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Forum Post-budget – Pierre Dinan : « meilleur contrôle des dépenses publiques s’impose »  

Les experts-comptables ont décodé les mesures budgétaires lors d’un forum organisé par ACCA Mauritius, en collaboration avec le Mauritius Institute of Professional Accountants (MIPA). L’occasion pour l’économiste Pierre Dinan de faire un plaidoyer pour un meilleur contrôle des dépenses de l’État. Il s’appesantit sur une « proper governance in the public service ». Anthony Leung Shing de PwC a abordé les changements fiscaux et les pouvoirs accrus accordés à la Mauritius Revenue Authority (MRA) alors que l’économiste Bhavish Jugurnath s’interroge surles objectifs de croissance fixés par le ministre des Finances, Renganaden Padayachy.

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Pierre Dinan, qui a été invité à commenter les chiffres des finances publiques, a expliqué que « le ministre nous demande de le laisser dépenser quelque 30% du PIB, soit 172,9 milliards, durant le prochain exercice financier. » Ce qui représente Rs 11 milliards de plus que pour l’année 2021/22. Cette somme représente 30% du PIB, contre 32,4% pour la présente année qui prendra fin le 30 juin 2022. Il a précisé toutefois que cela ne veut pas dire que l’État va dépenser moins : « En fait, nous allons dépenser plus, car notre PIB continue de grimper, de Rs 498,6 milliards à Rs 576,1 milliards. »

Concernant le taux de croissance du PIB, Pierre Dinan a déclaré que la Real Growth Rate sera de 8,9%, contre 6,9%, pour la présente année. Mais de préciser que « these are high percentages but they don’t mean much as we had Covid and the years are not comparable », ajoutant que la croissance sera 5% pour l’année 2024/25, selon les estimations du ministère des Finances.

Interrogé sur la stratégie du gouvernement de « relying only on revenue for growth and not containing expenditure », l’économiste est d’accord que c’est « dangereux » pour le pays : « I fully agree, as there is no mention at all made on the control of expenditure, and God knows how often we hear the Director of Audit complaining on expenditures. There should be proper control over public expenditure. Too often, one complains about the quality of public service, and we are really in need of proper governance in the public service and also in the private sector. »

Il a également abordé le volet commercial, soulignant que selon les chiffres fournis, le déficit du compte courant était de 12% du PIB. Au chapitre du déficit budgétaire et de la dette, il a expliqué : « Le déficit budgétaire a été avec nous depuis des années et il doit être financé par la dette et à la fin de ce mois-ci, la dette extérieure sera de 36,8% du PIB. Le “debt service ratio” sera 5,7%, et 5,4% pour l’année prochaine. We are a lucky in a way because a lot of our debt is internal rather than external. » Il a souligné qu’il faut que cela continue ainsi afin que la dette reste « bearable. »

« We have to be careful »

Intervenant sur les dépenses sociales, l’économiste a souligné que les items de dépense regroupés sous la Social Security et la National Solidarity représentent Rs 38,3 milliards, ajoutés à la Santé, au bien-être et à la pension. Et que cela fait un total de Rs 189,7 milliards et de Rs 216,3 milliards pour 2022/23. « Les mesures offertes vont continuer à augmenter les dépenses de l’État. Et c’est assez surprenant de voir que les taxes n’ont pas été augmentées, à l’exception de celles sur les cigarettes et les boissons alcoolisées. »

Interrogé sur la pression de ces mesures sociales sur les finances publiques, Pierre Dinan a partagé son inquiétude : « Some of these social expenditures announced, we are going to just carry them on and on and we have to be very careful there. » Il ajoute qu’il faut soutenir la production locale afin de « withstand these additional costs that will be voted ».

Concernant la crise en Ukraine et ses effets sur l’inflation et le ralentissement de la croissance, il a dit que « worldwide there is a risk of reduction in economic growth, starting with the US, going to the UK ». Et que « le risque est réel à cause des prix élevés ». Il a mis en garde contre la stagflation. Car si cela arrive dans les grands pays développés, « we are bound to be affected ».

Anthony Leung Shing, Country Senior Partner de PwC Mauritius, a évoqué l’impact des mesures fiscales sur les individus et les compagnies. Il a souligné que selon les Revised Estimates pour 2021/22, le gouvernement a obtenu Rs 107 milliards de revenus sous forme de taxes, au lieu des Rs 110 milliards prévues. « Au début, je pensais que l’objectif de Rs 110 milliards était élevé, d’autant que ce chiffre représente une forte hausse par rapport à l’année précédente, mais le pays a bien fait et il y a eu de la Tax Buoyancy. Donc ils ont pu engranger des revenus », reconnaît-il.

Il a rappelé que 60% des recettes fiscales de l’État proviennent de la TVA, 30% de l’impôt sur le revenu et les profits et 6% des transactions immobilières, entre autres. Il a évoqué la Minimum Tax de 15% pour les multinationales et la taxation des entreprises digitales, du global business et du port franc.

Au chapitre de l’administration fiscale, Anthony Leung Shing a abordé les pouvoirs accrus octroyés à la Mauritius Revenue Authority : « The MRA has the power to require information from the Stock Exchange and also for the e-publication of names of companies not submitting returns for corporate tax and VAT. The MRA is also empowered to register a person who fails to compulsorily register for VAT. » Interrogé sur la vision du gouvernement de relier le Global Business à l’économie domestique, il a répondu qu’il attend des précisions à ce sujet, avant de se prononcer.

Les PME pourront-elles rembourser ?

Bhavish Jugurnath, économiste et expert-comptable, a parlé de la stratégie de développement pour le secteur digital et le fintech, arguant que « the changes in the banking legislation appear to be very minimal and conservative and save for certain clarifications relating to digital currency, the amendments appear to be more administrative in nature ».

Abordant la création d’un Regional Renminbi Clearing Centre, il a expliqué que « there is fierce competition between offshore RMB clearing centres but with the use of RMB being used outside China, it is a smart move to set up such clearing centre to try to be a gateway to RMB clearing ».

Concernant le MIC Venture Capital Fund de Rs 5 milliards, annoncé à l’intention des PME, il a déclaré que « it is good that MIC is now catering for SME, but the challenge however remains the ability of some SME to repay their loans given their levels of vulnerability ». Il s’est demandé aussi si la MIC dispose de l’expertise nécessaire pour gérer un fonds de capital-risque, ou si elle va recruter ou confier la gestion de ce fonds aux banques.

Bhavish Jugurnath a dit regretter certaines incitations pour encourager l’innovation, le codage, l’industrie pharmaceutique et l’économie bleue, entre autres. Et s’est demandé si les mesures annoncées permettront au pays d’atteindre ses objectifs de croissance : « Targeting growth just relying on the tourism sector might not drive to that 6,8% growth that we are targeting. »

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