JEAN PIERRE LENOIR

Un chercheur français vient de lancer un cri d’alarme inquiétant concernant le QI mondial des habitants des pays développés qui serait, pour la première fois, en baisse constante depuis vingt ans…

Ce chercheur, Christophe Clavé, enseignant connu et respecté en stratégie et management, a en effet révélé un « retournement de l’effet Flynn » – système de mesure des tests de QI très généralisé autour de la planète *.

Les conclusions de ses recherches sont préoccupantes à plus d’un titre. Selon Clavé, une des causes principales de cette baisse de QI serait l’appauvrissement du langage. On sait la langue française d’une très grande complexité pour ceux qui l’abordent pour la première fois mais on convient aussi que de cette complication nait sa beauté. Pourquoi donc ses « constructeurs » l’auraient faite ainsi si ce n’est pour lui donner des subtilités qu’aucune autre langue ne possède probablement. L’étude indique à ce sujet que ce n’est pas seulement la réduction du vocabulaire utilisé qui est en cause mais aussi celle des subtilités linguistiques qui permettent « d’élaborer et de formuler une pensée complexe ». La disparition progressive des temps de verbe que certains trouvent inutiles donne lieu à une pensée presque toujours au présent car incapable de se projeter vers l’avenir faute de pouvoir formuler cette projection avec des mots précis et des temps de verbes adéquats. Plus le langage est pauvre et plus la pensée est médiocre, ajoute Clavé, qui précise que « lorsqu’il n’y a pas de mots pour construire un raisonnement, la pensée complexe devient presque impossible ». Comment par ailleurs envisager un quelconque futur pour soi-même lorsqu’on n’a pas la possibilité de le conjuguer verbalement ou par écrit ? Clavé questionne aussi l’influence directe de la pauvreté du langage sur les rapports violents entre personnes opposées dans la sphère publique, car, écrit-il, « la capacité limitée à exprimer verbalement ses émotions débouche souvent sur des scènes violentes qui deviennent alors les seuls moyens d’expression ».

Devant cette dégringolade Clavé suggère donc fortement aux parents de faire parler, lire et écrire à leurs enfants sans s’arrêter aux complications de la conjugaison, car, dit-il, dans cet effort réside la liberté. Il demande donc aux parents et éducateurs concernés « de ne pas essayer de simplifier l’orthographe, de ne pas abolir les genres car sinon ce serait l’esprit lui-même qui serait appauvri… »

Comment alors envisager un enrichissement du langage lorsqu’on vit au jour le jour ce drame du langage des SMS, qui représentent pour beaucoup le seul véhicule de communication ? Il est en effet intéressant de noter que cette période de vingt ans à partir de laquelle a commencé cette dégringolade du QI correspond à l’avènement, que dis-je, au règne absolu du téléphone portable.

Clavé questionne aussi la disparition de la ponctuation qui « donne des coups mortels à la précision et à la variété de l’expression ».

Il y a ici à Maurice, une anecdote historique qui prouve bien ce que Clavé avance sur l’importance de la ponctuation. Cela se passait en 1870 au consulat de France à Port-Louis où s’étaient réunis des amis de la France inquiets du sort d’une bataille entre Français et Prussiens. Un télégramme arriva d’Angleterre ainsi rédigé « French defeated Germans in Chalons ». Une explosion de joie suivit cette déclaration et chacun rentra chez lui heureux de cette victoire française. Mais hélas le lendemain arriva un deuxième télégramme ainsi libellé “French defeated, Germans in Chalons…”.

Voilà comment à une virgule près la victoire changea de camp…

*L’effet Flynn, du nom de James Flynn, politologue et chercheur néo-zélandais (1924-2020) désigne l’accroissement des scores aux tests de QI qui ont été toujours en hausse au XXe siècle jusqu’à ce que la courbe s’inverse. De là l’expression « Retournement de l’effet Flynn ».