Dr DIPLAL MAROAM

Il va sans dire que si le monde agissait de concert dans la lutte contre le nouveau coronavirus, la gravité de la pandémie et, particulièrement, la vitesse de sa propagation, ne seraient pas celles d’aujourd’hui. En effet, les relations actuelles entre la Chine, pays où le virus avait apparu en décembre dernier dans des circonstances qui restent encore à élucider et les États-Unis, pays le plus affecté jusqu’ici de par le nombre de personnes infectées ou de victimes, ne sont pas pour arranger les choses ; Pékin étant accusé d’avoir délibérément dissimulé certaines informations sur l’origine de l’agent pathogène. Ces relations tendues sont d’autant plus exacerbées ces jours-ci par la situation à Hong-Kong où est déjà entrée en vigueur la loi sur la sécurité publique récemment promulguée et mettant en péril le principe de « un pays, deux systèmes », principe si ardemment défendu par les Occidentaux depuis le départ des Britanniques en 1997.

Par ailleurs, sur la décision de Donald Trump de privilégier le développement économique de son pays au détriment de la santé publique, il appartiendra finalement au peuple américain de se prononcer en novembre prochain dans les urnes – car la pandémie a manifestement éclipsé tous les grands enjeux et défis de ce mandat quadriennal qui s’achève –, mais toujours est-il qu’aujourd’hui, la profonde divergence existant entre la Maison-Blanche et le directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, Anthony Fauci, l’immunologue qui est désormais devenu la voix officielle de la raison scientifique par rapport à la Covid-19, ne fait qu’assombrir davantage les perspectives d’une solution rapide et efficace à la crise sanitaire qui gagne de jour en jour du terrain.

Certes, sur le plan économique, les États-Unis ne peuvent se permettre de se faire rattraper et devancer par un pays d’une autre configuration sociale et structure politique qu’est la Chine, qui les talonne déjà dans la course pour la première place de puissance mondiale mais contrairement à Washington, Pékin avait dès le départ, pris des mesures drastiques et courageuses et attendu que la circulation du virus soit maîtrisée avant de relancer ses activités. Ce qui fait que le PIB du pays a bondi de 3,2% au 2e trimestre de cette année après avoir enregistré son plus mauvais résultat historique en début d’année au moment où la Covid-19 paralysait l’économie.

D’autre part, s’estimant porteurs d’une mission civilisatrice universelle, les États-Unis éprouvent manifestement une crainte pathologique constante à l’égard des puissances extérieures qui risquent de compromettre leur suprématie au niveau global. Or, le modèle chinois ébranle aujourd’hui leur confiance. En effet, la montée en puissance d’un modèle politique alternatif à côté d’un système néo-libéral dont la marche triomphante est souvent freinée par des crises économiques et financières jetant des milliers voire des millions de jeunes sur le pavé du jour au lendemain, ne peut laisser indifférents les principaux décideurs de la politique mondiale. Alors que les pays occidentaux s’écroulent sous le poids de leurs dettes, peinent à investir à l’étranger pour séduire les pays les plus pauvres et sont même contraints de résilier leurs engagements pris par rapport à l’Aide publique au développement (APD), la Chine avance à grands pas sur le continent africain, Maurice ne faisant pas exception à la règle à l’instar, entre autres, du plus grand complexe sportif de l’île, voire de la région, sorti de terre à Côte-d’Or l’an dernier.

Mais toute médaille possédant évidemment son revers, qui dit développement effréné dit aussi consommation insouciante des énergies fossiles, donc pollution de notre biosphère et réchauffement climatique ; la Chine étant d’ailleurs, après les États-Unis, le 2e plus grand producteur des gaz à effet de serre au monde. Or, depuis le début de cette année, un minuscule agent pathogène, micro-organisme invisible à l’œil nu, se situant même sur la frontière entre le vivant et l’inerte, est venu mettre toute l’humanité à genoux et dire stop à la dérive humaine et à la dégradation tous azimuts de notre planète. Mais dans le cadre de la nouvelle normalité, le naturel risque de revenir rapidement au galop, comme ce fut d’ailleurs le cas après la crise économique de 2008, nous ramenant ainsi à la case départ sur tous les plans, comme si de rien n’était.