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COVID-19 : ne plus vivre dans la peur … Journal d’une testée positive

MÉLANIE THÉODORE

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Le message arrive comme tous les samedis, mais ce soir, l’atmosphère est oppressante. J’appréhende ce moment,  comme si je le savais. Sars-coV-2 Rna  Detected. Le temps s’arrête un instant. Mon fils me rassure, « ça ira, ne t’inquiète pas ». Perdue dans ce tourbillon – quand, comment, où – alors qu’on se moque de moi qui lave les sachets d’emballage et respecte les gestes barrières! On sonne, un numéro à quatre chiffres. Ce sont eux : « ou positive Madam. » Sérieux comme un pape, on note les numéros d’urgence qu’on espère ne pas composer : Samu, DMU. Pour le médecin au bout du fil, même avec sa voix qui se veut bienveillante, je suis une patiente comme les autres, un nom à cocher ce soir. Pour l’instant pas de symptômes, hormis cette gêne baptisée stress. C’est l’heure de s’isoler pour protéger les enfants et prier pour combattre ce virus et la peur, sa compagne fidèle. Elle est omniprésente: elle aussi étend ses variants comme des tentacules: peur du vaccin, peur des effets du vaccin, peur des personnes positives, peur des non-vaccinés, peur des symptômes, peur de l’absence de symptômes, peur des transports en commun, peur des hôpitaux, peur d’être rejetée par la société.

3ème jour

Comme symptôme, une sécheresse buccale. Je n’ai jamais autant bu. Aucun médecin ne m’a consulté ou prescrit de médicaments. Donc, j’anticipe avec des vitamines et des tisanes. Les personnes positives savent-elles ce qui serait néfaste pour leur état ? Isolée, je me repose, je lis, je surfe. En revanche, ces vidéos de nos hôpitaux qui circulent sur les réseaux sociaux donnent froid dans le dos. ENT al mor laba, disent-ils. Comment en sommes-nous arrivés là ? Pour cause, une amie testée positive avec des symptômes modérés, se retrouve sous antidépresseurs. Voilà où nous en sommes. D’ailleurs, on ne peut plus dire qu’on est positif ou en isolement à n’importe qui. On vous instille l’angoisse : « si tu n’es pas vaccinée, tu peux crever, untel si ‘gagn sa, linn mor’ ». Cependant, ces personnes ne sont pas malveillantes. Leurs réactions sont forgées par le discours des autorités et de certains médias. Désormais, on gère cette crise à coup de mesures coercitives, de ségrégation, de menaces, de reproches et de sensationnalisme. On nous traite d’irresponsables quand les cas augmentent, le personnel de la santé est critiqué, les non-vaccinés exclus, et les positifs stigmatisés. Nous sommes les coupables et les victimes. On a envie de hurler: nous ne l’avons pas inventé ce virus ! Sachez qu’il est difficile d’entendre et parfois de dire qu’on est positif.

La peur fait réclamer un lockdown. Un troisième confinement est nécessaire selon bon nombre de Mauriciens en vue de réduire la transmission. Quand j’y pense, où est l’immunité collective promise ? Comment ai-je contracté ce virus ? Retour à la case départ. Classes en ligne, déscolarisation, Reconfinement, flambée des prix. S’il y a reconfinement, il faudrait mieux encadrer les personnes positives en isolement. Si leur état s’aggrave, pourraient-elles uniquement compter sur le Samu ou la DMU?

5ème jour

On s’est organisé tant bien que mal dans ce petit appartement. Tout le monde fait le plein de vitamines et de bonnes ondes. Gargarisme, inhalation et tisane au menu. Saluons ces âmes bienveillantes en ces temps troublés qui déposent les vivres devant le portail ou proposent de tester votre saturation d’oxygène. Combien de personnes positives se baladent sans le savoir ? Le point positif, ces personnes guérissent. Les ex-positifs relâchés dans la nature devraient-ils avoir un suivi médical ? Y a-t-il des séquelles?

7ѐme jour

J’ai renoué avec la sieste, moi qui suis toujours à courir. Je suis reconnaissante. Pas de fièvre, pas de toux mais une grosse fatigue. Soulagement : les grands-parents sont négatifs. Il est vrai qu’on ne s’embrasse plus depuis mars. La culpabilité de mettre les plus vulnérables en danger pèse lourd. Imaginez l’enfer de ceux qui perdent des proches, cette souffrance qui accable, cette impuissance qui ronge, cette rage à dompter. Et l’avenir ne semble guère rose alors que l’on annonce de nouvelles restrictions sanitaires comme solution. Pourquoi pas la réintroduction de l’ordre alphabétique pour les activités afin d’alerter toute la population. Quel est le message ? Vaccinés, circulez librement ? La COVID-19 est en forte progression dans les pays où les taux de vaccination sont les plus faibles, en Europe orientale, mais aussi dans les pays où les taux de vaccination sont parmi les plus élevés au monde, en Europe occidentale. Ces chiffres nous rappellent une nouvelle fois, comme nous l’avons dit à maintes reprises, que les vaccins ne remplacent pas les autres mesures de précaution.

Hélas ! Le syndrome du vacciné est bel et bien présent, renforcé par de telles mesures; « je ne mets pas mon masque car nous sommes tous vaccinés ici. » Les blâmer ? Non. On nous avait promis une bulle d’invulnérabilité dans une île relatively Covid-safe.

9ѐme jour – Jour J-1

Envie de sortir, quitter ce masque, prendre ma fille dans mes bras. J’allume la radio pour me reconnecter à la réalité. Décès et discours ponctués d’arrogance révoltent le peuple. Aujourd’hui nous voulons des soins, nous voulons que nos parents, nos amis, nos compatriotes restent en vie! Nous voulons être rassurés! Nous voulons de l’empathie pour ceux qui souffrent dans les hôpitaux! Nous voulons des traitements qui marchent! Nous en avons assez des hotlines, saturés qui manquent à l’appel trois quarts du temps. Nous voulons que nos enfants reprennent le chemin de l’école en toute quiétude! Nous voulons vivre! Une femme témoignait sur Facebook de la guérison de son grand-père non vacciné de 86 ans à ENT. Voilà ce que nous voulons entendre.

11ème jour

Mon fils est à son troisième isolement. Mais, les enfants vont bien. Les effets les plus néfastes découlent de la perturbation scolaire ou de ce climat anxiogène. Selon le directeur de l’OMS, il ne « fait aucun sens d’administrer des doses de rappel à des adultes en bonne santé, ou de vacciner les enfants, alors que les agents de santé, les personnes âgées et d’autres groupes à haut risque dans le monde attendent toujours leur première dose. La seule exception, comme nous l’avons dit, concerne les personnes immunodéprimées »*.

14ѐme jour

Je me regarde dans le miroir. Les yeux caves mais un sourire. On prend conscience de la beauté de ce corps qu’on maltraite parfois. Mauvaise alimentation, manque d’activité physique. Et prenons-nous soin de notre santé spirituelle? Même “guérie”, pas envie de crier victoire : le virus décime des familles mauriciennes. Nous avons peur. Quand le narratif de la peur perdure, où puiser sa force?

Prologue – Libre

Il devient primordial, voire vital, d’atteindre la paix intérieure en ce temps de crise. Trouver le juste équilibre, ni paranoïaque, ni insouciant, juste responsable. Booster la solidarité citoyenne. Nourrir l’espérance. Demeurer empathique. Revoir les activités prioritaires. Être Reconnaissant. Renouer avec sa foi même si on nous éloigne de nos lieux de culte. Dans un monde de plus en plus troublé, confus, mais dans une île Maurice très croyante, n’est-ce pas notre seule vérité, notre seul salut? Un grand merci à ces citoyens qui soutiennent les malades et qui se protègent les uns les autres. Aux rescapés, on a gagné la bataille, mais pas la guerre. Restons vigilants!

« Celui qui contrôle la Peur des gens devient le maître de leurs âmes » (Machiavel)

* https://www.who.int/fr/director-general/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19—12-november-2021

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