FRANÇOISE BRU & GERARD LAM HING

« Arrêter de fumer est la chose la plus facile au monde, je le sais parce que je l’ai fait des milliers de fois ! » Cette boutade de Mark Twain nous fait toujours sourire, mais dans la réalité, c’est plutôt la grimace qui accompagne les bouffées de fumée aussi bien pour celui qui l’inhale activement que passivement.

La société a été avertie : fumer tue. Les illustrations sur les paquets de cigarettes sont des faits. Pourtant, le fumeur (la fumeuse) fume avec la régularité d’une horloge et avoue qu’il (elle) ne peut s’en passer. Et ceci pour diverses raisons, bien qu’il (elle) ait l’envie de se débarrasser de cette habitude néfaste.

Historique du Programme

Y a-t-il un moyen fiable pour arrêter de fumer ? À la fin des années 60, une méthode est proposée à Maurice, c’est Le Plan de 5 Jours. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 100% de réussite après les 5 jours de cure et 60% sur le long terme. La cure de désintoxication nous vient des États-Unis d’Amérique. Élaboré en 1959 par le docteur J. McFarland, spécialiste en médecine physique, et par E. Folkenberg, un ecclésiaste ayant de l’expérience dans le conseil pastoral, Le Plan de Cinq Jours s’adresse à l’aspect physique aussi bien que psychologique, les deux grands axes de la dépendance envers la drogue qu’est la nicotine.

En 1984, le Plan est révisé par une équipe d’experts et renommé « Breathe Free, to stop smoking », puis entre 1987 et 1999, à la demande de l’ ICPA (International Convention for Prevention of Alcoholism and Drug Dependency), le programme est évalué par le School of Public Health de l’Université de Loma Linda, Californie. Il est maintenant appelé « Breathe Free : The plan to stop smoking ». Validé par la recherche et appliqué dans de nombreux pays, le programme a aidé, depuis 1959, plus 20 millions de fumeurs à cesser de fumer.

Le Programme BreatheFree 2.0 est proposé dans de nombreux sites à travers le monde et les animations se déroulent souvent dans des espaces tels que les lieux de culte, des églises, des temples ou des mosquées, mais on peut également les trouver dans des centres communautaires ou de jeunesse locaux. Le programme s’inscrit dans l’interaction et l’accompagnement face à face.

Nous nous sommes lancés dans ce programme à Maurice pendant le mois de février, les séances encouragent davantage d’interaction et de réflexion sur les choix de vie et les motivations profondes qui pousseraient à arrêter de fumer. La dynamique de groupe, qui s’installe, favorise des échanges en toute confidentialité et aide à poser les fondements d’un nouveau départ libéré du tabac.

Le Cursus – BreatheFree 2.0

Le programme BreatheFree 2.0 comporte six phases. Ces phases se tiennent en neuf sessions, comme suit :

La phase de préparation (1) se déroule pendant la période des deux premières sessions. Cette phase vous donne 48 heures pour décider si vous êtes prêt à arrêter de fumer. Vous n’avez pas à arrêter de fumer déjà, vous devez juste décider si vous êtes prêt à arrêter. Si c’est le cas, vous revenez pour la deuxième session. Après celle-ci, vous serez prêt à décider du meilleur moment pour arrêter de fumer.

La phase de célébration (2) commence avec la troisième session. Il s’agit de la célébration de la libération de la cigarette lorsque chacun des participants déclare publiquement son indépendance vis-à-vis de la cigarette.

La phase de désintoxication (3) se déroule pendant les sessions 4 à 7. C’est le moment où votre corps se débarrasse de la nicotine et se remet des effets résiduels de la dépendance au tabac. Nous vous proposerons des stratégies pour mieux gérer le stress, faire face aux symptômes de sevrage et découvrir de nouvelles habitudes alimentaires et d’exercice. Vous recevrez également des informations importantes pour vous aider à gérer les aspects physiologiques, émotionnels, sociaux et spirituels de la dépendance. Plusieurs petits films sont proposés pour encourager et motiver à se libérer de la cigarette.

La phase de normalisation (4) a lieu au cours de la huitième session. Pendant la phase de normalisation, à ce stade, vous aurez la période la plus difficile derrière vous, mais la plus dangereuse devant vous. Nous vous aiderons à vous prémunir contre les excès de confiance au moment de réintégrer le cercle social en tant que non-fumeur. Pendant cette phase, le corps retrouve un fonctionnement normal, y compris le poids corporel. La nicotine est comme un séisme ou un cyclone, les conséquences de la dépendance nécessitent une période d’adaptation et de reconstruction. C’est un défi de taille, mais vous pouvez réussir !

La phase de “Graduation” (5) est la neuvième session. D’ici là, vous aurez non seulement cessé de fumer, mais vous aurez également appris à réaliser le rêve d’une nouvelle et meilleure vie sans tabac. La dernière réunion inclut la cérémonie de remise des diplômes, elle marque le premier jour d’une vie meilleure en tant que personne libre et forte.

La phase de stabilisation (6) suit la “graduation”. Mais nous ne vous abandonnons aucunement. Nous resterons en contact avec vous et laisserons des messages à intervalles réguliers. Nous aurons une rencontre de suivi à 3 mois, 6 mois et 12 mois après la remise des diplômes. Le but de ces suivis est de vous encourager à atteindre votre anniversaire d’un an en tant que non-fumeur. Ainsi, vous serez pratiquement assuré d’être libéré du tabac pour la vie, une fois que vous aurez renoncé à la cigarette pendant une année entière. Le suivi est également important pour nous, car votre avis sur la façon dont le programme a fonctionné pour vous et vos suggestions nous aident à l’améliorer pour les autres.

Mais laissons parler les participants :

« Je peux sentir les fleurs, auparavant je n’avais que la fumée de la cigarette et cela m’écœurait. »,

« Mon pouls les matins au réveil était de 107/minute, le lendemain de ma dernière cigarette, je me suis réveillé avec un pouls de 65/minute, ce soir c’est à 80/minute. C’est fantastique !! »

Qu’en est-il des animateurs ?

Le Dr Handysides de l’école de santé publique de l’université de Loma Linda aux États-Unis nous dit que : « Un des attributs indispensables aux animateurs est d’abord la patience. Le processus de sevrage tabagique étant un long processus qui est malheureusement rempli de nombreux échecs. Il est essentiel de comprendre ce processus, et d’être prêt à recommencer et à renouveler la lutte. À tout moment, la relation de soutien est vitale. » Un bon animateur doit aussi être humble : facilitateur oui, mais pas directeur. Le processus de sevrage est à titre individuel, bien qu’il soit fait en groupe. Le rôle est d’aider, d’encourager et de motiver. Au final, c’est le fumeur qui gagnera cette bataille. Le rôle est d’aider humblement. D’après Daniel Handysides, le respect est primordial : qu’un fumeur réussisse ou non, il est une personne qui mérite notre respect et notre considération. Un bon animateur devrait être à la hauteur de ce défi.

Confinement et consommation de cigarettes

La distanciation sociale due à la COVID-19, le Lockdown et les initiatives de Work from Home pourraient entraîner une dépendance accrue au tabac. Dans un récent article paru dans le journal académique : Nicotine & Tobacco Research, Volume 22, No. 9, September 2020, Klemperer et al. explorent comment les motivations pour arrêter les cigarettes conventionnelles et électroniques changent en réponse aux préoccupations des risques accrus d’infection par le coronavirus.  De plus, des résultats complémentaires d’enquêtes en ligne, menées pendant une période similaire (du 4 au 14 avril 2020), confirment que les fumeurs se tournent davantage vers le tabac comme outil d’adaptation au stress. L’échantillon de Klemperer et al. se compose principalement de doubles utilisateurs (cigarette conventionnelle et électronique) qui ne consomment pas habituellement du tabac ou des e-cigs tous les jours.

Selon l’article en question : « Change in tobacco and electronic cigarette use and motivation to quit in response to COVID-19 ». En Inde, une grande partie de la population interrogée pense que fumer et vapoter augmentent le risque de contracter la COVID-19. En Italie, plus de la moitié des personnes interrogées estiment qu’il n’y a pas de relation entre le risque de contracter la COVID-19 et le fait de fumer ou de vapoter. Il est à noter que, chez une grande partie des utilisateurs, le désir d’arrêter de fumer ou de vapoter pour des raisons de santé a été impacté par l’expérience directe de l’épidémie de COVID-19. Par exemple, au Royaume-Uni et aux États-Unis, cette proportion était deux fois plus élevée chez les participants vivant dans un foyer où une personne avait été testée positive au virus. BreatheFree 2.0 existe aussi en version en ligne et peut être une stratégie alternative si le pays reste fermé plus longtemps.

Quoi qu’il en soit, « arrêter de fumer; c’est possible! ». Cela n’est pas facile, mais c’est réalisable; des millions de par le monde peuvent en témoigner, et nous sommes déterminés à continuer notre marche pour accompagner ceux qui veulent échapper à l’emprise du tabac. La date de notre prochaine escale BreatheFree 2.0 dans les hauts de Plaines-Wilhems, plus précisément à Phoenix, sera communiquée au moment opportun.