On était déjà ahuris, consternés, indignés et révoltés par le meurtre atroce du petit Ayaan Ramdoo, deux ans, aux mains du compagnon de sa maman, Ashar Soobratee. On se relevait encore péniblement de ce choc dur à encaisser, en apprenant les détails sordides des sévices que ce gosse a endurés. Et voilà que l’on se retrouve cette fois, à terre, avec le meurtre, dans des conditions exceptionnellement violentes, de la WPC Dimple Raghoo !

Mais dans quel monde vivons-nous donc ? C’est un peu ce que tout un chacun, incapable de comprendre, et encore moins d’accepter une telle barbarie, se demande depuis quelque temps. Surtout quand a commencé à circuler le clip illustrant le drame qui s’est joué au Bo’ Vallon Mall… De voir, de nos propres yeux, la violence inouïe qui imprègne cet acte et de réaliser qu’il ne s’agit pas d’un film, mais bien de nos compatriotes qui en sont les acteurs, cela n’a fait qu’accroître notre sentiment d’impuissance et de désespoir, notre écœurement, couplé à une colère sourde qu’autant de violence puisse caractériser, ainsi, notre quotidien.

Un premier débat fait rage sur la question de savoir si ceux se trouvant dans le véhicule incriminé ont foncé délibérément sur la jeune policière, la percutant et la traînant sur des mètres d’asphalte, sans s’arrêter ne serait-ce qu’une seconde, sans aucun sentiment, ni aucune forme d’inquiétude d’avoir causé un accident… Ou si elle a trébuché et la collision s’est ensuivie. Nous n’en avons pas les réponses. L’enquête statuera sur ce point.

L’autre débat qui fait rage et qu’il faut absolument dépassionner et désamorcer, c’est celui autour d’un éventuel retour à la peine capitale, pour sanctionner des crimes comme ceux d’Ayaan et de Dimple Raghoo. Une telle décision ne doit surtout pas être prise en pleine tempête médiatique et avec une population déchaînée. Une décision aussi grave mérite une réflexion importante sur ses implications multiples, nommément si ce moyen s’est vraiment avéré efficace ailleurs, et s’il a eu une incidence sur le taux de criminalité et le “law and order”.

D’aucuns ont aussi été choqués, voire déroutés par l’âge de plusieurs des protagonistes impliqués dans le meurtre de la WPC Dimple Raghoo. Le plus jeune suspect, Jordan Venpin, n’est âgé que de 19 ans ! Il opérerait un labo de fabrication de drogues de synthèse. Ainsi, avec les autres suspects, ils composeraient carrément un réseau : ceux qui ont les ingrédients, ceux qui les transforment, et ceux qui les vendent ! Avoir moins de 30 ans, pour le plus âgé de la bande, et mener déjà un train de vie quasi royal…

Au risque d’être taxés de blasés, ces éléments ne doivent cependant même pas nous surprendre ! Car cela fait plus de sept ans que travailleurs sociaux et médias s’échinent à attirer l’attention des autorités, quel que soit le régime en place, que si les drogues synthétiques autant que les autres substances nocives comme le Brown Sugar, la cocaïne, le LSD, la méthamphétamine, l’ecstasy, pour ne citer que celles-là, font une remontée importante dans notre société, c’est parce que justement ce business rapporte gros ! Que le danger est bel et bien réel, et que ses répercussions sont dramatiques, pour ne pas dire fatals.

Les politiques ayant opté pour la sourde oreille, on se retrouve, ainsi, avec les cadavres de la WPC Raghoo et du petit Ayaan. Et dans le box des accusés, des jeunes ayant des liens directs avec les drogues ! Et au risque de se répéter systématiquement, Pravind Jugnauth comprend-il que la répression, seule, n’est pas la réponse finale à ce problème tentaculaire ? La répression marche de pair avec le traitement.

Ce mardi 1er décembre, on observera le World AIDS Day. Maurice, un des très rares pays d’Afrique, à disposer des ressources et des traitements adéquats pour les PVVIH, n’arrive toutefois pas à faire régresser sa courbe épidémiologique. Pourquoi ? Parmi, parce que nos autorités estiment que mettre en place des programmes et des structures, c’est bien. Mais assurer leur bonne marche, par contre, pour cela il faudra repasser… Idem dans le secteur de la toxicomanie. D’où des cadavres à la pelle.