On imagine que ce titre risque de faire tiquer dans les chaumières. Alors que l’on s’approche de la barre des 600 000 morts, le « héros » dont il est ici question semble, c’est vrai, des plus contestables, quand bien même il n’y aurait de sa part aucune autre action volontaire que celle de simplement vouloir assurer la survie de son « espèce », quitte à finir par tuer ses organismes hôtes, c’est-à-dire nous ! Dès lors, au vu de tant de vies sacrifiées, en quoi le virus serait-il un héros ? Pour être honnête, il n’en est pas véritablement un, du moins si l’on ne considère que son mode d’attaque et ses conséquences sur la santé. Une fois encore, son seul leitmotiv est celui de la conquête, celle d’un corps où il pourra se répandre autant que possible avant de partir en quête d’autres « terres » habitables, dans d’autres proches organismes donc.
Sachant cela, la pertinence de l’héroïsme du coronavirus apparaît, il est vrai, remise en question. Sauf que… le virus aura forcé nos États à ériger des barrières sanitaires sous la formule du confinement, et que, ce faisant, cela aura poussé à l’arrêt nos principales industries aux quatre coins de la planète, avec pour résultat une diminution jamais vue depuis l’avènement de l’ère industrielle de nos émissions polluantes. À ce titre, les images satellites diffusées par la NASA sont éloquentes. Ainsi, rien que pour la Chine, pour rappel « berceau » de la Covid-19, la chute de la pollution depuis le début de l’épidémie aura eu pour effet, selon Marshall Burke, professeur à l’université de Stanford, de faire apparaître un nombre de vies épargnées par les gaz polluants pas moins de 20 fois supérieur à celui des décès engendrés par le virus dans le même laps de temps. En d’autres termes, les effets collatéraux de la Covid-19 auront permis de « sauver » 20 fois plus de personnes qu’elle en aura tuées.
Ainsi, il demeure aujourd’hui la certitude, si tant est que nous en ayons jusqu’ici douté, de l’incidence de la pollution sur nos existences, tant les bénéfices sanitaires de la crise sont sur ce point marquants. Malheureusement, ces données sont à relativiser, notamment du fait que pendant la même période, les usines chinoises n’auront pu produire l’essentiel des composants nécessaires à la fabrication du matériel permettant la production d’énergies renouvelables (photovoltaïques, éoliennes, batteries, etc.) au niveau mondial. Certes, avec la reprise graduelle des activités, l’on peut s’attendre à ce que cette production soit relancée, mais à quel prix ? Car les coûts risquent de prendre l’ascenseur, faisant ainsi le jeu des investisseurs qui, poussés par un opportunisme malsain, risquent de détourner le regard du renouvelable pour en revenir totalement aux énergies fossiles, et ce, dans un contexte où le pétrole et le gaz n’auront jamais été aussi bon marché.
Céder à cette tentation s’avérerait pourtant extrêmement dangereux. Car, au risque de se répéter, le réchauffement climatique, dont la visibilité est bien moindre que le virus, nous promet de faire bien plus de dégâts que ce dernier. Or, le problème, c’est que l’histoire récente (les guerres, les périodes de récession…) nous prouve qu’une fois les crises passées, le « système » reprend toujours rapidement ses droits pour repartir de plus belle, finissant toujours par générer davantage encore de gaz à effets de serre par un effet de maxi-relance industrielle. Ce qui arrivera inévitablement dans ce contexte précis, réduisant à néant le peu d’efforts consentis jusqu’ici sur la cause climatique.
Avec la reprise, et au rythme où vont les choses, la loi du marché promet donc de rester souveraine et les leçons que l’on aurait pu tirer du coronavirus, jetées tout aussi rapidement au panier. Et avec elles, l’espoir de voir naître un monde meilleur, une forme de « libéralisme » dont les racines seraient cette fois profondément ancrées dans l’humain et son rapport avec le reste du vivant. Avec pour ultime regret de ne pas avoir saisi l’opportunité de la crise, ne faisant plus de la Covid-19 qu’une parenthèse éphémère dont le nom risque de ne plus apparaître que dans quelques timides paragraphes de nos livres d’histoire.