=DR DIPLAL MAROAM 

« Un ouragan qui a ébranlé notre nation. » Cette déclaration implacable de Narendra Modi, faisant allusion à la flambée de la pandémie dans son pays, tonne comme un mea culpa et met à nu l’impréparation flagrante, mais aussi une insouciance manifeste – rassemblements politiques et religieux de grande ampleur sans le respect des consignes sanitaires de base – de son administration face à un cataclysme naturel alors que la protection de la sécurité et du bien-être d’une population constitue une des préoccupations fondamentales de tout gouvernement digne de ce nom. Certes, avec 1,3 milliard d’habitants, la Grande péninsule demeure un pays densément peuplé et, avec l’état des habitations et de l’hygiène aidant, elle représente un milieu propice pour la dissémination tous azimuts des infections. Mais force est de constater que son voisin à l’est, la Chine qui, en termes de démographie, n’en compte pas moins – 1,4 milliard – a, de loin, mieux géré la pandémie et a ainsi pu limiter au minimum les dégâts – les centres de soins n’ont jamais été submergés ; des patients ne mouraient pas aux abords des hôpitaux par manque de lits, de médicaments et d’oxygène. 

Pourtant, l’Inde, tout comme son voisin, est également perçue comme un géant économique de l’Asie – le pays est, à ce propos, le premier producteur de vaccins et d’oxygène au monde –, ayant enregistré une croissance économique à deux chiffres pendant des décennies. Cependant, la différence, c’est que le système de gouvernance et d’administration chinois encourage et cultive au niveau populaire le sens de la discipline, de la solidarité et de la coopération. Ce qui permet, dans une grande mesure, le ruissellement de la croissance vers toutes les couches sociales alors que, dans « la plus grande démocratie au monde », l’accumulation insolente de la richesse dans les plus hautes couches prive ceux au bas de l’échelle des moyens de survie adéquats ainsi que l’État des ressources indispensables pour l’amélioration des services et infrastructures de base. Et c’est effectivement en période de crise, comme c’est le cas actuellement, que les conséquences de cette abominable politique sautent aux yeux.

En effet, le capitalisme représente un système politique si instable, car n’étant guère concerné par une distribution convenable de la richesse, qu’il suffit ne serait-ce que d’une faible secousse (faille économique et financière, crise sanitaire et celle de la dette, récession, etc.) pour le mettre à genoux. Et les premiers à en faire les frais sont, bien évidemment, les travailleurs qui perdent en masse leur emploi, entraînant l’aggravation des problèmes sociaux. Comme le déclare, à juste titre, le directeur général de l’OMS, faisant référence à la pandémie, « nobody is safe until everybody is safe ». Ce même principe sanitaire devrait s’appliquer dans le domaine économique qui, d’autant plus, opère dans un cadre mondialisé. Mais est-ce vraiment le cas ?

L’homme se trouve aujourd’hui sur le banc des accusés; ses activités nuisibles ayant complètement bouleversé l’équilibre de la biodiversité globale. La déforestation et l’industrialisation modifient considérablement l’habitat et le comportement des animaux, suscitant ainsi une interaction de plus en plus rapprochée avec la population humaine. Selon l’OMS, 60% des maladies infectieuses chez l’homme sont zoonotiques – les chauves-souris, par exemple, sont des réservoirs du coronavirus; les moustiques, de la dengue, du chikungunya, et les primates, de l’Ebola ou du VIH/sida. En outre, l’on homogénéise les races industrielles qui sont alors incapables de se reproduire, mais qui développent des maladies auto-immunes. Ces animaux que l’on fait bouger sur toute la planète deviennent ainsi des foyers convenables pour des maladies infectieuses au niveau global.

Partout, les écosystèmes sont menacés. Et la COVID-19 n’est probablement qu’une sévère mise en garde. Sans une réorganisation de fond en comble de l’économie mondiale vers une production plus durable et soutenable, un système social plus solidaire et à visage humain, le concept de la croissance serait vidé de son sens face aux conséquences désastreuses qui pourraient surgir. À la lumière des profondes inégalités mises en exergue par la pandémie tant au niveau national que global, même le Fonds monétaire international (FMI), longtemps champion de l’orthodoxie libérale, voit, dans le contexte actuel, une opportunité d’inverser la présente tendance de développement afin de faire émerger un monde plus juste, réciproque et équitable.