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ADN, quand tu nous tiens…

Georges TOUSSAINT*

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Me voici à Beau-Bassin avec mon masque anti-Covid, incognito. Je vais faire la surprise à mon amie Joyce à Quatre-Bornes de lui apporter mon « Mémoire d’histoires en Océan Indien » qui parle entre autres de mes ancêtres. Elle ne savait pas que, profitant de la réouverture de l’île Maurice au tourisme, j’étais revenu au pays en ce début de novembre 2021.

Elle me fait visiter sa cour en ce début d’été. Les orchidées sont en fleur et un grand arbre est couvert de grappes de litchis que lorgnent déjà les chauves-souris, à son grand désespoir.

Autour d’un thé, nous échangeons des nouvelles de membres de nos familles. De son côté, elle déplore le décès de parents et d’amis emportés par la « Covid-19 », dont quelques-uns présentaient des signes de comorbidité liés au diabète ou à l’asthme…

Lorsque nous échangeons sur nos ancêtres dans les îles, elle m’apprend qu’une amie très chère lui a offert pour son 70ème anniversaire « la mémoire de son ADN ». Cette recherche génétique permet de remonter dans le temps, bien au-delà des 300 ans d’histoire. Elle suscite ma curiosité car j’imagine que mon amie mauricienne pourrait sans doute être rattachée à diverses origines géographiques et raciales.

Côté européen, elle s’empresse de me dire qu’elle possède 5% d’un gène commun à Einstein. Ceci expliquerait sa vivacité d’esprit et son sens de l’humour exprimés par des expressions en créole d’une inventivité qui lui est particulière.

Plus sérieusement, des proportions non négligeables, (45%), la relient à l’Europe. Il y a chez elle du norvégien, de l’écossais… Là, je la taquine en lui disant tous les whiskies qu’elle aime bien siroter sous forme de « pegs » à l’heure de l’apéro y serait peut-être pour quelque chose. Cette idée l’enchante… Elle aurait aussi 19,5% de gènes ibériques.

Elle aurait des ancêtres venus du nord de l’Inde (28%). Du côté asiatique elle aurait des origines diverses : du sud de la Chine et de la péninsule indochinoise, et, à sa grande surprise, des origines japonaises. Ceci est plus étonnant, mais pas surprenant. N’a-t-elle pas pour habitude d’observer des rituels, et de manier assez bien le sabre ou le coupe-coupe. Il vaut mieux d’ailleurs éviter de lui marcher sur les pieds, qu’elle a particulièrement petits et fragiles… Il faut aussi rajouter un soupçon de Philippin, d’Indonésien, de Malaisien.

Elle serait reliée à hauteur de 1,7% à la Papouasie. Donc le voyage, elle connaît. Il n’est pas sûr qu’elle ait le pied marin pour autant.

On lui a trouvé des ascendances africaines, 13% d’Afrique de l’est, du Kenyan, du Nigérian, et même du « massaï ». Là elle exagère car elle n’est pas de grande taille.

Il ne lui manque qu’un peu de sang d’indien d’Amérique pour en faire une vraie citoyenne du monde. Toujours est-il que sa beauté passée et présente n’a rien à envier à celle des femmes de Rio.

Bref, ces découvertes à partir de son ADN incitent Joyce à se pencher sur l’histoire de ses ancêtres ; vaste programme sur lequel elle me promet de se consacrer à brève échéance… Elle me sort maintenant l’un de ses whiskies préférés et nous voilà partis à parler de ses parents et grands-parents…

* Auteur de « Mémoire d’histoires en Océan Indien »

– paru en 2021 aux Éditions Angoulvent.

Disponible en librairie.

    

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