre que son nom allait figurer sur la liste des décorés du 12 mars 2015. Mais les élections sont venues et ce régime est parti. Et jusqu’à maintenant, nous attendons… Sans parti pris, je trouve qu’il mérite une distinction. C’est une reconnaissance “long overdue”… Mais Gérard (Louis) a souhaité que des médailles de reconnaissance soient remises à papa, donc, mieux vaut tard que jamais ! »
Père aimant, mais surtout qui pensait à tout ! « Il devait voyager beaucoup pour ses prestations dans la région et à l’étranger. Mais il se faisait un devoir de bien organiser tout ce qu’il y avait avant de partir. Si bien que la seule chose qui nous manquait cruellement quand il n’était pas là, c’était sa présence physique. Il prenait le temps de tout préparer et mettre en place : Kisanla pou ale leson, kisanla pou okip aste bann zafer pou lakaz… Nous ne manquions de rien ! » Mary Jane complète les paroles de son frère Denis Claude : « Nous avons tous grandi ensemble, comme une famille soudée. C’est rare, en effet, pour une famille où le père est chanteur, et de surcroît de l’envergure de Jean-Claude ! Mais pour nous, c’était normal que nous célébrions tous ensemble. »
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Les enfants Gaspard et d’autres vedettes au J&J
Le samedi 5 août à 20h, l’hommage au Lerwa Sega sera rendu par non seulement Mary Jane et Denis Gaspard, mais également Steve Augustin, Renel Trapu, Nancy Derougère et bien entendu, Gérard Louis ! Tous seront sur scène pour reprendre les titres les plus connus de Jean-Claude Gaspard le temps d’une soirée inoubliable. Les billets, à Rs 500, Rs 700 et Rs 900 sont toujours en vente sur le Rezo Otayo.

