Il faut croire que le cardinal Maurice Piat n’en pouvait plus de contenir, en son for intérieur, la multitude de souffrances subies par le peuple pour qu’il se soit exprimé avec autant de force devant le Premier ministre cette semaine ! Résultat : Pravind Jugnauth a été bien contraint d’écouter, d’entendre, d’encaisser… Puisqu’il semble que les clameurs de la rue, les slogans brandis, et d’autres chantés à tue-tête, par les milliers de Mauriciens rassemblés à Port-Louis le 29 août dernier n’ont, semble-t-il, toujours pas réussi à atteindre ses oreilles. Cette fois, pas question d’esquiver, de feindre l’indifférence ou l’ignorance. La balle est bel et bien partie pour atteindre sa cible… qui se trouvait d’ailleurs juste en face !

On reconnaît bien là le religieux au franc-parler, celui qui a toujours été à l’avant-poste et au front sur les questions sociales : des affres de la drogue aux problèmes des sans logement, en passant par les malades du sida et les drames causés par l’alcool, pour ne citer que ces quelques combats dénoncés et menés sous sa férule. Et quand Maurice Piat, usant de toute la retenue possible, finit par crever l’abcès, laissant libre cours à sa grosse colère enfouie, que l’on devine à ses mots soigneusement choisis, son cri de désespoir touche et résonne dans chaque Mauricien, indépendamment de sa foi et de son appartenance ethnique. Sonnant tel un glas pour ceux qui auraient la méchante tendance à se voiler la face et à se cacher derrière des faux-semblants. On rêve bien évidemment qu’il y ait beaucoup d’autres Piat, qui feraient preuve d’autant de courage, de justesse et d’audace. Des hommes de valeur n’ayant pas froid aux yeux pour dire leurs quatre vérités à celui ou ceux que l’on tient responsable de nos mille et un malheurs.

Et une fois de plus, muré dans son silence entêté, persuadé par ses super-conseillers « experts » en avis qui le décrédibilisent davantage qu’ils ne lui rendent service, Pravind Jugnauth n’a même pas sorti la tête de la carapace ! Sans daigner prendre la main qui lui est tendue, telle une perche de salut, pour tenter d’expliquer, de raisonner, d’essayer, puisqu’il en est encore temps, de se racheter et de reconnaître que des fautes, eh bien, il y en a bien eues, et que des solutions, on peut les trouver tous ensemble ! Que des manquements ont été enregistrés. Que des failles qui se transforment chaque jour en trous béants ne sont pas pour s’y contempler, mais qu’elles doivent impérativement être comblées, et ce, de façon concrète et intelligente, pour pas qu’au moindre soubresaut, notre société ne « collapse »…

Observateurs sociaux et citoyens s’accordent sur ce point : nous sommes actuellement à Maurice assis sur une braise. Il suffit d’une moindre étincelle pour que s’embrase le feu qu’alimentent impitoyablement depuis peu de pauvres pyromanes avides de division, de haine et de mépris. Qui n’ont aucun respect pour les valeurs de nos grands-parents, ni aucune considération pour leurs sacrifices.

Ce samedi 12 septembre sera le troisième grand rendez-vous du peuple, après ceux du 11 juillet et du 29 août. La question n’est plus autant de savoir si la marche d’aujourd’hui, à Mahébourg, réunira autant, plus ou moins de participants que la précédente. Il s’agit plutôt, à notre humble avis, de savoir comment faire émerger une nouvelle classe politique en profitant du momentum. Parce que les Mauriciens ont exprimé leur ras-le-bol à l’égard de la classe politique actuelle. Parce qu’il y a là un espace qui mérite d’être occupé, avec sincérité, vérité, franchise et intégrité, par une génération de politiques qui tranchera avec ceux qui n’ont fait que puiser de ce pays et de ses ressources pour s’enrichir et grossir leurs comptes bancaires, et ceux de leurs proches et amis !

Parce qu’il est temps de construire une île Maurice nouvelle, bâtie par des Mauriciens avides d’une nation dont l’arc-en-ciel brillera de mille feux de par sa richesse, sa pluralité et sa diversité, et non par une fade hypocrisie. Le moment est propice pour réunir les intelligences et les compétences. Celles d’une génération de Mauriciens conscients des enjeux actuels et futurs, et qui ont à cœur de ne pas laisser mourir leurs idéaux, leurs principes, leurs convictions, leurs enfants…