NOÉMIE, 14 ans – France

Les bottes lourdes des soldats avancent à grands pas vers Morienval, une petite commune située dans le département de l’Oise en France. Mon arrière-grand-mère, Yvonne Leheutre, née le 3 janvier 1896, vivait les tourments de la Première Guerre mondiale dans son petit village. Elle avait 18 ans. La stupeur de voir les soldats allemands défiler à Morienval; la peur de devoir nourrir et loger les soldats de passage; ses doutes, vivre la guerre d’une manière indirecte… Elle a écrit ses émotions dans un carnet. Mon arrière-grand-mère avait besoin d’un laisser-passer pour se déplacer. En lisant le carnet d’Yvonne Leheutre, j’ai eu le sentiment de vivre les mêmes désarrois, plus d’un siècle plus tard, sauf que le Virus ne porte ni bottes, ni armes. La Covid-19 progresse d’une manière silencieuse, on ne sait pas quand est-ce qu’elle va frapper. Cette pandémie agit comme l’effet d’une bombe à retardement au sein de notre société.

Le confinement a été une épreuve très difficile. Beaucoup de personnes sont mortes à cause du coronavirus. Tout le monde a souffert, pour certains c’est le chômage et pour d’autres la solitude. Personnellement, j’ai eu du mal à être enfermée chez moi pendant presque trois mois.

J’ai trouvé refuge dans les livres. L’ouvrage « Le joueur d’échecs » de Stefan Zweig a été comme une échappatoire pour moi. Cela m’a permis de m’identifier au personnage principal, qui était isolé dans une prison nazie pendant l’occupation allemande. Il est parvenu à ne pas sombrer dans la folie grâce à un manuel d’échecs. Si le joueur d’échecs a pu trouver une issue pour que son esprit puisse s’évader, la mienne je l’ai puisée dans le cocon familial. L’ambiance générale en France était bon enfant. Tous les jours, à 20 heures pétantes, on applaudissait les infirmiers et les médecins pour les soutenir.    

Ces 3 mois de confinement ont été une découverte pour moi. Cela m’a permis de m’améliorer dans certaines choses et à en découvrir d’autres. J’ai eu le temps de lire, de cuisiner, de faire du sport, de m’intéresser à d’autres cultures et à m’améliorer dans une autre langue. J’ai pu profiter de ma famille. En France, le temps était splendide, ce qui a égayé mes journées.  Cela a fortement aidé à notre moral.

Mon arrière-grand-mère, Yvonne Leheutre vivait les tourments de la Première Guerre mondiale dans son petit village. En lisant son carnet, j’ai eu le sentiment de vivre les mêmes désarrois, plus d’un siècle plus tard, sauf que le Virus ne porte ni bottes, ni armes.

Si j’ai pu me ressourcer auprès de ma famille, par l’entremise de la lecture et de l’école en ligne, d’autres personnes subissent ce confinement comme une vraie torture. Les personnes âgées vivent très mal ce confinement et plus particulièrement, celles en maison de retraite. Coupées du monde extérieur et de leur famille, elles souffrent de cet isolement involontaire. Certaines souffrent du syndrome de glissement, c’est-à-dire, elles se laissent mourir en quelques semaines. Pour ces personnes âgées, la solitude devient pire que le coronavirus. La vie n’a plus aucun sens pour elles.

J’espère que cette année 2021 sera bien meilleure, qu’il y ait moins de morts et que les personnes âgées souffrent moins de la solitude. Je garde un vif espoir que la France et le monde entier retrouvent une économie prospère. Et que Paris reprenne sa vivacité légendaire. Que la ville lumière se pare de nouveau de mille feux. Et que je puisse enfin venir profiter de l’île Maurice cette année !