Dr DIPLAL MAROAM

 

L’intervention américaine en Afghanistan, État d’Asie centrale, soupçonné par les Occidentaux d’être un sanctuaire pour les djihadistes, s’est terminée en août dernier en véritable queue de poisson, ce quoi qu’en disent le président Biden et les membres de son administration. L’Afghanistan ainsi que sa population sont ces jours-ci plongés dans le désarroi et l’incertitude alors que les plans d’aide des Nations unies peinent à s’organiser. Deux décennies de guerre, la plus longue de toute l’histoire américaine, n’ont finalement servi à rien. Car, en matière de terrorisme, sous les talibans, l’Afghanistan représente une véritable bombe à retardement qui risque, tôt ou tard, d’éclater à la face du monde, comme ce fut le cas en septembre 2001.

Il est reproché à Washington d’avoir précipité le départ de ses troupes, sans concertation aucune, même avec ses proches alliés et sans même réfléchir aux conséquences alors que la sécurité nationale et globale exige qu’un contingent minimal, mais suffisant, soit maintenu sur le terrain. Or, l’on ne fait pas la guerre sans mesurer soigneusement les conséquences qui s’imposent, d’autant plus qu’une autre grande puissance, notamment les Soviétiques, eut du fil à retordre dans les montagnes afghanes dans les années 80.

Certes, Joe Biden avait fait du retrait de ses troupes d’Afghanistan, un thème phare de sa campagne électorale car les Américains, comme jadis les Soviétiques, en avaient marre de cette coûteuse guerre qui a fait des milliers de victimes sans compter les blessés et handicapés. Mais à la question de savoir si les Américains étaient prêts à accepter le retrait des troupes et à confier la clé du pouvoir aux talibans, la réponse négative de l’électorat ne fait aucun doute. Ainsi, au vu d’un manque évident de prévoyance, Joe Biden en paie aujourd’hui les conséquences, ayant considérablement dégringolé dans les sondages suite à cette première décision majeure de son mandat, qualifiée d’ailleurs dans certains milieux, de faux pas monumental. Il lui est même reproché d’avoir fait des déclarations intempestives et fallacieuses selon lesquelles « l’armée afghane était très bien formée, préparée et équipée » pour affronter et vaincre les talibans. La suite, on la connaît.

Mais quoi qu’il en soit, 20 ans après les attentats historiques, même si Oussama Ben Laden avait été abattu en 2011 au Pakistan, force est de constater qu’aucun terroriste n’a jusqu’ici été condamné. C’est, sans doute, le caillou dans la chaussure de tous les présidents qui se sont succédé ces deux dernières décennies et qui, dans une grande mesure, contrarie l’avancée dans le combat contre le terrorisme. Or, pour une question de conscience qui aurait permis de tourner la page, un procès en bonne et due forme est indispensable car une démocratie digne de ce nom ne peut laisser croupir ad vitam aeternam à la prison de Guantanamo les dizaines de suspects liés aux événements du 11 septembre 2001. Faisons, à propos, ressortir que l’ouverture du procès contre les auteurs présumés des attentats du 13 novembre 2015 à Paris est perçue comme une lueur d’espoir par les proches des 132 victimes, procès qui durera 9 mois et dont l’issue leur permettrait enfin de faire leur deuil en toute quiétude.

  Par ailleurs, sans pour autant faire l’apologie du terrorisme – phénomène hideux qui doit être combattu le plus fermement possible – le développement d’un monde, des sociétés à deux ou plusieurs vitesses constitue toujours un milieu propice à l’émergence des tendances extrémistes et ne fait qu’alimenter instabilité et tensions non seulement entre différents pays mais également à l’intérieur des États entre divers factions et groupes d’influence. Beaucoup d’observateurs s’accordent sur le fait que le monde aujourd’hui est de plus en plus caractérisé par le désordre, la violence, voire même le chaos, qui engendrent conflits, corruption, inégalités, misère… Alors que des millions de personnes se trouvent ces jours-ci en danger immédiat de guerre, de famine, de maladies, d’insécurité dans plusieurs régions du monde, les murs de la méfiance érigés entre peuples et nations ne font que compliquer davantage la recherche des solutions appropriées. Or, une crise, qu’elle soit économique, écologique, sécuritaire ou sanitaire, survenant n’importe où sur la planète peut promptement dégénérer en catastrophe partout ailleurs.