NISHAL JOYRAM
Enseignant

L’éducation : un redressement est-il possible ? Pouvons-nous retourner à l’ancien calendrier ? Quels seront les défis à relever ? Et quel sera le coût d’opportunité ?

Tant de questions se posent, alors que nous assistons tous à des tempêtes dans le secteur éducatif. Bien que certains essaient tant bien que mal de relativiser, je suis d’avis que les choses vont vraiment mal et il nous faut à tout prix arrêter de balbutier. Trop d’incertitudes à l’horizon ! Il nous faut plus que jamais une gestion forte et avisée, sinon les dégâts seront irréversibles.

Je ne veux certainement pas être un oiseau de mauvais augure, cherchant à tout prix à discréditer. J’ai discuté durant ces deux dernières semaines avec plusieurs acteurs de l’éducation, élèves, parents, enseignants et chefs d’établissements. Les opinions sont assez convergentes.

Le souci qui préoccupe en ce moment, c’est le calendrier scolaire. Ce calendrier a fait couler beaucoup d’encre dernièrement. Le mauvais temps reste un défi majeur durant le troisième trimestre et pendant la période des examens. L’annulation des examens du 28 avril 2021 ne sera pas un cas isolé. Si on maintient ce calendrier, nous aurons bien d’autres annulations dans le futur et espérons que les choses ne seront pas pires.  On n’élaborera pas sur d’autres polémiques déjà évoquées. Voyons plutôt quelques points techniques à ce sujet non considérés jusqu’à l’heure :

1. Les services de bon nombre d’enseignants de mathématiques seraient réquisitionnés, pendant un mois environ, après la rentrée du 14 juin, pour la correction des papiers du SC. Cela perturberait énormément les classes. Les ‘supply teachers’ peuvent être une option pour les collèges d’État. Mais là encore, trouver le nombre reste un défi. Et en ce qui concerne les collèges privés et confessionnels ils risquent d’être laissés sur la touche.

2. Un chef d’établissement d’un collège confessionnel a fait ressortir qu’il n’y aura pas de grand nettoyage pour la rentrée cette fois-ci. D’habitude, pendant les vacances scolaires, les écoles sont nettoyées afin d’accueillir les élèves dans les meilleures conditions. Cette fois-ci, les examens du ‘School Certificate’ prennent fin le vendredi 11 juin alors que la rentrée est prévue pour le lundi 14. « Nettoyer pendant les examens aurait dérangé les élèves et il sera humainement impossible de procéder au grand nettoyage après le 11 juin pour que tout soit fin prêt pour le 14 juin », confie la rectrice d’un collège.

3. Les élèves ayant pris part aux examens du SC reprendront l’école le 1er juillet. Ils auront environ deux semaines de vacances. Beaucoup s’accordent à dire qu’après des épreuves aussi éreintantes, deux semaines ne suffiront pas pour récupérer. Une chute dans la performance de ces élèves serait à craindre.

4. Le premier trimestre ne pourra pas être optimisé pour les élèves qui passeront en grade 12 (G12, anciennement Lower 6). Ces dernières années, les résultats du SC arrivaient vers la mi-janvier, soit une semaine après la grande rentrée. Or, cette fois-ci les résultats du SC arriveront probablement en août/ septembre, soit vers la fin du premier trimestre. Quels impacts cela aurait-il ?

– Dans l’attente des résultats, les élèves seront dans l’incertitude totale durant le premier trimestre. Cela affecte grandement l’apprentissage. L’instabilité et l’incertitude ont un impact négatif sur la performance. Nombreuses sont les recherches à ce sujet.

– Ceux qui n’auraient pas les ‘5 Credits’ requis pour passer en HSC devront redescendre en G 11 (anciennement F 5). Le premier trimestre leur sera non productif car ils rateront les cours de G11 et auront perdu leur temps en G12.

– Des élèves issus des ‘Form 5 schools’ ou ceux qui n’auront pas trouvé la combinaison de sujets dans leurs écoles seront doublement défavorisés. Il n’y a aucun plan les concernant jusqu’à l’heure.

– La situation sera pire que dans les années 90 et avant, quand les résultats du SC arrivaient en février et que les élèves perdaient la moitié du trimestre. Avec le calendrier actuel, certains élèves perdront plus d’un trimestre.

Pouvons-nous retourner à l’ancien calendrier ?

Il faut comprendre que plus nous tardons à prendre des décisions courageuses, plus il sera difficile de redresser la situation. Nous avons raté une belle occasion en 2020 de minimiser les dégâts alors que nous nous proclamions ‘Covid free’. Les choses seront plus compliquées cette année-ci vu que nous avons déjà installé le calendrier de juin à avril. Mais heureusement, on peut toujours redresser la situation.

 C’est sûr, les examens de fin d’année en avril/mai/ juin seront tout le temps influencés par la météo.  Quand ceux-ci se tenaient en octobre/novembre, jamais un examen n’a dû être renvoyé pour cause de mauvais temps. Ceci indique que l’ancien calendrier scolaire était plus adapté à notre climat.  Y revenir le plus vite serait idéal pour nous tous, élèves, parents et personnel de l’éducation.

Peut-on y retourner l’année prochaine ?  Impossible me direz-vous ! Et si on évaluait les possibilités ?  Vous êtes partant ?  Aux grands maux, les grands remèdes, n’est-ce pas ?

Que diriez-vous si on allégeait le programme scolaire pour que les examens de fin d’année se tiennent en novembre 2021 et une nouvelle année scolaire qui reprendrait en janvier 2022 ?

Cela vous semble fou ?  Aux grands maux, les grands remèdes.  Permettez-moi d’envisager cette possibilité, qui je l’avoue nous oblige à sortir de notre zone de confort.

Se basant sur le système scolaire actuel, il ne devrait pas y avoir de problème pour les classes de G1-G9 (First en primaire jusqu’à la F3). Pour ces classes, les évaluations se font par les autorités mauriciennes et donc comment procéder ? Voici une proposition qui, à mon avis, serait implémentable avec un peu de volonté et de coordination :

G 1 à G 9

1. Commençons par le PSAC : Il faudra alléger le programme et tenir les examens en novembre/décembre 2021. J’ai consulté plusieurs éducateurs et inspecteurs du cycle primaire et ils s’accordent à dire que ce serait la meilleure solution. Le programme pourrait être allégé d’au moins 30 %. Quelle incidence cela aura sur l’enfant ? Quasi aucune ! Pourquoi ? Ben donnez un Papier de PSAC à un enfant de G7. Comparé à sa performance en G 6, il travaillera moins bien, à coup sûr.

Donc les connaissances acquises en G 6 servent uniquement à passer les examens de PSAC. Il ne faut pas uniquement évaluer la capacité de l’enfant à emmagasiner des informations, mais plutôt l’évaluer par rapport à des aptitudes acquises, qui lui faciliteront l’apprentissage quand toutes les informations stockées à un moment, seront oubliées.

Partant de ce principe, l’allègement du programme n’aurait pas de conséquence sur la poursuite des études. D’autant plus que les examens de PSAC ne servent plus à départager les enfants.  Ces derniers seront attribués des collèges sur une base régionale.

 2. Cette même logique pourrait être appliquée pour toutes les sections de G1-G9. Les élèves sont exposés à plusieurs matières. La spécialisation dans ces matières commencera qu’à partir de G 10. Étant donné que l’évaluation ne dépend d’aucune institution étrangère, le programme est bien plus modulable, permettant ainsi de boucler l’année scolaire fin 2021. Les élèves commenceront donc la nouvelle année scolaire en janvier 2022.

3. Donc les examens du NCE, pourront être organisés comme les autres, à la fin de cette année.

Grade 10 à Grade 13

Les choses seront plus compliquées pour les grades 10 à 13. Il y aura une période transitoire de 4 ans, avant de pouvoir tout aligner en 2025. La solution parfaite n’existe pas. Cette solution aura certainement un coût d’opportunité à court terme, mais en contrepartie, à long terme, elle nous permettra d’éviter un troisième trimestre et la période d’examens sous des conditions climatiques défavorables aux étudiants.  Comment procéder ?

Commençons par ceux qui passeront en grade 11 (F5) et grade 13 (Upper 6) à la rentrée en juin 2021 : Il faudra donner la chance, à ceux qui sont prêts, de prendre part aux examens du SC et du HSC à la fin de cette année-ci. Sans vivre dans une utopie, je pense que c’est faisable. Situons bien les choses ; tous les élèves ne sont pas sur la même plateforme. Mais ce qui est sûr c’est qu’ils ont tous passé un an et demi en grade 10 et grade 12 respectivement. Pour certains les deux mois et demi de cours en ligne ont été très fructueux et ils ont bien avancé dans leur programme.

Il faut noter que ce n’est pas une chose nouvelle. Dans le passé certains élèves prenaient déjà part aux examens de mai/juin alors que l’année scolaire se terminait en octobre/novembre.

Je propose de catégoriser les élèves comme suit :

Catégorie 1 : Brillants et qui ont bien avancé dans leurs programmes.

Catégorie 2 : Ceux qui auront besoin de plus de temps.

Il faudra donner le choix aux parents d’opter pour la catégorisation de leurs enfants et l’école aura le mot final et validera le choix du parent. Ce serait un travail minutieux au cas par cas et un sondage devrait être effectué au plus vite.

Voici quand les examens devront se tenir pour ceux qui passeront en grade 13 en juin 2021 :

G 13 (juin 2021)

Catégorie 1

HSC  – octobre/novembre 2021

Catégorie 2

HSC – mai/juin 2022

Idem pour les autres sections

Grade 10 (juin 2021)                       

Catégorie 1

SC – octobre/novembre 2022

HSC – octobre/novembre 2024

Catégorie 2

SC  – octobre/novembre 2023

HSC  – octobre/novembre 2025

G 11 (juin 2021)

Catégorie 1

SC – octobre/novembre 2021 (1 an et demi)

HSC – octobre/novembre 2024 (2 ans)

Catégorie 2

SC – octobre/novembre 2022

HSC – octobre/novembre 2024

G 12 (juin 2021)

Catégorie 1

HSC – octobre/novembre 2022

Catégorie 2

HSC – mai/juin 2023

Cette solution pour moi serait un gros défi en termes de logistique. Aura-t-on la volonté ? La question demeure. Chers lecteurs, je vous donne rendez-vous pour une deuxième partie où nous évoquerons les cours en ligne, l’échec scolaire, ‘l’extended programme’, le cursus et la discipline dans les établissements scolaires.