Texte et photos : LMAD

Merci à Mumu de m’avoir montré qu’il existe encore des coins de paradis non spoliés à Maurice…

Je fais partie de la famille des Casuarinaceae. Fort et fier, je pousse au bord de l’eau salée de l’océan Indien, sur un banc de sable au sud-ouest de l’île Maurice, sur une pointe, où il est presque impossible de me trouver. J’ai des racines qui courent et qui s’emmêlent sous l’herbe bourrique, sur le sable et jusqu’à l’eau; elles servent parfois d’aire de jeu aux crabes trouloulou, emprisonnent trop souvent les gobelets en plastique qui n’ont pas trouvé le chemin d’une poubelle et, parfois aussi, des petits morceaux de bois flotté.

Mon tronc ridé et rugueux porte les traces de ceux qui m’ont croisé, mais je ne me souviens plus si ces clous rouillés ont servi à fixer des tentes de campeurs; je me fais vieux, j’ai vu tant de choses… Mes branches chargées d’aiguilles frémissent dans la brise iodée, dansent quand arrive le vent d’hiver, et tremblent lors des cyclones, mais qu’importe l’épreuve, je reste fort et fier…

Je vois passer des embarcations plusieurs fois par jour, elles me voient sans trop me calculer. Mais moi, j’ai le temps de tout observer, je vois quotidiennement les ailes des kiters papillonner au loin, le long de la plage publique du Morne ou se lever et s’échouer à Kite Lagoon, il faut dire que j’ai la plus belle des vues sur la mythique montagne. J’ai entendu parler de voitures, mais je n’ai jamais vu de rues…

Mon quotidien est fait du clapotis des vaguelettes, de pêcheurs en quête de dîner, d’enfants qui s’aventurent jusqu’à ma cachette du bout du monde pour jouer, mais il est très rare qu’ils soient tous là en même temps. La réalité est que, je suis souvent seul, et je savoure cette tranquillité avec la sagesse de mon âge.

J’ai vu des humains courageux patauger dans la vase et les sédiments pour planter des centaines de pieds de palétuviers dans le but de limiter l’érosion et sauver mon coin de paradis. Je suis si grand que je surplombe mon banc de sable et la mangrove grouillante de petites bêtes. Je surveille les marées et les rares visiteurs qui viennent avec un livre et une serviette. Même à mon âge je suis taquin, et je laisse traîner mes fruits pleins d’aspérités et les rares promeneurs, en marchant dessus, poussent des petits cris, et gigotent dans tous les sens pour les éviter; comme cela m’amuse !

Aujourd’hui, j’ai froid aux pieds, la plage qui s’amenuise au profit de l’eau et le vent si insistant ont eu raison de ma force et de ma fierté. Je suis tombé, je patauge dans l’eau froide de ce mois de juillet, les éléments ne sont plus mes amis, et je ne sais pas si j’y survivrai.

Le secret le mieux gardé du village du Morne se trouve entre l’îlot Fourneau et le sud de la péninsule du Morne

Je suis le filao de la Pointe l’Amour qui tire sa révérence…

Vagabond, si toi aussi tu souhaites aller te détendre à Pointe l’Amour, permets-moi de te donner ces conseils un peu autoritaires et quelque peu menaçants :

1. Vas-y en ami de la nature. Si tu y oublies tes déchets, sache que ma malédiction s’abattra sur toi comme une des plaies sur l’Égypte dans l’Ancien Testament.

2. Respecte les habitués des lieux, ils sont chez eux: si tu es gentil, ils te traiteront en invité, sinon, ils te traiteront en alien hostile !

3. Vas-y à marée basse si tu tiens à tes godasses.

4. Chuuuut, les autres aussi ont le droit de savourer la tranquillité des lieux…

5. Si tu veux bien respecter ces conditions, poursuis la lecture. Sinon, passe ton chemin !

Pour se rendre à Pointe l’Amour, depuis Rivière-Noire :

1. Il faut se diriger vers le village du Morne

2. Passer le terrain de foot qui se trouve sur ta droite

3. Se garer sur le parking (toujours sur ta droite) de Pointe Cassis, juste avant le village

4. Se diriger vers l’eau et bifurquer sur la droite au chemin de sable

5. Marcher (10 minutes) jusqu’au bout. Bienvenue à Pointe l’Amour !