UMAR TIMOL

UMAR TIMOL

Certains visages semblent être tristes mais ils ne le sont pas. Ils sont apaisés, non pas cet apaisement qui survient lors des intermèdes du bonheur, mais celui qui se rattache au savoir de la lumière. Ils savent que cette vie est un pénitencier, non qu’on doive le fuir, il faut vivre, il faut forger son être dans le monde, travailler à le rendre moins pénible, l’enduire d’amour mais ultimement c’est un lieu confiné, jaillissement d’une étincelle dans le temps, on y est de passage avant que ne commence la vraie vie. Et la nostalgie est mêlée à cet apaisement. Nostalgie de ce qui a été, la béatitude de la lumière, l’être qui s’appartient dans la communion avec Sa lumière. Qui a connu cela, celui qui en est conscient, sait ce que ce monde est. Une nécessité éphémère. Absente. Ces visages parfois renouent avec la lumière, ils s’y noient, ils s’oublient, parcourus par ses extases. Puis il faut se réconcilier avec la matière. Et y demeurent la sagesse de l’apaisement et la soif de la nostalgie. À vrai dire, tout visage est ainsi fait. Tout visage est le lieu de ces métamorphoses. Sauf qu’ils ne le savent pas. Ils croient que la matière est leur unique fidélité. Ou peut-être qu’ils ne sont pas prêts à abandonner la matière. ll faut longtemps contempler ces visages qu’on croit être tristes, ce sont des visages limpides, qui ne demandent pas à exister aux yeux des autres, qui ne demandent pas grand-chose, qui sont pratiquement invisibles mais qui sont pourtant essentiels. Ils portent ce sceau gravé dans tous les visages, le rappel au sens de nos vies, ce voyage de la lumière à la lumière, interrompu par un court séjour dans le lieu de la matière. Ces visages sont les nôtres.