Dr DIPLAL MAROAM

Il est malheureux que la pandémie actuelle nous a fait perdre de vue une menace bien plus inquiétante pour l’humanité et la planète, celle de la crise écologique qui, contrairement à la COVID-19, ne sera pas vaincue par l’avènement d’un vaccin mais par des mesures courageuses, des décisions radicales et surtout des concessions indispensables impliquant les générations à venir. C’est dans ce contexte que les décrets signés par Joe Biden, au lendemain de son accession à la Maison-Blanche, par rapport à la réintégration des États-Unis, deuxième plus grand émetteur mondial de CO2 après la Chine, dans l’accord de Paris et la révision des grands projets dépendant de l’énergie fossile, lancés par son prédécesseur, revêtent toute leur importance.

Car la relation de l’homme envers son environnement dans un monde de plus en plus densément peuplé et dont le climat se réchauffe de plus en plus, un monde où l’on se déplace de plus en plus vite, suscite le réveil des agents pathogènes, provoque leur mutation génétique et leur offre de nouveaux circuits de propagation. Ainsi, si la mutation des virus est chose courante, les nouveaux variants du SARS-CoV-2, apparus en Angleterre, en Afrique du Sud, au Brésil et ailleurs, ne peuvent être pris à la légère vu leur pouvoir accru de contagion. Notre salut et celui de la planète reposent incontestablement sur le rétablissement de l’équilibre entre activités économiques et urgences écologiques.

La crise économique, financière et maintenant sanitaire ouvre la voie justement à l’institution d’une politique publique favorisant l’émergence d’une économie écologiquement et socialement viable et acceptable. Ce qui implique la réorganisation de nos modes de vie et l’adaptation de notre modèle économique dans la perspective d’un développement durable et soutenable. Or, si le développement durable est entré dans le vocabulaire courant, est-il pour autant entré dans les mœurs d’une économie globalement soutenable ? Une chose est néanmoins certaine : ces dernières années, le consensus a progressé sur le plan mondial quant à l’impossibilité de poursuivre sur la voie d’un modèle industriel productiviste et purement mercantiliste avec en ligne de mire uniquement le profit. Même le World Economic Forum de Davos, grand concert de l’élite du capitalisme mondial, a manifestement commencé à mettre de l’eau dans son vin. Trois ateliers virtuels ont été institués cette année sous les thèmes : « Promouvoir un nouveau contrat social », « Repenser la consommation pour un futur durable » et « Construire une économie positive pour la nature ». C’est dire que des signes d’une prise de conscience sont déjà là. En effet, certaines réalités ayant trait au changement des paramètres atmosphériques, à la croissance infinie dans un monde fini, à l’importance d’un équilibre au niveau de la biodiversité, etc, commencent à se frayer un chemin.

Cependant, la transition écologique et sociale a besoin d’un leadership politique mondial convaincu de la pertinence de l’existence et la disponibilité des ressources naturelles en quantité et qualité suffisantes pour une qualité de vie adéquate à tous les citoyens du monde. Les premiers jours de Joe Biden à la présidence démontrent que l’espoir est permis mais sa tâche, après ces quatre années tumultueuses du trumpisme, ne s’annonce guère aisée. Maîtriser la COVID-19, déjouer le péril climatique, stopper l’érosion des espèces, vaincre la faim et la misère, rétablir la confiance dans un monde antagonique, entre autres, sont autant de défis planétaires les plus pressants. Cependant, pour mener à bien sa mission, le nouveau locataire de la Maison-Blanche doit essentiellement faire preuve d’originalité car un alignement trop étroit sur la politique d’Obama lui serait hautement préjudiciable. Et ce n’est certainement pas Hillary Clinton, candidate démocrate malheureuse, pourtant donnée favorite, à la présidentielle de novembre 2016 qui dira le contraire.

Finalement, avec le départ de Trump, la pression doit maintenant être exercée sur Bolsonaro, en position de faiblesse, afin de stopper immédiatement le massacre écologique perpétré en Amazonie pour que ce plus grand massif forestier de la planète puisse enfin retrouver son rôle d’antan de « puits de carbone » – rôle essentiel dans le contrôle de l’effet de serre et de la stabilisation du climat au niveau global.