John Benatouil, co-fondateur de Talenteum, entreprise basée à Quatre-Bornes, a été élu à la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie France-Maurice (CCIFM). Il nous parle du rôle de la chambre, qui regroupe plus de 200 entreprises et qui appartient au réseau des 124 Chambres de commerce et d’industrie françaises basées à l’étranger. Il évoque également son propre parcours d’entrepreneur à Maurice depuis 15 ans, la situation actuelle des membres de la CCIFM et les effets de la crise sanitaire sur leurs entreprises.

Vous avez été élu à la présidence de la CCIFM pour succéder à Lionel Magisson. Que représente cette élection pour vous et quel est le rôle joué par la CCIFM à Maurice ?

C’est un immense plaisir et aussi un privilège d’être ainsi reconnu par ses pairs. Mon élection s’inscrit dans une certaine continuité, car cela faisait déjà deux ans que j’étais administrateur élu de la CCIFM, dont une année comme vice-président, et que je représentais la CCIFM comme membre du Board de la Federation of Innovative & Numeric Activities in Mauritius (FINAM). Cette nomination souligne également mon investissement dans la vie associative comme membre actif de plusieurs associations, telles que le Comité digital de l’océan Indien, l’Association des Anciens HEC de l’île Maurice, ou encore la Sorbonne Business School, où j’interviens comme Coordinateur international Afrique pour plusieurs pays, comme l’île Maurice, le Togo, le Burkina, la Côte d’Ivoire ou encore le Bénin.
La CCIFM fédère plus de 200 entreprises mauriciennes et appartient au réseau international des 124 Chambres de commerce et d’industrie françaises à l’étranger, implantées dans 95 pays. Notre rôle est d’assurer une présence au sein des instances locales, d’informer nos membres, de défendre leurs intérêts et, in fine, d’animer l’écosystème créé par nos entreprises membres, de toutes tailles et de tous secteurs.
Mais je ne suis pas seul pour assurer mes fonctions. Tout d’abord, je suis accompagné de deux vice-présidents, Pricilla Pattoo, et Guillaume de Bricourt. De plus, pour mener à bien notre mission, nous sommes organisés en Conseil qui réunit 15 administrateurs élus, épaulés d’une équipe de trois salariés encadrés par Amaury Halgand, le directeur général de la CCIFM.

Dites-nous en plus sur votre parcours professionnel pour ceux qui ne vous connaissent pas.
De formation initiale commerciale et juridique, j’ai complété ma formation comme auditeur de l’Institut des Hautes études de la Défense nationale (IHEDN) à l’Ecole militaire, et par un MBA dispensé par la Sorbonne Business School. Entrepreneur français, j’ai établi une première entreprise à Maurice dès 2003. J’emploie près de 300 collaborateurs, qui évoluent dans plusieurs secteurs, tant à Maurice qu’en France. Je suis également le CEO de Talenteum, une start-up digitale que j’ai co-fondée avec Nicolas Goldstein, il y a maintenant trois ans, dont la vocation est de révéler des talents résidant en Afrique, à Maurice notamment, prêts à travailler à distance pour des entreprises du monde entier, qui rencontrent des difficultés de recrutement dans leurs propres pays.

Pourquoi avoir choisi d’investir à Maurice ?

J’ai connu Maurice par le Board of Investment (BOI), qui est devenu ensuite l’Economic Development Board (EDB). Au début des années 2000, le BOI avait organisé une conférence à Paris pour présenter Maurice à des entrepreneurs français, comme une opportunité d’investissement. Puis, nous avons été quelques-uns à être conviés près d’une semaine à Maurice pour rencontrer des personnalités et nous familiariser aux facilités offertes pour créer une entreprise. J’ai apprécié le professionnalisme des personnes que j’ai rencontrées, l’accueil de la population, son bilinguisme… C’est donc ce que j’ai fait, j’ai créé une entreprise à Maurice et j’y ai recruté mes deux premiers collaborateurs. Plus de 15 ans plus tard, je suis toujours là.

Comment vos membres vivent-ils la situation actuelle et sont-ils en détresse financière ?
L’impact de la crise sanitaire est très différent d’un membre à un autre, selon leurs tailles, mais surtout leurs domaines d’activités. Il est certain que ceux évoluant dans des secteurs, comme le tourisme ou l’immobilier, passent par une phase très difficile. Des aides comme le Government Wage Assistant Scheme (GWAS) les soutiennent, mais leur trésorerie n’en demeure pas moins, pour certains, très fragile. En revanche, nos membres spécialisés dans les TIC ou le BPO s’en sortent mieux, car leur activité est surtout exportatrice et le travail à domicile leur permet d’assurer une certaine continuité dans leurs prestations. Mais l’avenir reste incertain et les activités, lorsqu’elles sont exportatrices, restent très dépendantes de l’état de santé économique et financière d’une clientèle, composée d’entreprises principalement implantées en Europe, où l’économie subit de plein fouet la crise sanitaire.

De manière plus large, comment se porte la coopération France-Maurice sur le plan économique ?
La coopération économique entre la France et Maurice est traditionnellement très étroite. Elle débute sur le plan touristique, où près de la moitié du million de touristes qui visitent tous les ans Maurice sont des Français. Du point de vue des investissements directs étrangers (IDE), les investisseurs français sont également très largement représentés. Par ailleurs, les actions de coopération sont nombreuses, entre Maurice et La Réunion notamment, grâce à l’antenne de la région Réunion sur Maurice, dans un grand nombre de secteurs, tels que l’agriculture, la transition énergétique, la formation, l’économie circulaire, mais aussi la santé et les TIC. Sur le plan de l’éducation, la coopération se matérialise par des accords, comme le partenariat signé en octobre 2020 entre la MCCI Business School et la chambre des métiers et de l’artisanat de La Réunion, avec comme objectif d’améliorer l’employabilité des compétences dans l’océan Indien.
L’Agence française de développement (AFD) renforce encore la coopération France-Maurice autour de l’accompagnement énergétique, à Rodrigues notamment, et au travers de prêts.

Les entrepreneurs français sont nombreux à Maurice et dans divers secteurs économiques, et également très engagés dans le mouvement FrenchTech. Dites-nous en plus.

En effet, les entrepreneurs français à Maurice sont très engagés, dans le secteur des TIC notamment, et en particulier, dans le mouvement French Tech. Je connais bien le sujet, car je suis membre actif du Board de la communauté FrenchTech Maurice, aux côtés d’autres collègues de la CCIFM, tels que Michel Cordani, responsable de la Commission Relations Régionales (R.R.) ou encore Olivier Meyer, responsable de la Commission T.I.C..
Cet engouement est toutefois logique. En effet, les Français, qui résident à Maurice, sont nombreux à être animés d’un esprit profondément entreprenant, que ce soit dans la gestion de leur carrière qu’ils n’hésitent pas à faire évoluer loin de leur pays d’origine, ou que ce soit dans leurs démarches d’investissement. Or la FrenchTech se définit justement comme un mouvement français de start-up, un écosystème qui réunit aussi bien des créateurs d’entreprises innovantes, des investisseurs, des décideurs que des ‘community builders’.