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Covid-19 : des proches d’Ismed Abdoolah décrient les conditions à l’ENT

  • Sa nièce, Jabeen Thug : « On lui a mis une seule couche depuis son admission à l’ENT jusqu’à son décès »

Mohamed Ismed Abdoolah, secrétaire du Front commun des commerçants, est décédé à l’hôpital ENT lundi après-midi. Âgé de 75 ans, il n’avait aucune comorbidité, selon sa famille, et avait fait ses deux doses de Sinopharm. Et ce qui révolte la famille, ce sont les conditions « inhumaines » prévalant lors des derniers jours de la victime.

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Selon le témoignage de sa nièce, Jabeen Thug, Ismed Abdoolah avait été testé positif le 11 novembre. Il avait été vu par un médecin et était en isolement. Toutefois, le mardi suivant, il s’est senti mal. Un médecin lui ayant rendu visite a alors constaté que son taux de saturation d’oxygène était de 88%. Il a alors été admis à l’hôpital Victoria, à Candos, où il a été placé sous oxygène, avant d’être transféré à l’ENT.

Jabeen Thug confie que sur les conseils d’un médecin, des démarches ont été entreprises afin de trouver du Tocilizumab, médicament utilisé dans le traitement du Covid-19. « J’ai contacté toutes les pharmacies et tous les importateurs, mais le médicament était en rupture de stock. On m’a fait comprendre que si on en commandait, cela prendrait six à dix jours pour arriver à Maurice. De plus, cela coûte entre Rs 60 000 et Rs 150 000, car l’administration est faite selon le poids du patient », dit-elle.

Après l’intervention d’un proche résidant en France, des contacts ont été établis pour l’achat du médicament à La-Réunion. « Là, on s’est retrouvé face à un autre problème : tous les membres de la famille étaient vaccinés au Sinopharm et ne pouvaient se rendre à l’île soeur. On a dû chercher une personne en dehors de la famille qui avait fait un autre vaccin, pour faire le déplacement à La Réunion pour rapporter le médicament », poursuit-elle.

Cependant, à son arrivée à Maurice, il a été interpellé par les éléments de l’ADSU. « Heureusement que nous avions tout prévu. Nous avions demandé un permis et avions dépêché un médecin à l’aéroport pour réceptionner le médicament. Sauf que les éléments de l’ADSU ont ouvert le médicament pour vérification, alors qu’il y avait des consignes strictes pour la transportation sous 8 °C », regrette-t-elle.

L’administration du Tocilizumab ramené de La Réunion ne permettra malheureusement pas de sauver Ismed Abdoolah, qui est décédé lundi après-midi, à 16h30, selon les indications de l’hôpital. Sa famille est particulièrement révoltée par la prise en charge. « D’abord, si on avait le médicament à l’hôpital, on aurait pu faire beaucoup plus vite. Quand on lui a injecté le Tocilizumab, il était malheureusement trop tard », dénonce-t-on au sein de la famille.

Jabeen Thug déplore également l’absence de communication entre l’hôpital et la famille. « Nous n’avions aucune information sur l’état de santé de notre proche. Nous avons dû avoir recours à un politicien, que nous remercions en passant. Il y a beaucoup d’incohérences également. À 15h, lundi, on nous disait que son état était stable et à 16h30, il était décédé. »

Elle ajoute que la famille n’a même pas été informée du décès. C’est à travers un médecin du privé, qui entamait des démarches pour le transfert d’Ismed Abdoolah en clinique, qu’elle a appris la mauvaise nouvelle. « C’est bien plus tard qu’un préposé de l’hôpital m’a appelé en disant : “Je pense que vous savez déjà ce qui s’est passé…” », dit-elle.

Jabeen Thug parle également des témoignages de son oncle sur les conditions à l’hôpital ENT avant son décès. « Il m’a dit qu’on lui avait mis une seule couche depuis son admission. Jusqu’à son décès, il était encore avec la même couche. Personne ne lui avait donné son bain, ni ne lui avait brossé les dents. Il était complètement livré à lui-même. Il nous a dit que le personnel était complètement en panique, qu’il n’arrivait plus à assurer. Il y avait des gens qui hurlaient, qui pleuraient… mais personne ne venait les voir », rajoute-t-elle.

Elle est d’avis que les autorités auraient dû permettre aux familles des malades, munis de PPE, de venir donner leur bain aux malades. « Ainsi, ils auraient pu au moins mourir dans la dignité. De même, le jour de son décès, mon oncle avait appelé pour dire qu’il avait soif et qu’il n’avait pas une seule goutte d’eau. Nous avons acheté une bouteille d’eau que nous avons déposée pour lui. Mais après sa mort, on a constaté que la bouteille était toujours là où on l’avait déposée. »

Ismed Abdoolah avait également confié à ses proches à quel point le personnel de l’ENT était dépassé. « Il a dit qu’il n’y avait que deux infirmiers pour 30 patients et qu’ils étaient tous au bord du “burn-out”. » Ce qui l’amène à dire : « L’ENT est un abattoir. Quand on rentre là-bas, on n’en ressort pas. Je ne critique pas le personnel. Ils sont tout aussi victimes de ce système. Le gouvernement agit de manière criminelle. »

Jabeen Thug lance également un appel aux autorités pour plus de respect envers les morts. « Nous avons reçu la dépouille de notre oncle dans un sac en plastique. » La famille, dit-elle, est très affectée par tous ces événements.

Pour Raj Appadu, président du Front Commun des Commerçants, le départ d’Ismed Abdoollah laisse un grand vide.

« Je perds un grand ami. Pendant 10 ans nous avons lutté ensemble sur plusieurs dossiers, notamment sur les foires de Mer Rouge et de la rue Magon, ainsi que sur la Landlord and Tenant Act. Nous perdons une personne extraordinaire, un secrétaire avec un coup de plume hors pair. Ce sera très difficile de remplacer quelqu’un comme lui », témoigne-t-il.

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