Lorsque tout aura été dit dans le cadre des débats sur le budget au début de la semaine prochaine et que l’Appropriation Bill aura été adopté, les consommateurs mauriciens, soit la population en général, la classe moyenne et ceux au bas de l’échelle salariale, se retrouveront face à une des situations les plus difficiles de ces deux ou trois dernières décennies : joindre les deux bouts afin de boucler leur budget ménager, mensuel ou hebdomadaire dans certains cas. Cela alors que les augmentations salariales sont gelées, voire à la baisse. Un petit détour dans la boutique du coin ou dans les supermarchés permet de vérifier que les prix avaient déjà commencé à flamber avant la présentation du budget. Et l’avenir ne s’annonce pas plus rose lorsqu’on sait qu’à partir du 1er juillet, les prix de l’essence et du diesel accuseront une augmentation de Rs 2. On imagine déjà les conséquences qu’ils auront sur le coût de la vie.
À présent, une somme de presque Rs 6 milliards que la STC et le gouvernement auront à payer à Betamax au plus tard la semaine prochaine, à la suite du jugement du Judicial Committee du Privy Council, est suspendue comme une épée de Damoclès sur la tête des consommateurs que nous sommes. Nous avons tous entendu les garanties données par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Soodesh Callichurn, selon laquelle il n’y aura aucune ponction sur le prix des produits pétroliers ou sur le prix en général. Mais est-ce que le gouvernement tiendra parole ? Ce n’est pas la première fois que, face à la réalité de la situation, il sera peut-être obligé de changer d’avis. On sait ce qu’il est advenu du vaccin gratuit qui est venu confirmer l’adage que « there is no free meal ».
Face à cette situation, le ministre des Finances se contente de dire dans son discours du budget que « l’inflation a été maintenue sous contrôle ». Cette affirmation est symptomatique de ce qu’on reproche au discours du budget. L’utilisation d’un langage flou pour expliquer des notions fondamentales. En effet, c’est en dehors de son discours que le ministre vient mettre les points sur les i pour expliquer que le pays est viscéralement en état de guerre contre le Covid-19, que le gouvernement a eu à faire des frais considérables pour soutenir les entreprises, les emplois et ceux qui sont les plus affectés par le confinement et la fermeture des frontières ; et il inscrit donc la hausse des prix et du coût de la vie dans le cadre d’un effort collectif de « ser sintir » afin d’aider à soutenir les dépenses de l’Etat. Ce qu’il ne dit pas, c’est que la cause première de la hausse de prix des produits de consommation et des médicaments est la dépréciation conséquente de la roupie vis-à-vis des principales devises, comme le dollar, l’euro et la livre sterling.
Autre reproche qu’on pourrait faire concernant le budget : l’absence d’un état des lieux objectif de la situation économique et sociale du pays. Le ministre a rappelé qu’il y a un an, il avait présenté à travers le budget la réponse gouvernementale à la crise de Covid-19 et son plan de relance. Un an après, le budget ne fait aucun bilan quant au résultat des mesures introduites et le plan de relance. Cela aurait peut-être évité au leader de l’opposition de s’enquérir de la contribution de Rs 60 milliards accordées par la BoM au fonds publics. Il a fallu que cette question soit évoquée dans le public, par les institutions internationales et par une PNQ, pour qu’on comprenne enfin que le montant de Rs 28 milliards des Rs 60 milliards n’était pas un prêt, avec les conséquences que cela pourrait avoir sur la dette publique, mais bel et bien un don, et pour que le ministre propose une explication concernant l’importance de cette contribution à la stabilité du système bancaire.
Par ailleurs, les chiffres donnés par le ministre des Finances concernant le taux de croissance, le déficit budgétaire et la dette publique sont remis en cause dans plusieurs milieux. Pour commencer, le ministre annonce une croissance de 9% du PIB pour atteindre Rs 500 milliards l’année prochaine. Il se garde d’annoncer ce montant en dollars alors que c’est en dollars qu’est calculé le PNB par tête d’habitant pour décider si nous sommes un pays à revenu élevé ou intermédiaire.
Il faut dire que beaucoup d’observateurs reconnaissent que les mesures annoncées devraient permettre une relance économique. Mais comme pour tout budget, la clé réside dans la mise en œuvre de toutes ces mesures.