BASHIR NUCKCHADY
Secrétaire général du Conseil des Religions

La conservation de l’environnement est une obligation sociale et religieuse, et non une question facultative. Le premier principe qui guide l’enseignement religieux sur la durabilité de l’environnement est le concept de tutelle. En tant que gardien et vice-gérant de toutes les créations, l’homme doit prendre toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que les biens qui lui sont confiés soient transmis à la prochaine génération sous une forme aussi pure que possible. Ainsi, chaque homme est le protecteur de la nature et doit pouvoir vivre en harmonie avec les autres créatures. Il est du devoir de tout un chacun de respecter, d’entretenir et de prendre soin de l’environnement.

Cependant, toute la création sanglote de douleur lorsqu’elle constate les atteintes causées à l’environnement.  Cela est vrai en raison de la crise environnementale qui prend des proportions mondiales que la cupidité humaine a engendrée. Nos notions de « progrès », basées sur une « croissance » économique illimitée, font des ravages à l’état de la planète.

Les récentes inondations dévastatrices qui ont fait plus de 160 morts en Allemagne et dans le nord-ouest de l’Europe témoignent d’une crise écologique sans précédent. Les climatologues prédisent depuis longtemps déjà que les émissions humaines causeront davantage d’inondations, de vagues de chaleur, de sécheresses, de tempêtes et d’autres formes de conditions météorologiques extrêmes, mais les derniers pics ont dépassé les nombreuses prévisions.

Maximiser la consommation 

La crise écologique nécessite une révision complète de la façon dont nous comprenons le but de la vie de la race humaine. La vie n’est pas une question de consommation de produits, de possession de biens matériels et d’utilisation des ressources. Chaque fois que nous consommons quelque chose, ne serait-ce qu’une feuille de papier, une telle action implique aussi une réduction des ressources de la terre, et une vision du monde fondée sur l’idée que le « succès » consiste à maximiser la consommation, et par extension une garantie d’entraîner une catastrophe environnementale.

Les attaques contre la création de Dieu par la cupidité humaine est un « péché écologique ». Ignorant le fait que la terre est un don de Dieu, et ne nous appartient pas, les êtres humains pensent qu’ils peuvent en faire ce qu’ils veulent, ce qui nous a conduit à la crise écologique actuelle et pourrait également mener à la fin de la race humaine. La catastrophe à laquelle l’humanité est confrontée est le résultat naturel de cette arrogance des êtres humains, qui ont cherché à diviniser les forces du marché. Ce qui a abouti à notre conversion de l’économie mondiale du marché en une quasi-adoration d’une nouvelle divinité.

Au lieu de « conquérir » la Nature, nous devons nouer des relations fortes avec elle et la considérer comme notre mère nourricière comme cela sied à notre statut de vice-gérants de Dieu sur terre. Aujourd’hui, il y a un appel à mettre fin à cette ère cérébrale, exploiteuse et patriarcale, en accordant une attention particulière à la coopération de l’Homme avec la Nature tout en promouvant un équilibre dynamique entre les êtres vivants.

Cupidité humaine

La cupidité humaine qui fait des ravages à l’environnement et chez les espèces non humaines doit être soumise à l’examen de l’éthique religieuse et de la moralité. C’est le rejet de la religion qui entraînerait l’aliénation humaine de la terre. Dieu s’exprime dans et à travers la nature, nous rappelant que seule une solution spirituelle, fondée sur une vision alternative du monde, peut renverser la crise écologique à laquelle nous sommes confrontés.

La puissance physique de la science serait absolument destructrice si elle n’est pas contrôlée par la force spirituelle. Les informations précieuses sur la sagesse écologique de diverses traditions religieuses peuvent fournir la base d’une approche saine de l’interface homme-écologie.

Rien de moins qu’une transformation de notre vision du monde, de notre compréhension du but de la vie humaine, peut aboutir à quelque chose de substantiel pour atténuer les crises écologiques auxquelles nous sommes confrontées. Si à la base la crise environnementale est le produit d’une certaine vision du monde, fondée sur le matérialisme, la solution est une vision du monde alternative, basée sur la conscience de Dieu. Ce n’est que par la conscience du Créateur et de la réalisation que ce monde appartient à Dieu, et non à nous, que nous pouvons développer une attitude vraiment respectueuse envers la Nature et les autres espèces. Une transformation spirituelle est donc le seul moyen de sortir de la crise écologique et du bourbier du matérialisme engourdissant dans lequel nous nous noyons.

Le simple fait de bricoler des choses, par exemple en essayant de promouvoir des technologies moins polluantes ou en faisant pousser plus d’arbres ou en inventant des voitures à batterie, des réponses standard à la crise écologique, ne fera pas de réelle différence. Ce n’est que le retour à Dieu et la volonté à vivre la vie comme Dieu le veut que nous puissions le faire. Le mode de vie minimaliste souligné par de nombreuses traditions religieuses et la conscience de rendre des comptes à Dieu pour nos actions, y compris pour chaque acte de consommation, dans l’au-delà peut à lui seul amener l’homme à réduire son avidité apparemment insatiable pour la propriété et la consommation des choses matérielles qui sous-tendent la crise écologique mondiale.