DR DIPLAL MAROAM

Dans le combat contre la Covid-19 depuis l’apparition du virus en décembre 2019, un élément majeur est venu modifier significativement la donne sanitaire sur le plan local et

Dr DIPLAL MAROAM

global et a permis d’alléger, dans une grande mesure, les conditions de confinement et de restrictions – l’avènement du vaccin. Certes, pour déjouer tout moyen thérapeutique visant à l’éliminer, l’agent pathogène résiste et mute pour créer de nouvelles souches mais, à l’instar du variant Delta, celles-ci pourraient ne pas être plus virulentes mais bien plus contagieuses. En réalité, ce n’est pas tant le virus lui-même qui suscite ce sentiment ambiant d’inquiétude mais bien notre regard sur la maladie.

Contrairement aux infections d’origine bactérienne qui sont majoritairement combattues à l’aide d’antibiotiques, contre les virus, c’est la méthode préventive de préparation et consolidation du système immunitaire qui est de mise ; les antiviraux n’éradiquant pas forcément leurs cibles mais perturbant uniquement leur cycle de réplication. Ainsi, dans le cas de la Covid-19, la réticence exprimée contre et le refus de cette mesure de prévention par le biais de la vaccination alors que la maladie continue toujours à gagner du terrain constituent une décision totalement irréfléchie sur le plan individuel et inacceptable, voire même condamnable sur le plan collectif. Car la probabilité qu’un individu non vacciné ayant contracté l’infection développe la charge virale susceptible de contaminer les autres est de loin bien plus élevée que celle d’une personne protégée par le vaccin.

Il convient de reconnaître que, par rapport à ce qui se passe ailleurs sur le plan sanitaire, chez nous, hormis certains couacs observés jusqu’ici concernant notamment, les patients dialysés, la communication par rapport aux différents variants, l’organisation de la campagne vaccinale, etc, dans l’ensemble, la pandémie a jusqu’ici été gérée de manière satisfaisante, ce qui a permis d’éviter un troisième confinement qui aurait mis le pays à l’arrêt et envoyé l’économie au tapis. Cela est dû majoritairement à la disponibilité des vaccins, ce alors que de nombreux pays peinent toujours à s’en procurer.

Par ailleurs, sur le plan social, que tous les pays, riches ou pauvres, soient aujourd’hui impactés par la pandémie n’est un secret pour personne. En nombre croissant, des gens ont perdu leurs emplois ou ont été contraints de travailler moins d’heures, subissant une baisse considérable de leurs revenus et leur pouvoir d’achat. La chute de la production due au confinement, couplée à d’autres facteurs purement économiques comme la dépréciation de la valeur des monnaies a entraîné une hausse vertigineuse des prix des produits de base, particulièrement alimentaires. Et les plus durement affectés sont toujours les défavorisés dont la majeure partie des revenus est justement consacrée à l’alimentation. Et il va sans dire que la hausse des prix et les pertes d’emplois constituent toujours un cocktail social explosif pouvant, en même temps, compromettre les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de développement durable.

À Maurice, si le choc social a considérablement été amorti par certaines mesures gouvernementales – le prolongement du paiement d’une partie des salaires des travailleurs, les subventions permettant à certains produits alimentaires de base d’être accessibles à ceux au bas de l’échelle, etc –, les gaspillages et largesses de même que le train de vie insolent de l’État doivent impérativement être rectifiés. Les projets non prioritaires, à l’instar de la réfection d’une nouvelle carte d’identité nationale, la construction de certaines infrastructures non essentielles, entre autres, doivent être rangés au placard, particulièrement à un moment où les dettes publiques lorgnent déjà les 100% du PIB.

Finalement, si le gouvernement a pu jusqu’ici résister aux sirènes des grands patrons pour l’ouverture totale des frontières et de l’économie, l’imprévisibilité des maladies virales exige toutefois le respect de la prudence, ce même dans les conditions de l’immunité collective. Toutes les leçons de cette pandémie n’ont pas encore été tirées. Le 1er octobre ne peut, par conséquent, être synonyme d’un grand retour comme avant vu que le virus serait toujours là pour durer mais probablement à un autre niveau de virulence.