DR DIPLAL MAROAM

Ce n’est, selon toute évidence, nullement la COVID-19 qui avait poussé Donald Trump à songer, à un certain moment, à reporter la présidentielle du 3 novembre prochain, d’autant qu’il a toujours, depuis le début de la pandémie, minimisé son impact sur la vie quotidienne de ses concitoyens, quitte à contourner les directives de l’OMS concernant les recommandations sanitaires. C’est, manifestement, la tendance de l’opinion publique qui avait motivé cette intention ubuesque du président américain – tendance qui donne son rival démocrate, Joe Biden, vainqueur du scrutin. Certes, la victoire de Donald Trump en novembre 2016 avait pris à contre-pied les différents sondages plaçant en tête Hillary Clinton mais ce n’est seulement qu’en fin de campagne que l’avance de cette dernière avait commencé à fondre après l’éclatement du scandale des e-mails. D’ailleurs, le système électoral américain étant ce qu’il est, c’est au niveau des grands électeurs dans les États que Donald Trump avait pu faire la différence et non pas dans les urnes.

  Par ailleurs, le body language du président ces temps-ci laisse entrevoir une certaine appréhension par rapport à sa reconduction à la Maison-Blanche. Il anticipe même des risques de fraude et invite les électeurs qui ont voté par voie postale à se rendre également aux urnes, ce qui est totalement contraire aux règles électorales. D’autre part, il sait pertinemment que le mouvement Black Lives Matter – mouvement fondé en 2013 après la mort du jeune noir Trayvon Martin et luttant pour la libération et la justice en faveur des Afro-américains – se dresse comme un sérieux obstacle sur sa route pour le renouvellement de son mandat. En effet, après la mort de George Floyd mais aussi la bavure policière contre Jacob Blake, 29 ans, qui a reçu sept tirs dans le dos le 23 août dernier à Kenosha dans le Wisconsin, les Noirs ont réalisé le rôle crucial que leur vote pourrait jouer lors du scrutin dans quelques semaines. Scrutin qui sera incontestablement marqué par la confluence des crises historiques : la pandémie de COVID-19 frappant particulièrement les Afro-américains qui ont été les premiers à avoir été licenciés et pourraient être les derniers à retrouver un emploi, la récession économique et justement le mouvement grandissant de colère contre le racisme et la violence policière.

Manifestement mal géré par l’autorité américaine, ce mouvement est venu forcément gonfler les voiles de Joe Biden. Et ce qui a donné encore un coup d’accélérateur à une campagne longtemps paralysée par la pandémie, c’est le choix de Kamala Harris au poste de vice-présidente. En effet, les appels pour que Joe Biden choisisse une colistière noire se multipliaient depuis le mouvement de protestation historique contre le racisme. À 55 ans, la sénatrice de Californie et ex-procureure de cet État le plus peuplé des États-Unis, semble donner du fil à retordre au président Trump qui prévoit déjà les dégâts que cette candidature pourrait lui occasionner lors de cette élection qu’il qualifie d’ailleurs comme la plus importante dans toute l’histoire des États-Unis. Pour la discréditer, il tente de remettre en cause tantôt son éligibilité en tant que candidate, tantôt sa compétence dans les différentes fonctions qu’elle a occupées. Mais quoi qu’il en soit, la candidature de Kamala Harris constitue, selon toute vraisemblance, un formidable tremplin pour le poste suprême en 2025, vu que Joe Biden, de par son âge avancé de 77 ans, a déjà affirmé qu’il n’accomplirait qu’un mandat. Et au cas où il n’arrive pas à le terminer, c’est elle qui, selon la Constitution, serait appelée à assumer la présidence, tout comme Harry Truman qui avait remplacé Franklin Roosevelt à sa mort en 1945, car les élections aux États-Unis se déroulent chaque quatre ans.

Finalement, il est malheureux de constater que malgré les combats menés par de grands défenseurs des droits humains – à l’instar de M.L.King dont l’expression « I have a dream » demeure emblématique –, qui ont laissé leurs empreintes indélébiles dans l’histoire en soulevant une vaste prise de conscience et faisant avancer la cause fondamentale des minorités et opprimés, la lutte des « races » reste plus que jamais d’actualité aujourd’hui. Tordre le cou à ce phénomène social hideux qu’est le racisme, même au 21e siècle, constitue toujours un véritable contre-la-montre.