Dr DIPLAL MAROAM

Jamais maladie n’aura déclenché une réaction si radicale de la part de la communauté internationale et autant mobilisé le monde scientifique en vue de l’élaboration d’une thérapie appropriée. En effet, le confinement d’environ 70% de la population mondiale à un moment donné dans le but de briser la chaîne de la contagion constitue une première dans toute l’histoire de l’humanité – forçant ainsi à l’arrêt la machinerie économique mondiale –, ce bien que le confinement contraignant représente un des facteurs inhibant le système immunitaire de l’individu. D’autre part, l’évolution de la pandémie à tous les niveaux, local, régional et mondial, ne peut être dissociée du rôle non négligeable de la comorbidité – diabète, obésité, hypertension artérielle, maladies cardio-vasculaires, etc. C’est pourquoi, toute la recherche devrait se focaliser sur la mise au point d’un vaccin car hormis le port d’un masque, une hygiène parfaite des mains et l’absence de contact rapproché entre individus (social distancing), rien pour l’instant ne permet de se prémunir contre la Covid-19.
L’importance de la chloroquine – un antipaludéen – et de l’hydroxychloroquine, utilisé contre l’arthrite et dans le traitement de certaines pathologies auto-immunes, n’a fait qu’alimenter la controverse entourant la pandémie – car pouvant entraîner l’arythmie cardiaque – mais aussi autour du rôle de l’OMS. Accusée par Donald Trump d’être « une marionnette entre les mains de Pékin », l’OMS a subi un sérieux revers lorsque les États-Unis se sont retirés de l’Organisation, la privant ainsi d’une contribution annuelle de $ 400 millions, soit 20% de son budget. Et pour aiguiser toute la controverse, même au sein de la communauté scientifique, les opinions divergent quant à l’origine exacte de l’infection – d’un marché d’animaux de Wuhan – quoique la possibilité de transmission d’un virus de l’animal à l’homme, la zoonose, est bien réelle – ; d’un laboratoire P4 de virologie de la même ville ou encore d’une mutation génétique d’un autre virus. Mais quoi qu’il en soit, outre les pertes en vies humaines, la psychose déclenchée par la pandémie suscite, paraît-il, plus de désastres que le fléau lui-même.
Par ailleurs, le confinement et la fermeture des frontières ont fait émerger de sérieuses interrogations à propos du système économique mondial. Dans de nombreux pays, le fondement même de la mondialisation, étape la plus avancée de ce système, est sérieusement remis en cause et le principe de la production locale et de l’autosuffisance revient en force au-devant de la scène. Chez nous, alors que nous dépendons de plus de 80% des produits importés pour notre consommation courante, paradoxalement des milliers d’arpents de terres jadis sous culture de la canne sont laissés à l’abandon. Est-ce concevable d’importer de l’ail de la Chine ou encore du sucre du Brésil alors que nous en sommes producteurs ? Décidément, le Budget 2020/21 présenté le 4 juin dernier ne propose pratiquement rien de concret pour tenter d’inverser cette tendance, ce même si, selon les estimations de Renganaden Padayachy lui-même, le pays pourrait se retrouver avec 100 000 chômeurs d’ici la fin de l’année.

Autre phénomène social que le confinement a mis sous le feu des projecteurs dans tous les pays, c’est bien l’inégalité croissante. Aujourd’hui un constat acerbe saute aux yeux : l’économie mondiale a tellement profité aux nantis qu’elle a fini par laisser au bord de la route une masse importante de gens sombrant dans la spirale de la pauvreté et la précarité. L’agitation raciale, qui a récemment secoué les États-Unis dans le sillage de la mort d’un Afro-Américain, George Floyd, tué par la police de Minneapolis le 25 mai dernier est, dans une grande mesure, le reflet d’un profond malaise qui prévaut non seulement au sein de la société américaine, mais aussi presque partout ailleurs, y compris à Maurice. À quoi peut bien servir la recherche d’une croissance forte si, à l’arrivée, elle ne profite qu’à une poignée de gens ?
Finalement, alors que les dépenses militaires globales atteignent des chiffres astronomiques et que l’on envisage même de militariser l’espace, l’on se demande si le monde était réellement prêt à faire face à une crise sanitaire de l’ampleur que l’on connaît actuellement et qui, la dégradation de l’environnement aidant, risque de surgir plus fréquemment et plus intensément à l’avenir.