DR DIPLAL MAROAM

Que ce soit sur le plan local ou international, l’année 2020 qui s’achève a été marquée par la démonstration, pour ne pas dire la confirmation, que le modèle actuel de développement est arrivé aujourd’hui au bout du rouleau. En effet, durant ces cinq dernières décennies, de crise en crise, de turbulence en turbulence, le système politique et économique a été, à plusieurs reprises, ébranlé, terrassé même mais sauvé à chaque fois du coup ultime du gong par l’intervention musclée de l’État. Certes, toutes les crises économiques et financières ne se ressemblent pas ; si elles n’ont pas les mêmes causes, elles produisent cependant les mêmes effets, à savoir, chômage, précarité, pauvreté. Si, entre autres, la crise financière de 1971 en Amérique avait pour origine la suspension unilatérale de la convertibilité du dollar en or, la crise de la dette des pays en voie de développement de 1982 avait pour motif l’éclatement de la bulle de l’endettement de ces pays survenue à la suite du choc pétrolier de 1973 ; la crise du système monétaire européen de 1992/93 était suscitée par l’incertitude sur l’avenir de l’union monétaire européenne à l’occasion du référendum français sur le traité de Maastricht ; la crise financière de 2008 connue comme celle des subprimes, aux États-Unis, était manifestée par une baisse considérable de l’immobilier avec un effet domino entraînant l’effondrement de diverses grandes banques dans le monde ; la crise de la dette de 2011 en Europe avait pour cause justement l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis ; le krach boursier de 2015 en Chine survenait lorsque le tiers de la valeur des titres de la bourse de Shanghai avait été atomisé en l’espace d’un mois, la crise économique de 2020 a une origine foncièrement différente – une crise sanitaire provoquée par un minuscule agent pathogène de quelques dizaines de nanomètres, visible uniquement à l’aide de la microscopie électronique et apparu en décembre 2019 à Wuhan en Chine après le premier signalement d’un individu porteur des symptômes d’une « mystérieuse pneumonie » que l’on allait éventuellement dénommer COVID-19, causée par un nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2. Après sa détection donc, l’épidémie se propage sur toute la planète comme une traînée de poudre, atteint le stade de pandémie et entraîne la chute libre des bourses mondiales, principalement asiatiques et européennes, zones initialement les plus concernées. Tous les secteurs de l’économie sont affectés mais le tourisme, le transport aérien et maritime de même que la restauration demeurent de loin les plus durement touchés. Cette année, presque toutes les activités humaines, que ce soit dans le domaine économique ou scientifique, étaient destinées à combattre la propagation et les effets désastreux de la pandémie sur la santé et l’économie. Au départ, même l’OMS était prise de court par cette catastrophe sans précédent, émettant des directives, les unes parfois plus confuses que les autres – par rapport au port du masque, à la transmission de l’infection, à sa période d’incubation, entre autres. Ce qui a, dans une certaine mesure, contrarié l’élan de la recherche. Dans de nombreux pays, et non des moindres, les centres de soins étaient et sont toujours débordés et contraints d’admettre des patients selon un système de tri et de priorité. Certes, la mise au point d’un vaccin constitue une étape importante dans la conjoncture mais là aussi, beaucoup de questions restent néanmoins posées, notamment concernant la durée de l’immunité induite, l’injection de rappel, l’effet d’une éventuelle mutation sur son efficacité… Bref, l’histoire moderne retiendrait que l’année 2020 a été la plus épouvantable qu’elle ait jamais connue. Même la Banque mondiale prévoit qu’avec la crise sanitaire, le nombre de personnes projetées dans l’extrême pauvreté devrait dépasser les 200 millions d’ici l’an prochain avec les pays à revenus intermédiaires comptant 8 nouveaux pauvres sur 10. Et pour boucler la boucle, sur le plan écologique, l’année 2020 s’annonce, selon l’OMM, comme l’une des 3 années les plus chaudes jamais enregistrées jusqu’ici. La COVID-19 a été finalement, un wake-up call. L’humanité saura-t-elle répondre à cet appel ?